« Mon im­pli­ca­tion sur la ques­tion nationale m’a nui beau­coup »

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Paul Pi­ché pré­sente son dixième al­bum en car­rière après une di­sette de dix ans. Le titre : Sur ce cô­té de la Terre. Un al­bum ma­ture. Du grand Pi­ché. À 56 ans, l’au­teur­com­po­si­teur es­time que son im­pli­ca­tion po­li­tique a pu cho­quer cer­tains fé­dé­ra­listes et a ré­duit ain­si sa cour de fans. Mais sa croyance en son pays, le Qué­bec, est plus forte que tout. Paul Pi­ché trouve d’ailleurs le Par­ti qué­bé­cois un peu trop dis­cret ces temps-ci sur la ques­tion nationale.

UN PRIX À PAYER

Il ne leur lance pas la pierre. « Oui, il faut s’at­ta­quer à ce po­li­ti­cien qui ment. La seule ma­nière, c’est d’agir, de par­ti­ci­per à la vie col­lec­tive et de ne pas se lais­ser faire. Je suis plus cho­qué en­vers nous-mêmes. On to­lère les choses in­to­lé­rables. »

Il a re­çu plu­sieurs offres pour se lan­cer en po­li­tique, mais a tou­jours dit non. « Je sais que je n’ai pas ce qu’il faut pour être po­li­ti­cien. J’agis et j’in­ter­viens d’une autre ma­nière. »

Cette im­pli­ca­tion po­li­tique a-t-elle nui à l’ar­tiste? Sans hé­si­ta­tion Paul Pi­ché ré­pond « oui ». « Le Qué­bec est un pe­tit mar­ché et moi je le di­vise en deux. Y’a du monde que ça énerve. Je le com­prends, car moi aus­si y’a des fé­dé­ra­listes qui m’énervent. Chaque fois que je me pré­sente sous cet as­pect, je

« Ils ont peur d’en­ta­mer le débat et pour­tant les fé­dé­ra­listes n’ont plus d’ar­gu­ments sur cette ques­tion si ce n’est de dire qu’on ne veut plus de chi­cane. Ça n’a pas de sens. Si­non il reste quoi? La sou­mis­sion à l’Al­ber­ta », lance sur un ton en­flam­mé l’an­cien pa­triote de l’an­née. Il croit qu’il va l’avoir un jour son pays. « Il faut juste en ce mo­ment convaincre les convain­cus de re­de­ve­nir convain­cants. Pré­sen­te­ment, ce qui nous nuit, c’est que les gens ont de la mi­sère à y croire. »

Il a confiance en Pau­line Ma­rois, mais… « c’est une bonne po­li­ti­cienne; je ne sais pas si elle va m’ame­ner à faire du Qué­bec un pays, mais pour l’ins­tant, je la trouve hon­nête, ce qui est une qua­li­té de plus en plus rare chez les po­li­ti­ciens. » dé­range. L’en­ga­ge­ment so­cial n’est ja­mais gra­tuit. Ça laisse des traces. Et la marque de com­merce d’un ar­tiste est d’être ai­mé. C’est pour­quoi je crois que cet en­ga­ge­ment po­li­tique m’a nui. »

SA DÉ­MARCHE AR­TIS­TIQUE

Mais Paul Pi­ché vit fort bien avec ce­la. « Il y a aus­si des fé­dé­ra­listes qui sont ca­pables de pas­ser par-des­sus ce­la, de faire la dif­fé­rence et d’ai­mer aus­si ce que je fais. »

En­fin, il rap­pelle que si Oba­ma brille aux États-Unis, c’est parce qu’il a une grande par­tie du peuple avec lui.

« Ce sont les gens qui rendent lu­mi­neux nos po­li­ti­ciens. Un jour, je sais que je l’au­rai mon par­ty pour mon pays; on res­sen­ti­ra le même en­thou­siasme », sou­tient l’ar­tiste en­ga­gé.

On ne peut donc pas s’em­pê­cher de par­ler de po­li­tique avec Paul Pi­ché. Ça fait par­tie to­ta­le­ment de lui. On ne peut dis­so­cier cet en­ga­ge­ment so­cial de sa car­rière d’au­teur­com­po­si­teur.

Il dit avoir pris son temps pour of­frir ce dixième al­bum. « Ha­bi­tuel­le­ment, on en sort un tous les 4 ou 5 ans. Là, j’ai pas­sé mon tour. Ça m’a per­mis de prendre du re­cul. C’est bien. »

Paul Pi­ché n’a pas chô­mé pour au­tant. Il a même dû re­fu­ser des de­mandes de spectacles. « J’ai même tes­té cer­taines de mes nou­velles chan­sons. »

GUI­DÉ PAR SA PE­TITE LE­NA

Il est de­puis de­ve­nu pa­pa à nou­veau d’une pe­tite fille avec sa blonde « une im­mi­grante ve­nue de Bo­li­vie. Une mas­so­thé­ra­peute. La femme de [sa] vie avec qui [il] vit de­puis dix ans ».

Tout ce qu’il craint main­te­nant, c’est de ne pas vivre as­sez vieux pour la voir gran­dir. « Seul l’âge m’ar­rête pour en avoir un autre, car j’adore les en­fants. Je trouve ce­la mer­veilleux. Mais ça de­mande de l’éner­gie et je suis un père qui s’en oc­cupe. »

Amou­reux, heu­reux, le cô­té de Terre de Paul Pi­ché est rem­pli de belles éner­gies. « J’ai été là où les mots ont bien vou­lu m’ame­ner. Cet al­bum-là, c’est ma dé­marche ar­tis­tique des der­nières an­nées. Mes in­fluences, mes émo­tions. J’ai sui­vi mes ins­tincts tout sim­ple­ment », af­firme Paul Pi­ché.

Et le ré­sul­tat est tout à fait concluant. L’au­teur-com­po­si­teur se paie­ra une vaste tour­née à tra­vers tout le Qué­bec dès le prin­temps 2010, en dé­bu­tant à la salle Wil­frid-Pel­le­tier à la Place des arts. « J’aime l’éner­gie de cet en­droit », conclut-il.

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