Jour­nal d’un co­opé­rant... UN SU­JET CHAUD

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle Cou­dé-Lord MCLORD@JOUR­NALMTL.COM

Pro­duit par la Coop vi­déo de Mon­tréal, le film Jour­nal d’un co­opé­rant du scé­na­riste et réa­li­sa­teur Ro­bert Mo­rin nous est pré­sen­té en plein coeur d’une ac­tua­li­té chaude. Est-ce que l’ar­gent en­voyé dans les pays en dif­fi­cul­té va au bon en­droit? Le réa­li­sa­teur croit que même si les in­ten­tions sont bonnes, il y a bien des choses à cor­ri­ger.

Le film au bud­get de 900 000$ a été tour­né au Burundi. Quelques jours avant son dé­part, le réa­li­sa­teur Ro­bert Mo­rin avait re­çu le Prix du gou­ver­neur gé­né­ral en arts vi­suels et mé­dia­tiques.

OR, QUELQUES MOIS PLUS TARD, EST-CE QU’UN TEL PRIX CHANGE LA VIE D’UN CI­NÉASTE?

Ça fait 25 000$ de plus; cet ar­gent a payé mon sa­laire pour mon tour­nage Le Jour­nal d’un co­opé­rant.

CROYEZ-VOUS À CE­LA LES NO­MI­NA­TIONS À DES GA­LAS?

Je ne crois pas qu’on peut faire la com­pé­ti­tion avec de l’art. Dans les sports oui, mais je pense qu’on met trop d’olym­pisme là-de­dans.

QUELLE EST LA MEILLEURE FA­ÇON DE PRÉ­SEN­TER JOUR­NAL D’UN CO­OPÉ­RANT?

C’est une fic­tion qui ra­conte l’his­toire d’un gars, Jean-Marc Pha­neuf, qui fut mal ai­mé dans sa vie et croit que la co­opé­ra­tion pour­ra chan­ger les choses, le cours de sa vie. Or, il per­dra plu­sieurs de ses illu­sions qui lui res­taient. Il s’en­gage de bonne foi dans la co­opé­ra­tion, croyant avoir trou­vé un bon moyen d’ai­der, mais il ver­ra qu’il n’est au fond qu’un pion dans une grosse ma­chine pas né­ces­sai­re­ment et com­plè­te­ment hon­nête. Ça traite de tra­hi­son et d’abus de pou­voir.

QU’EST-CE QUI VOUS A INS­PI­RÉ CETTE HIS­TOIRE?

J’ac­com­pa­gnais ma femme, An­dré­line Beau­par­lant, di­rec­trice ar­tis­tique du film Un di­manche à Ki­ga­li, tour­né en Afrique, et j’ai réa­li­sé alors l’am­pleur du pro­blème de la co­opé­ra­tion. Je voyais un pays en­va­hi par l’aide in­ter­na­tio­nale; j’ai vu ces grosses ba­gnoles ru­ti­lantes se pro­me­ner dans les rues de la ville dé­vas­tées; ces mai­sons avec des pis­cines. La co­opé­ra­tion me fait pen­ser au Klon­dike, à la ruée vers l’or des sa­loons d’au­tre­fois, des films de cow­boys. Il y a des gens qui font du bon bou­lot, mais comme je leur montre dans mon film, je crois que la ma­jo­ri­té de l’ar­gent en­voyé est dé­tour­né dans les poches des di­ri­geants de ces pays-là.

APRÈS CE QU’ON VIENT DE VIVRE AVEC HAÏTI, VOTRE MES­SAGE EST UN PEU DÉSES­PÉ­RANT ET TROU­BLANT?

On es­père tou­jours que l’ar­gent aille au bon en­droit. C’est sou­vent les gou­ver­ne­ments qui agissent mal. Il y a sû­re­ment un peu de notre ar­gent dans la for­tune de Du­va­lier, l’ex­tête di­ri­geante d’Haïti. Moi, j’ai bien peur que si on ne contrôle pas ce qu’on a don­né à Haïti, ça risque de faire comme dans cer­tains pays d’Afrique. Il faut être très vi­gi­lant. Un plus grand contrôle pour­rait chan­ger les choses. Mais même en les don­nant aux OMG, ça de­vient pro­blé­ma­tique, car on fait face alors à une bu­reau­cra­tie ex­ces­sive. On crée des jobs en en­ga­geant des do­mes­tiques, mais si on en­gage des do­mes­tiques, c’est parce qu’on a de trop grosses mai­sons peut-être. Mon film n’amène pas de so­lu­tions, mais pose des ques­tions.

EST-CE QUE VOTRE FILM A ÉTÉ FI­NAN­CÉ PAR LES INS­TI­TU­TIONS?

Oui, sur un bud­get de 900000$, j’ai re­çu 400000$ de la SODEC et 200000$ de Te­le­film, et ajou­tez à ce­la les cré­dits d’im­pôt pour un tour­nage de deux mois. J’ai vou­lu aus­si adop­ter un ton nar­ra­tif et de confi­dence.

ET LE BURUNDI?

Un vrai pa­ra­dis ter­restre. C’est pour­quoi que j’ai­me­rais tant que les gens ne souffrent pas.

QU’AI­ME­RIEZ-VOUS QUE LES GENS RE­TIENNENT DU JOUR­NAL D’UN CO­OPÉ­RANT?

Que les choses ne sont ni noires, ni blanches. Et qu’il faut faire en sorte que l’ar­gent qu’on donne se rende vrai­ment aux gens sur le ter­rain, aux po­pu­la­tions. Il faut trou­ver de meilleurs mé­ca­nismes.

ET COMMENT VA NOTRE CI­NÉ­MA?

Les ins­ti­tu­tions mettent beau­coup d’oeuvres dans le même pa­nier. J’ai­me­rais qu’elles fassent plus de re­cherche et de dé­ve­lop­pe­ment. Son pro­chain film se­ra l’his­toire de l’ami­tié en temps de guerre, Quatre sol­dats, ba­sé du ro­man d’Hu­bert Mi­gna­rel­li. Le film Jour­nal d’un co­opé­rant se­ra en salle aux ci­né­mas Pa­ral­lèle et Beau­bien à par­tir du 26 mars.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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