Les mots de la rue

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

Dans Dis oui, Ninon, Maud Le­thiel­leux prê­tait sa plume à une fillette de neuf ans qui ob­ser­vait à tra­vers ses yeux d’en­fant le monde qui l’en­toure. Dans D’où je suis, je vois la lune, son deuxième ro­man, l’au­teure choi­sit le même pro­cé­dé. Cette fois-ci, ce sont les mots de Moon qui jaillissent sur le pa­pier. Une jeune femme tout juste ma­jeure qui a choi­si de vivre dans la rue.

Moon n’a que 19 ans. Elle est san­sa­bri, dort sur des car­tons, ac­com­pa­gnée de son chien Co­mète, porte un vieux par­ka, ne prend pas sou­vent de douche et a des poux.

Au­tour d’elle, il y a Fid­ji, son amou­reux, Slam l’ex-tau­lard, Boule, Mi­chou et Su­zie avec leur cad­die et des « ke­pons » (punks) de pas­sage.

Moon a choi­si cette vie de sans-abri, voyant dans la sé­den­ta­ri­té que ses com­pa­gnons de for­tune adoptent peu à peu une tra­hi­son face à ce mode de vie qu’ils mènent, bien mal­gré eux pour plu­sieurs.

Pour sur­vivre dans la rue et réus­sir à s’ache­ter de quoi man­ger, Moon a choi­si d’of­frir des sou­rires aux pas­sants dans l’espoir qu’ils lui re­donnent quelques pièces en re­tour. C’est beau, ori­gi­nal, surprenant, poé­tique même.

« Moi, j’ai ma place, à l’angle de SaintF­ran, juste en face de la banque et avant le McDo, je vends ma mar­chan­dise, pe­tite came du quo­ti­dien. Je m’ins­talle là, de­bout, un pe­tit pas en avant, un pe­tit pas en ar­rière, la valse de la rue pour une pièce de mon­naie. Je ne brade pas, je ne force ja­mais le client, pas de pro­mo­tions dans mon ma­ga­sin en plein air, j’en vends des tout pe­tits, des grands jus­qu’aux oreilles, des en coin ou des mo­queurs, mais des jaunes ra­re­ment. Ici, entre la place Saint-Mich et l’ave­nue Vic­tor-Hugo, on m’ap­pelle la pe­tite ven­deuse de sou­rires ».

Mais de­puis peu, Moon a aus­si dé­ci­dé

DÉ­FAUTS

Le pro­blème avec Moon, l’hé­roïne de D’où je suis, je vois la lune, c’est qu’elle ne réus­sit qu’à moi­tié à nous char­mer. On a peine à la suivre dans son er­rance dans la ville. On a du mal à la cer­ner, à la com­prendre. D’où vient-elle ? Quelle en­fance a-t-elle eue ? Pour­quoi s’obs­ti­ner à vou­loir res­ter les deux pieds sur le bi­tume ? « Je m’en vais chez moi, à l’abri des faux es­poirs et des grands dis­cours. Chez moi, y’a une seule pièce, vaste et lu­mi­neuse, un ciel pour pla­fond et des bruits comme cloi­son. Cent mil­lions de mètres car­rés pour moi toute seule. » On de­vine une bles­sure, mais sans sa­voir d’où elle pro­vient. Le per­son­nage de Moon manque de sub­stance et de pro­fon­deur. On au­rait ai­mé mieux la connaître pour mieux l’ap­pré­cier ou la dé­tes­ter. Mais Moon nous laisse plu­tôt in­dif­fé­rents.

Dom­mage puisque sa vie n’a pour­tant rien d’ano­din et sa langue, tan­tôt rude tan­tôt fleurie, nous em­mène dans un uni­vers de bi­tume in­con­nu de la ma­jo­ri­té des lec­teurs. d’écrire un ro­man, un vrai.

Maud Le­thiel­leux avait réus­si à nous émou­voir dans son pre­mier ro­man avec l’his­toire de la pe­tite Ninon. On s’était pris de sym­pa­thie pour cette fillette lu­cide et em­pa­thique qui avait choi­si de vivre au­près de son père, dans une mai­son bric-à-brac en­tou­rée de chèvres.

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