IM­MER­SION DANS LA FRANCE D’EN BAS

La jour­na­liste fran­çaise Flo­rence Au­be­nas s’est im­mer­gée pen­dant six mois dans la vie d’une cher­cheuse d’em­ploi sans di­plôme. Son ex­pé­rience a don­né nais­sance au Quai de Ouis­tre­ham, un ré­cit qui nous plonge dans le quo­ti­dien de ces Fran­çais qui peinent à

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

Fé­vrier 2009. C’est la crise. Les gens ne parlent que de ça. À la ra­dio, à la té­lé, dans les jour­naux, les re­por­tages de­viennent de plus en plus an­xio­gènes. « Tout don­nait l’im­pres­sion d’un monde en train de s’écrou­ler. Et pour­tant, au­tour de nous, les choses sem­blaient tou­jours à leur place », écrit Flo­rence Au­be­nas.

Grand re­por­ter au ma­ga­zine Le Nou­vel Ob­ser­va­teur, Flo­rence Au­be­nas est pour­tant l’une des mieux pla­cées pour com­prendre cette crise. Mais com­prendre la crise de l’ex­té­rieur est une chose, la vivre de l’in­té­rieur en est une autre.

Flo­rence Au­be­nas choi­sit donc de quit­ter Paris pour Caen, une pe­tite ville de pro­vince. Elle conserve son nom, ses papiers, se teint en blonde, ne quitte plus ses lu­nettes et s’ins­crit au chô­mage avec comme seul ba­gage, un bac­ca­lau­réat (l’équi­valent d’un se­con­daire 5). Ob­jec­tif : dé­cro­cher un contrat à du­rée in­dé­ter­mi­née, c’est-à-dire un poste per­ma­nent. Mais Flo­rence Au­be­nas n’est pour­tant pas une ano­nyme. Re­te­nue comme otage en Irak en 2005, elle a été sous les feux des pro­jec­teurs après sa li­bé­ra­tion. Mal­gré ce­la, peu de per­sonnes se sont ar­rê­tées à son nom et une seule l’a dé­mas­quée.

CHER­CHER UN EM­PLOI

Au fil des pages du Quai de Ouis­tre­ham, Flo­rence Au­be­nas nous fait plon­ger en même temps qu’elle dans le monde des cher­cheurs d’em­ploi. On la suit au Pôle em­ploi (une sorte d’Em­ploi Qué­bec) où, jour après jour, elle épluche les offres d’em­plois.

On la re­trouve tan­tôt face à une conseillère dé­fai­tiste vis-à-vis son CV, tan­tôt face à une autre qui croit en ses ca­pa­ci­tés. Un en­droit où elle croise les mêmes vi­sages. Il y a les las­sés, les mo­ti­vés, les op­ti­mistes, les pes­si­mistes, les râ­leurs, ceux qui gardent espoir et ceux qui ont bais­sé les bras.

Flo­rence Au­be­nas écoute, ob­serve et rend compte sans ju­ge­ment. Il y ce­lui qui, face à une conseillère de Pôle em­ploi, an­nonce qu’il est prêt à ga­gner moins que le sa­laire mi­ni­mum et qui se fait ré­pondre qu’il est le troi­sième de la jour­née à lui dire ça. Ou en­core, cette jeune femme qui, dis­cu­tant au té­lé­phone avec sa mère, lui dit de ne pas s’in­quié­ter parce qu’une co­pine lui a prê­té 3 eu­ros au­jourd’hui. On l’au­ra com­pris, ça se dé­roule en France, mais ça pour­rait aus­si bien se pas­ser au Qué­bec.

PE­TITS CONTRATS

Il fau­dra quelques se­maines à Flo­rence Au­be­nas pour dé­cro­cher un pre­mier job de femme de mé­nage avant de cu­mu­ler di­vers pe­tits contrats. Ra­pi­de­ment, on est confron­té à la dure réa­li­té de ces bou­lots pré­caires. Et sur­tout, on com­prend. On com­prend pour­quoi ces hommes et ces femmes sont prêts à ac­cep­ter des condi­tions de tra­vail dif­fi­ciles et des pa­trons par­fois ex­ploi­teurs pour mettre du pain sur la table.

Cette peur et ce stress de perdre son tra­vail ne quit­te­ront ja­mais vrai­ment Flo­rence Au­be­nas pen­dant ces six mois. Mais on se rend compte que cette im­mer­sion, c’est bien plus qu’un tra­vail de jour­na­liste pour rendre compte du quo­ti­dien des chô­meurs. C’est une vé­ri­table ex­pé­rience hu­maine, avec ses ren­contres par­fois drôles, par­fois tou­chantes, et avec ses ami­tiés qui se dé­ve­loppent sou­vent dans la so­li­da­ri­té et l’em­pa­thie.

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