Un clown tache

Avant de de­ve­nir le cé­lèbre met­teur en scène qui a si­gné les cé­ré­mo­nies de clô­ture des olym­piques de Tu­rin, des spectacles du Cirque Éloize et du Cirque du So­leil, ain­si qu’un opé­ra à Londres ou une pièce de théâtre à Mos­cou, Da­niele Fin­zi Pas­ca était un

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin

C’est dans une cel­lule de pri­son en Suisse (il a re­fu­sé de faire son ser­vice mi­li­taire) que Fin­zi Pas­ca a écrit Ica­ro, un spec­tacle en so­lo qu’il joue en six langues un peu par­tout dans le monde, de­puis 20 ans.

Le spec­tacle a fait fu­reur quand il fut pré­sen­té à l’Usine C, il y a dix ans dé­jà. Ce prin­temps, Fin­zi Pas­ca re­passe sur ses traces : même spec­tacle, même en­droit.

Voi­ci ce qu’il dit de son spec­tacle et de son mé­tier de clown.

« Ica­ro est une pe­tite his­toire sur le be­soin qu’on a tous de trou­ver un point de fuite, de s’échap­per de la réa­li­té. »

Quant à l’his­toire, « elle se dé­roule dans la chambre d’un hô­pi­tal dans la­quelle deux pa­tients se ren­contrent pour la pre­mière fois. L’un est là de­puis des an­nées, l’autre vient d’ar­ri­ver ».

Ce der­nier est un spec­ta­teur choi­si au ha­sard pour mon­ter sur scène : le spec­tacle a été d’abord conçu pour être joué pour un seul spec­ta­teur. « Les autres sont des voyeurs qui as­sistent. »

NOU­VEAUX AMIS

L’ar­tiste conti­nue : « C’est comme un voyage ini­tia­tique. Pen­dant une nuit, les deux de­viennent amis et cherchent une fa­çon de s’échap­per de l’hô­pi­tal. »

Ce spec­tacle « aborde les thèmes de la ma­la­die, du des­tin, mais avec le lan­gage un tout pe­tit peu simple et in­gé­nu de la clow­ne­rie ».

Bon. Reste à voir : qu’est-ce que c’est qu’un clown.

« Un clown, c’est un peu comme une tache. C’est dans les so­cié­tés bien or­ga­ni­sées, qui fonc­tionnent bien, qu’on ren­contre le plus de clowns. Nous ré­pon­dons au be­soin de voir des taches sur les vê­te­ments des gens trop bien mis. Des taches de sang, des taches in­vi­sibles de par­fum, une tache de cham­pagne sur la nappe à la fin de la soi­rée, une tache qui sent mau­vais ou qui ne pour­ra être en­le­vée. »

En fait, les clowns « cor­res­pondent au be­soin que nous avons de rompre avec les règles et l’ordre. On le fait de ma­nière simple, en don­nant sur­tout voix aux hé­ros per­dants que nous sommes tous ».

HÉ­ROS PER­DANTS

« De­puis les Grecs jus­qu’au ci­né­ma amé­ri­cain, nous avons tou­jours été bom­bar­dés par ces hé­ros ex­tra­or­di­naires, qui sont in­vin­cibles, qui gagnent tout le temps. Dans la vraie vie, la plu­part d’entre nous ga­gnons une fois, mais per­dons les 50 autres fois. »

Pour conclure, Fin­zi Pas­ca ajoute : « Les clowns par­ti­cipent à ce be­soin de don­ner une voix aux hé­ros per­dants, qui par­ti­cipent mais ne gagnent pas, qui tombent et se re­lèvent, puis conti­nuent. Aux yeux de leur fa­mille, de leurs en­fants, ils sont beaux, même s’ils ne gagnent pas. »

Da­niele Fin­zi Pas­ca, Ica­ro, Usine C, du 16 mars au 3 avril.

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