San­ta­na

Agence QMI | Voi­là dé­jà une dé­cen­nie que le gui­ta­riste a lan­cé l’al­bum le plus im­por­tant de sa car­rière, mais pour lui, c’est comme si c’était hier, ou... demain. – Car­los San­ta­na

Le Journal de Montreal - Weekend - - ACTUALITÉS -

« Le temps est une illu­sion, phi­lo­sophe ce mys­tique de 62 ans lors d’une en­tre­vue ex­clu­sive ac­cor­dée de­puis sa ré­si­dence de San Ra­fael. Pour moi, tout semble être un seul et im­mense ma­gni­fique mo­ment. »

Di­sons sim­ple­ment qu’il n’au­rait pas pu choi­sir de meilleur mo­ment pour avoir l’im­pres­sion que ce­lui-ci est in­in­ter­rom­pu.

De­puis sa pa­ru­tion en juillet 1999, Su­per­na­tu­ral a tou­jours été à la hau­teur de son titre. Met­tant en ve­dette de nom­breux in­vi­tés comme Rob Tho­mas, Dave Mat­thews, Lau­ryn Hill et Eric Clap­ton, l’al­bum pro­duit par Clive Da­vis a sé­jour­né pen­dant des dou­zaines de se­maines au som­met des pal­ma­rès Bill­board, il s’est écou­lé à plus de 25 mil­lions d’exem­plaires, nous a don­né des suc­cès pla­né­taires tels que Smooth et Ma­ria, Ma­ria, en plus de rem­por­ter neuf prix Gram­my, dont ce­lui de l’al­bum de l’an­née. Ah! Et il a re­lan­cé la car­rière de San­ta­na!

Pour sou­li­gner le dixième an­ni­ver­saire de sa pa­ru­tion, So­ny Mu­sic a ré­cem­ment ré­édi­té Su­per­na­tu­ral en ver­sion aug­men­tée qui voit l’al­bum ac­com­pa­gné d’un deuxième CD d’in­édits de l’époque de son en­re­gis­tre­ment. Pour faire la pro­mo­tion de cette ré­édi­tion, le très spi­ri­tuel mu­si­cien a pris une pe­tite por­tion de ce mo­ment in­in­ter­rom­pu (neuf mi­nutes ter­riennes) pour m’ac­cor­der une en­tre­vue té­lé­pho­nique.

COMMENT AL­LEZ-VOUS AU­JOURD’HUI?

Je me sens ins­pi­ré.

ÇA FAIT PLAI­SIR À EN­TENDRE. ÊTES­VOUS SOU­VENT INS­PI­RÉ?

La plu­part du temps.

EN­CORE MIEUX! JE SAIS QUE NOUS N’AVONS PAS BEAU­COUP DE TEMPS, ALORS AL­LONS DROIT AU BUT : AVEZ-VOUS L’IM­PRES­SION QUE 10 AN­NÉES SE SONT ÉCOU­LÉES DE­PUIS LE LAN­CE­MENT DE SU­PER­NA­TU­RAL?

Non, parce que j’ai eu tel­le­ment de plai­sir à ap­prendre et... eh! bien à avoir du plai­sir!

COMMENT VOTRE PER­CEP­TION DE CET AL­BUM A-T-ELLE CHAN­GÉ AVEC LE TEMPS ?

Je suis très re­con­nais­sant. Vous sa­vez, bien des gens de­viennent to­ta­le­ment im­bus d’eux-mêmes, mais pour moi, c’est le contraire. Su­per­na­tu­ral est un des al­bums im­por­tants de l’his­toire de la mu­sique, mais ça me rem­plit d’hu­mi­li­té, sur­tout que je l’ai créé en com­pa­gnie de gens que j’aime. J’ai gran­di en écou­tant B.B. King, Ti­to Puente, Miles Da­vis et John Col­trane, tan­dis que mes yeux étaient tour­nés vers Cesar Cha­vez, Mar­tin Lu­ther King et Mère Te­re­sa. C’est avec cette ap­proche que j’ai créé Su­per­na­tu­ral. Si vous por­tez at­ten­tion aux pa­roles, elles res­semblent à des choses qu’au­raient pu écrire John Len­non, Bob Mar­ley, Bob Dy­lan ou Mar­vin Gaye. Le mes­sage en est un de paix, d’har­mo­nie, de com­pas­sion et d’amour, pas de guerre.

COMMENT LE SUC­CÈS DE CET AL­BUM A-T-IL CHAN­GÉ VOTRE VIE ?

J’ai pris une grande res­pi­ra­tion et j’ai consta­té qu’à par­tir de ce mo­ment, je se­rais éter­nel­le­ment per­ti­nent. Par­tout à tra­vers le monde, des en­fants, des grands-pa­rents, des ado­les­cents, des gens avec des anneaux dans le nez ou des coupes de che­veux Moh­wak rouge et vert, des goths qui aiment Ma­ri­lyn Man­son et Alice Coo­per, des gens en com­plet-cra­vate, tout le monde a été tou­ché par ce disque. Su­per­na­tu­ral a im­pré­gné tous les ni­veaux de la conscience hu­maine et, par la grâce de Dieu, nous avons été bien re­çus. Comme le di­sait ma mère, qui est morte l’an der­nier, être po­pu­laire c’est une chose, mais être ai­mé c’est com­plè­te­ment autre chose.

VOUS AT­TEN­DIEZ-VOUS À UNE TELLE RÉ­CEP­TION?

Non. Clive Da­vis s’y at­ten­dait dans une cer­taine me­sure, mais même lui a été com­plè­te­ment ren­ver­sé par le vé­ri­table tsu­na­mi d’amour pour ce disque. C’est une bonne ex­pres­sion, ça, « tsu­na­mi d’amour », je vais la gar­der,

celle-là.

SE­LON CE QU’ON PEUT LIRE DANS LE LI­VRET DE LA RÉ­ÉDI­TION DE L’AL­BUM, VOUS PEN­SIEZ INI­TIA­LE­MENT IN­TI­TU­LER L’AL­BUM MUMBO JUM­BO. ÊTES-VOUS CONTENT DE NE PAS AVOIR UTI­LI­SÉ CE TITRE ?

J’ai­mais bien Mumbo Jum­bo comme titre. C’était le nom d’un roi qui a vrai­ment exis­té et qui avait des pou­voirs de gué­ri­son. L’ex­pres­sion a pris une conno­ta­tion né­ga­tive à cause de l’uti­li­sa­tion qu’en ont faite les Bri­tan­niques blancs, mais en réa­li­té, ce roi gué­ris­sait les gens avec la mu­sique, les rythmes, les in­can­ta­tions et des herbes. Quelle coïn­ci­dence! Voi­là pour­quoi j’au­rais ai­mé que l’al­bum s’in­ti­tule Mumbo Jum­bo: c’était ma fa­çon très per­son­nelle d’ex­pri­mer que je crois qu’il existe quelque chose au-de­là de ce que le cer­veau est ca­pable de sai­sir. C’est une autre forme de mé­de­cine. La foi est la sub­stance des choses in­tan­gibles, c’est ce­la, Su­per­na­tu­ral, ou Mumbo Jum­bo.

COMMENT UNE PER­SONNE AUS­SI SPI­RI­TUELLE QUE VOUS PARVIENTELLE À MA­NOEU­VRER DANS CETTE IN­DUS­TRIE DE LA MU­SIQUE QUE TOUS N’HÉ­SITENT PAS À QUA­LI­FIER DE SANS ÂME ?

Je ne traite pas avec les gens qui n’ont pas d’âme. Pour moi, ce sont des gens non né­ces­saires. Les gens qui sont du genre je-me-moi et qui ne se sou­cient pas un ins­tant des autres, ils sont sim­ple­ment non-né­ces­saires. Chaque per­sonne qui a par­ti­ci­pé à Su­per­na­tu­ral de près ou de loin, les comp­tables, les avo­cats, les in­gé­nieurs, les réa­li­sa­teurs, Eric Clap­ton, Lau­ryn Hill, Rob Tho­mas... Ils m’ont tous dit la même chose: « Je sa­vais que j’al­lais tra­vailler avec San­ta­na avant même que Clive Da­vis m’ap­pelle. Par­tout où j’al­lais, votre mu­sique était pré­sente, que ce soit dans le taxi ou au res­tau­rant. J’ai com­pris que c’était un signe que je de­vais tra­vailler avec vous éven­tuel­le­ment ».

ET VOUS, RE­CE­VEZ-VOUS CE GENRE D’IN­DICES DU COS­MOS, PAR­FOIS?

Constam­ment. Et je m’ef­force de leur obéir. Lorsque quelque chose doit se pro­duire, c’est presque comme une ex­pé­rience di­vine. Il ne faut sim­ple­ment pas vous nuire à vous-même.

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