LA VIR­TUOSE DES MOTS SE RA­CONTE ET RÊVE DE CI­NÉ­MA

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS - Mi­chelle Cou­dé-Lord

À 76 ans, re­ti­rée sur ses terres, Clé­mence Desrochers, la poé­tesse des mots, veut en­core ra­con­ter des his­toires… les siennes. Elle don­ne­ra quelques confé­rences sur son im­pres­sion­nante car­rière et ses textes im­por­tants, un peu à l’image du Ac­tor’s stu­dio. Danièle Bom­bar­dier ani­me­ra ces soi­rées. Mais avant, elle fait sa vente de ga­rage… elle a 2 400 cof­frets à of­frir.

Elle s’était le­vée tôt. « À la noir­ceur de no­vembre ». Conver­ser avec Clé­mence au bout du fil, c’est en­tendre la voix de la sa­gesse et de la vie qui coule.

« Je suis heu­reuse avec mon amie Louise, mais des fois, j’ai des bas comme tout le monde. La vie est pai­sible, mais pas tou­jours simple. »

Cette se­maine elle fut ho­no­rée par la Socan, la So­cié­té ca­na­dienne des au­teurs de mu­sique. « Je re­çois de belles mé­dailles. C’est bien. J’ai eu de grands col­la­bo­ra­teurs dans ma car­rière, des mu­si­ciens de ta­lent. C’était la belle époque, mais ac­tuel­le­ment, c’est un peu dé­ce­vant. Il y a tel­le­ment de chan­sons en an­glais qui jouent à la ra­dio. Des fois, on se croi­rait vivre dans un état amé­ri­cain. Notre langue est si ma­gni­fique » af­fir­met-elle.

UNE PÉ­RIODE EF­FER­VES­CENTE

Ce ma­tin-là, elle ve­nait d’écou­ter l’al­bum de Fred Pel­le­rin. « Quel ra­con­teur, quel ta­lent », lance Clé­mence, com­blée.

Elle parle alors de l’époque de ses dé­buts. « C’était si ef­fer­ves­cent. Et il y avait des gens forts qui ont su ré­sis­ter et sont en­core très pré­sents. On a qu’à nom­mer les Vi­gneault, ce­lui-là n’est pas tuable, et bien sûr Fer­land.

Clé­mence écrit tou­jours… à la main. L’or­di­na­teur, elle ne connaît pas. « Trop com­pli­qué pour moi, donc j’ai en­core mes ca­hiers et, avec eux, j’as­sou­vis ma soif in­ébran­lable d’écrire. La seule tech­no­lo­gie à la­quelle je me suis ha­bi­tuée est le fax que je trouve très pra­tique, mais sur­tout fa­cile. »

Elle écrit et ra­conte « pour al­ler à la ren­contre des gens, pour être ai­mée, com­bler ce dé­sir qu’ha­bite chaque ar­tiste. »

Clé­mence Desrochers se nour­rit de l’amour des gens, de ses fans qui sont si nom­breux.

UN COF­FRET BIEN REM­PLI

Et comme la vie pour elle est une « aven­ture pleine d’im­pré­vus », voi­là que sur ses terres, ac­com­pa­gnée de sa Louise, sa com­plice de vie, elle a fait le mé­nage de son ga­rage.

Un des cof­frets com­prend le DVD Le monde se­lon Clé­mence, un do­cu­men­taire de Pierre Bro­chu; deux heures qui ra­content les mo­ments forts de sa car­rière; le spec­tacle Clé­mence à coeur ou­vert de dé­cembre 2008; De la Fac­trie au Jar­din de mars 2003; ses clas­siques en pu­blic; 7 CD, presque 62 mo­no­logues et une sé­ri­gra­phie de Ma­fal­da si­gnée et nu­mé­ro­tée. 2400 co­pies.

« J’ai fait un grand mé­nage et, main­te­nant, je re­prends un peu la route pour me ra­con­ter d’une autre ma­nière. Je n’ai pas en­core le goût de me taire. »

À LA REN­CONTRE DES GENS

Elle a com­men­cé à ré­pondre aux ques­tions de Danièle Bom­bar­dier dans des pe­tites salles, mais là, la de­mande est plus grande qu’elle ne s’at­ten­dait et voi­là que Clé­mence se­ra à La­val le 11 fé­vrier pro­chain, à la salle Mar­cel­lin Cham­pa­gnat.

Clé­mence vide son ga­rage, vend son cof­fret, vé­ri­table tour d’ho­ri­zon de sa car­rière et conti­nue à se ra­con­ter.

Qu’est-ce que son mé­tier pour­rait lui of­frir de plus?

« Un beau grand rôle au ci­né­ma, un vrai. Pas juste une pré­sence d’une vieille avec une pe­tite robe de co­ton. Un vrai beau grand rôle, un pre­mier rôle. Pour­quoi pas? Je trouve triste que, parce que nous sommes âgées, les femmes, on ne pense plus à nous. Hu­guette Oli­gny ne tourne plus. »

Elle a tour­né en com­pa­gnie d’An­drée Lachapelle dans le der­nier film de Louis Bé­lan­ger, De­mande à ceux qui res­tent.

Mais avis aux réa­li­sa­teurs, Clé­mence Desrochers veut faire du ci­né­ma.

La vieillesse lui fait peur « à cause de la ma­la­die, de la fra­gi­li­té que ce­la amène. »

Quant aux po­li­ti­ciens, « c’est le déses­poir com­plet » dit-elle. Elle pré­fère en rire avec son « La­flaque. » Le cof­fret de Clé­mence est dis­po­nible de­puis le 11 no­vembre.

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