Un rêve de l’amour... Le Taj Ma­hal et tout à cô­té, un oi­seau de rêve

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME -

Les grilles s’ouvrent. Nous sommes pra­ti­que­ment seuls dans ces jar­dins ha­bi­tuel­le­ment en­va­his par de nom­breux pè­le­rins. À deux pas de notre pen­sion dans la ville d’Agra en Inde, une des sept nou­velles mer­veilles du monde se laisse ef­fleu­rer par les teintes oran­gées du so­leil le­vant. Ir­réel, ma­jes­tueux, splen­dide, le plus cé­lèbre temple de l’amour, le Taj Ma­hal, se dresse telle une carte pos­tale.

Un siège en marbre as­tu­cieu­se­ment dé­po­sé de­vant le plus ma­gni­fique des mau­so­lées in­vite à la rê­ve­rie et à un cer­tain ro­man­tisme. Une à une, les pierres se­mi-pré­cieuses, les sculp­tures en re­lief, les blocs de marbre blanc ac­quièrent une brillance ma­gique.

AU MI­LIEU DES MUR­MURES; DES CRIS ÉTRANGES

Le guide dé­crit l’amour fou qu’un em­pe­reur mo­ghol vouait à sa femme, dé­cé­dée en don­nant nais­sance à son qua­tor­zième en­fant. Pour ho­no­rer cette perte im­mense et ten­ter d’apai­ser un peu son cha­grin, il or­don­na d’éri­ger un mo­nu­ment pou­vant du­rer des siècles!

La vi­site est spec­ta­cu­laire, les heures s’écoulent tan­dis que les mur­mures des foules de vi­si­teurs s’am­pli­fient. Au loin des cris étranges re­ten­tissent « méo… méo…! ». Ce sont les ap­pels du plus fa­bu­leux oi­seau de la pla­nète, notre em­blème aviaire na­tio­nal, ré­pète avec fier­té notre guide. Demain, nous irons les ob­ser­ver à l’état sauvage.

Le len­de­main dans un des nom­breux ter­ri­toires de chasse des puis­sants Ma­ha­ra­jas trans­for­mé en un ma­gni­fique sanc­tuaire nous ré­en­ten­dons les puis­sants « méo…méo » aux­quels d’autres « méo…méo » loin­tains leur font écho.

FAIRE VI­BRER CENT CIN­QUANTE PLUMES…

Ce sont d’im­po­santes co­lo­nies de paons bleus. Nous sommes aux pe­tites heures du ma­tin et plu­sieurs oi­seaux sont en­core per­chés au som­met des arbres d’où ils font le guet. L’ex­cel­lente vue, l’ouïe ex­cep­tion­nelle, mais sur­tout les puis­santes voix des meilleurs d’entre eux ras­surent ceux qui som­nolent.

C’est la sai­son des amours et bon nombre de mâles étalent leurs légendaires « roues de sé­duc­tion ». Dans une arène bien dé­ga­gée, le plus bel oi­seau du monde dé­ploie les quelque cent cin­quante plumes de sa traîne longue de plus d’un mètre. Or­nées d’ocelles, ces spa­tules des­si­nées en forme d’oeil, ces faux re­gards mul­ti­plient les oeillades ca­pables de sé­duire même les plus in­sen­sibles…

De sub­tiles gammes de rouge, d’oran­gé, d’ocre, de brun et de noir mi­roitent, tan­dis que les cous gon­flés, un peu par l’or­gueil, sup­portent les têtes cou­ron­nées d’une dé­li­cate crête. Les fe­melles, se­lon les tra­di­tions du monde des oi­seaux au­ront le der­nier mot. Len­te­ment une belle s’ap­pro­che­ra de l’élu pour dé­li­ca­te­ment l’ef­fleu­rer du bec. Les échanges de­vien­dront de plus en plus in­sis­tants à quelques ki­lo­mètres du plus cé­lèbre temple de l’amour. Il est temps de nous re­ti­rer…

Ex­traits du livre: Les oi­seaux et l’amour

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