Les sai­sons

Le Journal de Montreal - Weekend - - ACTUALITÉS - Be­noît Au­bin

Ce n’est pas la pre­mière fois que Syl­vie Dra­peau et Isa­belle Vincent mettent leurs têtes en­semble pour écrire une pièce de théâtre. Il y a d’abord eu Ava­ler la mer et

les pois­sons, qui a connu un franc suc­cès, en 1998.

Écrire est une ac­ti­vi­té in­ten­sé­ment per­son­nelle et sou­vent nar­cis­sique, alors écrire une pièce de théâtre à quatre mains peut être une ac­ti­vi­té ris­quée, po­ten­tiel­le­ment se­mée de heurts et de conflits. Mais pas pour ces deux com­plices.

« Ça fait 25 ans que Syl­vie (Da­peau) et moi on se connait. On s’est connues à l’école de théâtre », dé­voile Isa­belle Vincent.

« Nous avons eu des par­cours sem­blables, nos vies se res­semblent de bien des fa­çons, même nos pères se res­semblent. »

« Pour cette rai­son, il a été pos­sible pour cha­cune de nous de faire par­ler le père dans une même langue, une même voix : nous avons des ré­fé­rences, des sou­ve­nirs sem­blables. »

Les co-au­teures ne se par­tagent pas les per­son­nages. Cha­cune fait par­ler tous les per­son­nages. « C’est im­por­tant pour qu’il y ait une sorte de co­hé­rence, d’uni­té. »

Ava­ler la mer et les pois­sons met­tait en scène deux femmes dy­na­miques et am­bi­tieuses, qui fi­nis­saient par se tour­ner l’une vers l’autre. « Quand nous avons dé­ci­dé de faire une pièce sur la cel­lule fa­mi­liale, nous avons in­vi­té nos pa­rents res­pec­tifs à sou­per. »

PRISE DE PA­ROLE

L’idée de dé­part était d’Isa­belle Vincent. Les deux femmes ont tra­vaillé en­semble pour dé­fi­nir la struc­ture dra­ma­tique et les per­son­nages. Syl­vie Dra­peau fut la pre­mière à com­plé­ter une pre­mière ver­sion. Elles ont en­suite ef­fec­tué le tra­vail en­semble, avec le met­teur en scène, Mar­tine Beaulne, qui jouait le rôle d’édi­teure.

« Écrire, pour une co­mé­dienne, c’est une prise de pa­role. C’est avoir la chance de créer, pas seule­ment à tra­vers l’in­ter­pré­ta­tion, mais aus­si par l’écri­ture », as­sure Isa­belle Vincent.

C’est aus­si une arme à deux tran­chants, quand on joue dans sa propre pièce. Isa­belle Vincent dit s’être par­fois sen­tie « écar­te­lée entre deux rôles ».

En ré­pé­ti­tions, comme ils avaient l’au­teure sous la main, tous vou­laient son avis, pour va­li­der leur in­ter­pré­ta­tion. « Mais, quand on écrit, on n’est pas tou­jours en mode ra­tion­nel. Il y a des choses qui viennent di­rec­te­ment du coeur, alors je n’avais pas tou­jours les ré­ponses à leurs ques­tions les plus poin­tues. »

Mais il y a aus­si des joies in­tenses à por­ter les deux cha­peaux. « Quand on écrit, on pense à des choses, on les voit dans sa tête. Mais quand des co­mé­diens les in­carnent, et les mènent plus loin que ce qu’on avait ima­gi­né, c’est ex­tra­or­di­naire. »

Écrire, pour une co­mé­dienne, c’est une prise de pa­role. C’est avoir la chance de créer, pas seule­ment à tra­vers l’in­ter­pré­ta­tion, mais aus­si par l’écri­ture »

– Isa­belle Vincent

PHOTO JO­CE­LYN MA­LETTE

Isa­belle Vincent, au­teure et co­mé­dienne.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.