Pe­tite vi­rée en fa­mille

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

La Conso­lante avait 600 pages. L’Échap­pée belle en compte 165. On pour­rait croire qu’après une telle brique, An­na Ga­val­da a donc pré­fé­ré faire court. Mais c’est tout faux. La ro­man­cière a écrit L’Échap­pée belle bien avant, en 2001. Le ro­man est en ef­fet pa­ru une pre­mière fois il y a huit ans chez France Loi­sirs, mais hors com­merce. L’Échap­pée belle était donc in­trou­vable pour le com­mun des lec­teurs jus­qu’à au­jourd’hui. Mais pour la ver­sion 2009, An­na Ga­val­da a pris soin de re­tra­vailler, de re­ma­nier et de re­tou­cher son texte.

L’Échap­pée belle d’An­na Ga­val­da, c’est l’his­toire d’une pa­ren­thèse. Un« time out » que s’offrent sur un coup de tête deux soeurs et deux frères. Une jour­née où cette fra­trie bien sou­dée dé­cide de mettre la réa­li­té de cô­té pour pen­ser à elle.

D’abord, il y a Ga­rance, la nar­ra­trice. La ty­pique Pa­ri­sienne, la tren­taine, cé­li­ba­taire et sans en­fant, qui aime sor­tir, se cou­cher à pas d’heure et faire la fête. Il y a en­suite sa soeur aî­née Lo­la, la « fille mo­dèle », mais pas chiante, deux en­fants et di­vor­cée de­puis peu. Si­mon, lui, c’est le fils et le frère ché­ri. Ce­lui qui ne s’énerve ja­mais, qui ne juge et ne dit ja­mais de mal de per­sonne. Son seul dé­faut se­rait, se­lon

An­na Ga­val­da nous avait lais­sés l’an­née der­nière avec La conso­lante, un ro­man char­mant, qui souf­frait ce­pen­dant de quelques lon­gueurs. On lui avait pré­fé­ré Je l’ai­mais, pa­ru en 2002. Cette fois-ci, l’au­teure nous re­vient avec un bref ro­man. L’Échap­pée belle est un pe­tit ob­jet sym­pa­thique, mi­gnon et co­lo­ré, dans la forme comme dans le fond.

ses ado­rables soeurs, sa femme Carine. Une phar­ma­cienne qui voit des mi­crobes par­tout, un peu sé­vère et trop sé­rieuse.

En­fin, il y a le pe­tit der­nier, Vincent. Un mu­si­cien, so­ciable, mais ti­mide avec les femmes, qui tra­vaille comme guide dans un châ­teau au beau mi­lieu de la cam­pagne fran­çaise.

POUDRE D’ES­CAM­PETTE

Alors qu’ils se rendent au ma­riage d’une cou­sine, Si­mon, Ga­rance et Lo­la dé­cident tout bon­ne­ment de prendre la poudre d’es­cam­pette avant même la fin de la cé­ré­mo­nie à l’église pour al­ler re­joindre Vincent dans son châ­teau.

Une brève fugue entre frères et soeurs à la cam­pagne pour oublier le temps d’une jour­née leurs sou­cis d’adultes. Un mo­ment vo­lé à la vie pour re­trou­ver leur pe­tit uni­vers d’en­fance, ba­var­der, se cha­mailler, ri­go­ler, boire du vin et pique-ni­quer.

« On va mettre ça sur le compte de la fa­tigue, mais je me suis sur­prise à pa­tau­ger dans la gui­mauve. Grosse bouf­fée de ten­dresse pour ces trois-là et in­tui­tion que nous étions en train de vivre nos der­nières tar­tines d’en­fance », songe Ga­rance.

L’Échap­pée belle fait par­tie de ces pe­tits ro­mans qui éclair­cissent un après-mi­di gris de no­vembre. An­na Ga­val­da y laisse s’échap­per des ef­fluves es­ti­vaux, une dou­ceur cam­pa­gnarde et un bien-être de far­niente. La nos­tal­gie est pal­pable et la bonne hu­meur bien pré­sente, sans que la réa­li­té ne soit oc­cul­tée. On re­proche ce­pen­dant à l’au­teure un vo­ca­bu­laire et des ex­pres­sions un peu trop pa­ri­sia­nistes…

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