UNE MORT DOUCE ET AU­DA­CIEUSE

La plu­part du temps, la mort fait peur. Au ci­né­ma, c’est un su­jet qua­si ta­bou en de­hors, bien sûr, des mac­cha­bées à la tonne dans cer­tains films hol­ly­woo­diens... En choi­sis­sant de par­ler de la mort dans Signes vi­taux, un film tout en fi­nesse et en sen­sib

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - De­nise Mar­tel Agence QMI

Étu­diante à Har­vard, Si­mone (Marie-Hé­lène Bellavance) est prise par sur­prise quand elle ap­prend la mort de sa grand-mère et se voit for­cée de ren­trer au Qué­bec pour s’oc­cu­per de sa suc­ces­sion. En fait, c’est l’unique des­cen­dante de la vieille dame dé­cé­dée dans la so­li­tude et c’est cette prise de conscience qui la trouble, beau­coup plus que d’hé­ri­ter de ses maigres biens.

À la fois dé­çue et cho­quée de n’avoir rien vu ve­nir et qu’on ne l’ait pas pré­ve­nue, Si­mone dé­cide en quelque sorte de se re­prendre en de­ve­nant bé­né­vole dans le centre pour soins pal­lia­tifs où sa grand-mère a vé­cu ses der­niers mo­ments. Comme pour ap­pri­voi­ser la mort et du coup, peut-être la vie.

De na­ture plu­tôt se­crète et ren­fer­mée, il lui fau­dra plu­sieurs jours avant de confier ce qu’elle fait de ses jour­nées à Bo­ris (Fran­cis Du­charme), son co­pain de ja­dis qu’elle re­trouve avec un plai­sir évident, en pre­nant soin tou­te­fois de pré­ci­ser qu’il n’est pas son amou­reux. Dans le fond, Si­mone garde ses dis­tances avec lui, comme elle le fait dans tout ce qu’elle en­tre­prend, mais Bo­ris n’est pas dupe et trou­ve­ra le moyen de la faire sor­tir de son co­con.

Dé­jà mar­quée par la mort dans son en­fance, Si­mone l’ap­proche sans crainte, en se conten­tant d’écou­ter et d’ac­com­pa­gner au jour le jour ceux qui l’at­tendent, la sou­haitent comme Mme Mi­reault (Su­zanne St-Mi­chel) et Cé­line Gi­ran­deau (Marie Bras­sard), tan­dis que d’autres ne sont pas pres­sés de la voir ar­ri­ver, comme Mme Per­rin (Da­nielle Oui­met).

IMAGES IN­USI­TÉES DE QUÉ­BEC

Écrit et réa­li­sé par So­phie De­raspe, Signes

vi­taux sou­lève des ques­tions aus­si im­por­tantes que l’euthanasie, mais tout en dou­ceur et en nuances, dans un contexte mé­di­cal.

Le su­jet pa­raît ex­trê­me­ment au­da­cieux pour une jeune réa­li­sa­trice qui n’en est qu’à son deuxième film, mais après quelques in­cur­sions dans le do­cu­men­taire comme di­rec­trice photo ou réa­li­sa­trice, So­phie De­raspe ( Re­cher­cher Vic­tor Pel­le­rin) s’en tire très ha­bi­le­ment. Signes vi­taux est bien sûr un film in­ti­miste, sou­vent si­len­cieux et par­fois dans la pé­nombre, mais pa­ra­doxa­le­ment, jeune et vi­vant.

Tour­né en par­tie à la basse-ville de Qué­bec l’hi­ver der­nier, le film offre des images très dif­fé­rentes de la ville, qua­si in­usi­tées. À sa pre­mière ex­pé­rience comme ac­trice, Ma­rieHé­lène Bellavance ap­pa­raît très douée. Is­sue du monde de la danse et des arts vi­suels, elle a une fa­çon par­ti­cu­lière de trans­mettre des émo­tions et du sen­ti tout en par­lant peu.

En­core peu connu, Fran­cis Du­charme ( C.R.A.Z.Y., Elles étaient cinq, Belle-Baie) a vrai­ment une tête d’ac­teur et in­ves­tit Bo­ris avec force. Quant à Marie Bras­sard, elle in­carne son per­son­nage avec une rage à faire fré­mir. Quel que soit leur rôle, tous les ac­teurs sont justes au point où on se croi­rait par­fois dans un do­cu­men­taire.

Lau­réat de deux prix au Fes­ti­val de Whist­ler — meilleur film canadien et meilleure ac­trice — Signes

vi­taux est un film sin­gu­lier certes, mais laisse de­vi­ner une réa­li­sa­trice qui n’a pas du tout en­vie de se fondre dans un moule.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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