HORS DU CHAMP DE BA­TAILLE

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Agence QMI

Ce réa­li­sa­teur at­tire les hon­neurs. Ses films ont rem­por­té deux Os­cars et ob­te­nu 16 autres no­mi­na­tions. She­ri­dan, âgé de 60 ans, fait pré­sen­te­ment la pro­mo­tion d’un film in­ti­tu­lé Bro­thers, qui est une his­toire de fa­mille, de loyau­té et d’amour.

To­bey Ma­guire, Natalie Port­man et Jake Gyl­len­haal sont les ve­dettes dans ce film, qui est une nou­velle ver­sion d’un film da­nois da­tant de 2004. Ma­guire joue le rôle d’un mi­li­taire, Port­man joue sa femme, et Gyl­len­haal joue son jeune mou­ton noir de frère. Au dé­but du film, Gyl­len­haal vient tout juste de sor­tir de pri­son, alors que le per­son­nage de Ma­guire se pré­pare à re­ve­nir d’Af­gha­nis­tan. Lorsque Ma­guire est por­té dis­pa­ru et pré­su­mé mort, son pe­tit frère s’offre pour ai­der sa femme et une nou­velle re­la­tion dé­bute.

Bro­thers se penche sur la fa­çon dont la guerre se pour­suit loin du champ de

Jim She­ri­dan fait de son mieux pour pour­suivre la tra­di­tion ir­lan­daise de ra­con­ter des his­toires. Au grand écran ou dans les conver­sa­tions, le pe­tit ci­néaste ir­lan­dais ra­conte des his­toires en­voû­tantes tou­chant la po­li­tique, l’his­toire, la re­li­gion et la lit­té­ra­ture, et par­fois tous ces su­jets à la fois.

ba­taille, et en par­ti­cu­lier sur la fa­çon dont elle af­fecte les fa­milles des sol­dats. She­ri­dan dé­crit ain­si ce qu’il voyait dans l’ac­teur, qui est sur­tout iden­ti­fié à Spi­der-Man.

« Il ré­flé­chit. Il est comme un joueur de po­ker. Vous ne sa­vez ja­mais ce qu’il pense, mais c’est un homme or­di­naire. J’ai pen­sé que si vous pou­viez re­ti­rer ce voile et vous re­trou­ver avec des yeux vides, que ce­la se­rait très ef­frayant, ra­conte She­ri­dan, parce que nous le connais­sons d’une ma­nière to­ta­le­ment dif­fé­rente. »

Au su­jet de Jake Gyl­len­haal, il dit qu’il « était tou­jours au­then­tique sur le pla­teau, parce qu’il trou­vait ou cher­chait tou­jours quelque chose ». « Si vous êtes le genre de réa­li­sa­teur qui dé­sire seule­ment que l’ac­teur trouve ses marques, je pense que vous l’em­pê­chez alors de sor­tir le meilleur de lui-même. Je crois que c’est un ac­teur cha­ris­ma­tique, qui de­vient tou­jours le centre d’at­ten­tion. Ce­la m’a ren­du fou les pre­mières se­maines, si­gnale She­ri­dan, im­pas­sible, alors que je vou­lais être le centre d’at­ten­tion. »

De Natalie Port­man, il dit qu’elle est « la per­sonne que vous vou­lez avoir der­rière vous dans une guerre. Elle est très loyale ».

MIS À L’ÉPREUVE

Lorsque la conver­sa­tion porte sur les su­jets trai­tés dans Bro­thers, les pro­pos de She­ri­dan de­viennent un peu plus com­pli­qués. Le per­son­nage de Ma­guire s’en va en en­fer comme sol­dat et She­ri­dan était in­té­res­sé dans le conflit mo­ral qui était in­hé­rent à sa si­tua­tion.

« C’est le mo­ment où il y a un acte qui trans­gresse tel­le­ment les règles que ce­la vous place au-de­là du bien et du mal. Je me suis dit que c’était comme mettre à l’épreuve votre foi. J’ai pen­sé que ce se­rait in­té­res­sant. Dieu vous a pla­cé dans une po­si­tion où vous êtes res­pon­sable de la vie ou de la mort d’une autre per­sonne et votre seul autre choix est le sui­cide. »

She­ri­dan ajoute, sans dra­ma­ti­ser : « C’est comme ce­la que je me suis sen­ti dans ma vie. »

TRA­GÉ­DIE

In­vi­té à éla­bo­rer sur le su­jet, She­ri­dan parle de cette po­si­tion entre le mar­teau et l’en­clume qu’il a vé­cue de­puis la tra­gé­die dans sa fa­mille. Il s’agit de la mort d’un jeune frère de 10 ans, Fran­kie, qui avait une tu­meur au cer­veau. She­ri­dan était un ado­les­cent à l’époque.

« Quand mon pe­tit frère est mort, j’ai re­mar­qué que tout le monde dans notre fa­mille croyait qu’il de­vait être res­pon­sable de l’ac­ci­dent qui l’a conduit à dé­ve­lop­per cette tu­meur, constate She­ri­dan. Parce qu’il est trop dif­fi­cile de croire que la vie et la mort sont sim­ple­ment l’ef­fet du ha­sard, alors vous de­vez lui don­ner un sens en as­su­mant de la culpa­bi­li­té. Ce­la vous rend res­pon­sable de la mort.

« En com­pa­rai­son, pour­suit-il, Bro­thers ra­conte l’his­toire d’un type qui se trouve dans une si­tua­tion où Dieu l’a mis à l’épreuve en le met­tant dans une po­si­tion in­te­nable. Il s’agit donc à la fois d’une perte de foi et d’un trans­fert. Vous al­lez au-de­là de la fa­mille des mi­li­taires dans ce geste. »

She­ri­dan parle de la fa­mille créée au sein de l’ar­mée. Puis, il dit : « J’ai le sen­ti­ment trou­blant que les hommes doivent tou­jours sor­tir du nid pour al­ler à la chasse et au com­bat. C’est un geste pri­mi­tif et c’est un aban­don de la fé­mi­ni­té... Le per­son­nage peut-il gar­der son âme, même s’il a trans­gres­sé le code mi­li­taire, qui est le code de sexe mas­cu­lin ? »

La foi, la croyance et le ci­né­ma se re­joignent à nou­veau dans le pro­chain pro­jet de She­ri­dan : un film d’ac­tion psy­cho­lo­gique in­ti­tu­lé Dream House met­tant en ve­dette Da­niel Craig.

« C’est un gars en­ga­gé dans une folle quête spi­ri­tuelle et qui est à la re­cherche d’une ré­ponse à une énigme ter­rible », dit She­ri­dan, ajou­tant qu’une grande par­tie de l’his­toire doit res­ter se­crète.

« Mais c’est es­sen­tiel­le­ment sur un homme qui cherche à sa­voir s’il est vrai­ment bon ou mau­vais. »

Dream House se­ra tour­né à To­ron­to l’an pro­chain.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.