Des femmes qui ont mar­qué notre his­toire

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Sur la rue prin­ci­pale de Baie-Saint-Paul, dans Char­le­voix, l’an­cien hos­pice des­ti­né à hé­ber­ger ceux dont la fa­mille n’ar­ri­vait plus à s’oc­cu­per est main­te­nant un Mu­sée qui ra­conte l’his­toire mou­ve­men­tée de la fon­da­tion de la com­mu­nau­té des Pe­tites Fran­cis­caines de Marie.

Ou­vert tous les jours en été, le Mu­sée conti­nue d’ac­cueillir les vi­si­teurs après la belle sai­son, mais il le fait uni­que­ment sur ré­ser­va­tion. Pro­fi­tez-en pour de­man­der si Soeur Émi­lienne Boi­vin ne se­rait pas dis­po­nible pour la vi­site. Elle a un tel ta­lent pour ra­con­ter et elle le fait avec tel­le­ment de pas­sion !

LA REN­CONTRE DES ONZE

Comme j’ai eu cette chance, lais­sez-moi ten­ter de vous faire un ré­su­mé des ori­gines de cette com­mu­nau­té fon­dée par onze femmes hors du com­mun. C’est au Mas­sa­chus­setts, en 1889 que l’his­toire dé­bute quand un prêtre, Jo­seph Brouillette, cu­ré de Wor­ces­ter (une pa­roisse ca­na­dienne) qui n’en pou­vait plus de voir des or­phe­lins traî­ner dans les rues a l’idée d’ou­vrir un or­phe­li­nat.

Suite aux conseils d’un ami, le cu­ré Alexis Del­phos, il fait ap­pel à deux ins­ti­tu­trices laïques d’une école voi­sine. Puis, il réus­sit à convaincre Marie-Louise Ron­deau (18 ans) de se joindre à elles. Au fil du temps, huit autres femmes, dé­si­reuses d’em­bras­ser la vie re­li­gieuse, viennent leur por­ter main forte. Toutes ces femmes croient fer­me­ment qu’avec l’aide du cu­ré, elles pour­ront réa­li­ser leur rêve et fon­der leur com­mu­nau­té. Mais cu­rieu­se­ment, le temps passe et à chaque fois qu’elles tentent d’abor­der la ques­tion, le cu­ré Brouillette dé­tourne la conver­sa­tion.

Elles dé­couvrent fi­na­le­ment que l’évêque du dio­cèse n’a ja­mais per­mis cette fon­da­tion. En fait, il n’est même pas au cou­rant et pire, il est contre. C’est la fin de leur rêve et le dé­but d’une ba­taille pour le moins éton­nante de la part de ces femmes que l’on au­rait pu croire sou­mises à l’au­to­ri­té re­li­gieuse. Mises à la porte par ce­lui-là même qui leur avait fait mi­roi­ter la pos­si­bi­li­té de fon­der leur com­mu­nau­té, elles n’en conti­nuent pas moins leur oeuvre mal­gré les hu­mi­lia­tions, la mi­sère et la pau­vre­té.

Au même mo­ment, à Baie-Saint-Paul, le cu­ré Am­broise-Mar­tial Fa­fard ouvre un hos­pice dans une vieille mai­son dé­la­brée. Son but : ve­nir en aide aux or­phe­lins, aux vieillards dé­lais­sés et aux han­di­ca­pés in­tel­lec­tuels qui en­combrent Saint-Mi­chel-Ar­change et SaintJean-de-Dieu. Mais il a be­soin d’aide.

C’est par ha­sard qu’il ap­prend l’his­toire de ces femmes. Il les contacte, et c’est fi­na­le­ment grâce à lui et avec l’ac­cord de l’évêque de Chicoutimi qu’elles réa­lisent en­fin leur rêve et de­viennent, le 12 août 1892, les Pe­tites Fran­cis­caines de Marie.

UN PAR­COURS FAS­CI­NANT

C’est leur his­toire que pré­sente ce Mu­sée, ou­vert le 13 no­vembre 2006, dans la Mai­son Sainte-Anne, un bâ­ti­ment qui date de 1889 et qui était à l’ori­gine, l’hos­pice du cu­ré Fa­fard.

En plus de la fas­ci­nante his­toire des onze fon­da­trices, l’exposition jette un re­gard sur les nom­breuses mis­sions qu’elles ont ac­com­plies (or­phe­li­nat, école, soins hos­pi­ta­liers) dans Char­le­voix, au Qué­bec ain­si que leur apos­to­lat ac­tuel au Ma­da­gas­car. Un im­por­tant es­pace est éga­le­ment consa­cré aux ob­jets ayant ap­par­te­nu au cu­ré Fa­fard.

La vi­site ne sau­rait être com­plète sans un mo­ment de re­cueille­ment à la ma­gni­fique Cha­pelle du Sa­cré-Coeur, sans doute l’hé­ri­tage le plus im­por­tant lé­gué par les Fon­da­trices. Construite pour réa­li­ser un rêve du cu­ré Fa­fard, elle a été bé­nie le 17 août 1904, mais en­tiè­re­ment ré­no­vée en 2003.

Ceux qui le dé­si­rent peuvent as­sis­ter aux of­fices re­li­gieux du ma­tin (07 h tous les jours), du sa­me­di (09 h), du di­manche (10 h) ou en ré­ser­vant im­mé­dia­te­ment sa place pour la Messe de mi­nuit, le 24 dé­cembre.

En quit­tant ce lieu dont les murs semblent en­core im­pré­gnés de l’amour et du don de soi de ces femmes, on com­prend mieux comment les com­mu­nau­tés re­li­gieuses ont mar­qué le pay­sage qué­bé­cois et de quelle fa­çon Les pe­tites Fran­cis­caines ont contri­bué au dé­ve­lop­pe­ment de la ré­gion de Char­le­voix. Plu­sieurs avouent éga­le­ment être se­coués par le vi­brant por­trait de ces femmes vo­lon­taires et dé­ter­mi­nées qui fe­raient rou­gir bien des re­ven­di­ca­trices d’au­jourd’hui.

PHOTO LISE GIGÈRE

Une salle de l’exposition qui rap­pelle le rôle d’en­sei­gnantes des re­li­gieuses.

PHOTO LISE GI­GUÈRE

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.