L’oi­seau-lu­nettes, un po­pu­laire ani­mal de com­pa­gnie en Chine

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Au pays du mil­liard trois cents mil­lions d’in­di­vi­dus, en Chine, de bien cu­rieuses cages ocre, blanches ou brunes se ba­ladent dans les rues, sous le bras des pro­me­neurs.

Dis­si­mu­lé sous une cou­ver­ture de tis­su, un pe­tit oi­seau ac­com­pagne la pro­me­nade de son pro­prié­taire. C’est un peu comme, dans nos villes et nos villages, quand notre chien nous in­vite à nous dé­gour­dir un peu les jambes. Nous, nous al­lons en di­rec­tion des parcs ca­nins; eux, ils s’ar­rêtent dans leurs ma­gni­fiques jar­dins orien­taux. Après avoir sus­pen­du les cages aux branches des arbres, des amis se re­trouvent. Tan­dis que leurs maîtres règlent le sort du monde en fu­mant une jo­lie pipe ci­se­lée, les pe­tits chan­teurs ga­zouillent.

On re­con­naît des ca­na­ris, des grives, mais, sur­tout, on ad­mire les plus fa­meux d’entre tous, les oi­seaux-lu­nettes.

UNE CO­QUET­TE­RIE D’UNE AUTRE ÉPOQUE

Mi­gnons, en­joués et fa­ciles à éle­ver, ils font fu­reur en Chine. La ma­jo­ri­té des 90 es­pèces de

de leur nom scien­ti­fique, au plu­mage plus ver­dâtre, viennent de l’Asie, tan­dis qu’une pe­tite mi­no­ri­té aux teintes un peu plus jau­nâtres vient d’Afrique. Mais tous se ca­rac­té­risent par un an­neau blanc au­tour de l’oeil, d’où leur sur­nom d’« oi­seaux-lu­nettes ».

Lu­nettes ou double mo­nocle, cette co­quet­te­rie d’une autre époque leur confère un pe­tit air de no­blesse as­sez surprenant. Les mâles pro­fitent de leurs pro­mon­toires sus­pen­dus pour exer­cer leurs ta­lents et ra­vir leurs maîtres si fiers d’avoir sé­lec­tion­né la plus su­blime des voix au mar­ché des oi­seaux. Comme dans toute âme chi­noise som­meille un in­fa­ti­gable commerçant, des né­goces s’en­gagent.

Zos­te­rops,

DES COM­MER­ÇANTS AS­TU­CIEUX…

Pour sti­mu­ler les en­chères, les plus ha­biles d’entre eux offrent à leurs oi­seaux chan­teurs de mul­tiples gâ­te­ries qu’ils dé­vorent sans re­te­nue. Bien­tôt, les nou­veaux pro­prié­taires re­partent les bras sur­char­gés de frian­dises. Ils réa­lisent un peu tard que les pe­tits gâ­tés sont en réa­li­té des tra­di­tio­na­listes pré­fé­rant les graines, les fruits et les in­sectes.

De vieux sages à la bar­bi­chette gri­son­nante au­ront tôt fait de rap­pe­ler aux nou­veaux ac­qué­reurs que les ta­lents des meilleurs chan­teurs re­posent beau­coup plus sur des pro- vi­sions de grillons et de cri­quets que sur des mets exo­tiques.

Alors, ils re­tournent au mar­ché pour se pro­cu­rer de mi­nus­cules cages pou­vant conte­nir des bes­tioles bien vi­vantes et ap­pé­tis­santes, ces pro­téines cro­quantes si es­sen­tielles pour en­tre­te­nir leurs belles vo­ca­lises.

POUR APAI­SER LES SO­LI­TUDES…

Même au sein de cette im­mense ruche qu’est la Chine, beau­coup d’hommes et de femmes aux pré­oc­cu­pa­tions pas si loin­taines des nôtres vivent une pro­fonde so­li­tude. Seul un pe­tit ani­mal de com­pa­gnie, un confi­dent à lu­nettes par­vient par­fois à les ex­tir­per de leur ter­rible iso­le­ment et à les rap­pro­cher de leurs ca­ma­rades d’in­for­tune…

Texte ti­ré du livre:

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