La mi-ca­rême : un ri­tuel ve­nu du Moyen Âge !

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

À comp­ter d’au­jourd’hui et pour en­core plu­sieurs jours, c’est la fête dans trois mu­ni­ci­pa­li­tés du Qué­bec qui cé­lèbrent la mi-ca­rême une fête d’ori­gine fran­çaise ayant ses sources au Moyen Âge.

Très po­pu­laire dans nos villages au XIXe siècle et dans la pre­mière moi­tié du XXe, ce ri­tuel de Car­na­val mar­quait une pause pen­dant la pé­riode aus­tère du Ca­rême. Re­vê­tus de vieux man­teaux, de vê­te­ments de tra­vail, de peaux de four­rures, de draps, de sacs de pa­tates ou même de boîtes de car­ton, les gens se pro­me­naient d’une mai­son à l’autre. Ils clau­di­quaient, se tor­tillaient, dé­for­maient leur voix ou res­taient muets et fai­saient tout leur pos­sible pour que per­sonne ne de­vine leur iden­ti­té.

Un ex­ploit dans les pe­tits villages où tout le monde connais­sait tout le monde. Dans les mai­sons, on ou­vrait la porte et on lais­sait en­trer ces drôles de vi­si­teurs, mais on de­meu­rait à l’af­fût du moindre pe­tit geste pou­vant les tra­hir. Il ne suf­fi­sait plus qu’à les nom­mer pour les obli­ger à en­le­ver leur masque ce qui mar­quait le dé­but des fes­ti­vi­tés.

C’était l’oc­ca­sion idéale pour les cu­rieux d’en­trer chez ceux qu’ils ne connais­saient pas et d’ac­cueillir ceux qu’ils n’au­raient ja­mais osé in­vi­ter.

Mais cette tra­di­tion a peu à peu été dé­lais­sée. Il est vrai que rares sont ceux qui obéissent au­jourd’hui à la pé­riode de jeûne de qua­rante jours ins­tau­rée par l’Église (en ré­fé­rence aux qua­rante jours de jeûne ef­fec­tués par Jé­susCh­rist) pré­cé­dant la fête de Pâques. Mais trois villages per­pé­tuent cette se­maine de fes­ti­vi­tés. Il s’agit de Fa­ti­ma aux Îles de la Ma­de­leine, de l’Isle-aux-Grues sur la Côte du Sud et de Na­ta­sh­quan sur la Côte Nord.

À l’Îsle-aux-Coudres dans Char­le­voix, on a long­temps cé­lé­bré la mi-ca­rême, mais de nos jours la fête ne dure que le temps d’une soi­rée alors que les in­su­laires se dé­guisent et se re­trouvent dans une salle com­mu­nau­taire.

DE NOS JOURS

Si cer­tains se dé­guisent tou­jours avec ce qu’ils ont sous la main, pour d’autres cet évé­ne­ment exige beau­coup de tra­vail. À l’Is­leaux-Grues, par exemple, les femmes uti­lisent les longues se­maines d’hi­ver pour confec­tion­ner de mer­veilleux cos­tumes qui, après avoir été por­tés, sont ex­po­sés au Centre de la Vo­lière. Une belle fa­çon de faire dé­cou­vrir cette fête mé­con­nue aux vi­si­teurs es­ti­vaux.

En­core au­jourd’hui, les Mi-Ca­rêmes de ces trois villages cir­culent de mai­son en mai­son. Il de­vient ce­pen­dant de plus en plus dif­fi­cile pour les hôtes de de­vi­ner qui est leur in­vi­té puisque de nom­breux tou­ristes se mêlent aux vil­la­geois. Qu’im­porte, on sympathise, on lève son verre, on chante, on danse et l’on marche dans le froid vers une pro­chaine mai­son et ce­ci jus­qu’au mi­lieu de la nuit.

UN BEAU LIVRE

Afin de se pré­pa­rer à joindre les rangs des Mi-Ca­rêmes, in­vi­ta­tion à se pro­cu­rer Mi-ca­rême, une fête qué­bé­coise à re­dé­cou­vrir aux Édi­tions les 400 Coups. Ma­gni­fi­que­ment illus­tré par le pho­to­graphe Pierre Dun­ni­gan et rem­pli d’in­for­ma­tions grâce au tra­vail de re­cherches de la jour­na­liste et pro­duc­trice Fran­cine Saint-Laurent, il contient en plus un avant-pro­pos de Gilles Vi­gneault qui fait ap­pel à ses sou­ve­nirs d’en­fance.

PHOTO LISE GI­GUÈRE

Les ha­bi­tants de Fa­ti­ma aux Îles de la Ma­de­leine, de l’Isle-aux-Grues sur la Côte du Sud et de Na­ta­sh­quan sur la Côte Nord per­pé­tuent la tra­di­tion de ce car­na­val qui mar­quait une pause dans le ca­rême.

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