LE CINEMA QUE­BE­COIS... A TRA­VERS LES BRUMES

S’il n’avait pas eu Zone 3 comme par­te­naire, le pro­duc­teur d’ex­pé­rience Ro­ger Frap­pier n’au­rait ja­mais pu mettre au monde son film Dé­dé à tra­vers les brumes, dont le bud­get était de 7,9 M$. Le film a re­çu dix no­mi­na­tions pour la soi­rée des Ju­tra qui a lie

Le Journal de Montreal - Weekend - - LA UNE - Mi­chelle Cou­dé-Lord

Le pro­duc­teur de chez Max films qui est au coeur de cette in­dus­trie de­puis 42 ans sonne à nou­veau l’alarme et lance un ap­pel aux gou­ver­ne­ments. En es­pé­rant que cette fois­ci se­ra la bonne.

« Le ci­né­ma qué­bé­cois est ta­len­tueux, vi­vant, une nou­velle gé­né­ra­tion pousse avec les Xa­vier Do­lan. Tou­te­fois, notre in­dus­trie qui est pour­tant créa­trice d’em­plois n’a pas en­core la re­con­nais­sance de nos gou­ver­ne­ments. C’est dom­mage, car plu­sieurs pro­duc­teurs ne pour­ront pas sur­vivre. Les dé­ci­deurs ne croient pas en­core que c’est payant et bon pour l’éco­no­mie d’in­ves­tir dans la culture », af­firme en en­tre­vue au

Jour­nal Ro­ger Frap­pier.

DES SO­LU­TIONS CONCRÈTES

Il a dé­jà iden­ti­fié trois sources de fi­nan­ce­ment.

« Le pre­mier mi­nistre Jean Cha­rest, qui re­con­naît, je crois, l’im­por­tance de notre ci­né­ma, doit li­vrer sa pro­messe et in­jec­ter dix mil­lions sup­plé­men­taires, ce qui per­met­trait à la Sodec de fi­nan­cer plus de films par an­née; le gou­ver­ne­ment fé­dé­ral doit har­mo­ni­ser les règles des cré­dits d’im­pôt fé­dé­rales à celles du Qué­bec, ce qui ajou­te­rait 12 mil­lions au ci­né­ma canadien; et il faut vite créer ce fonds de co­pro­duc­tion, une des grandes voies d’ave­nir à mon avis pour notre ci­né­ma. »

UNE EX­PER­TISE DE CHEZ NOUS IN­AC­CES­SIBLE

Se­lon le pro­duc­teur de Dé­dé à tra­vers les

brumes, sans une ac­tion concrète et ra­pide des gou­ver­ne­ments, l’in­dus­trie ci­né­ma­to­gra­phique telle qu’elle est ac­tuel­le­ment n’est plus viable.

« Nous sommes vic­times de notre suc­cès et de notre ta­lent. Ima­gi­nez, nous sommes les ex­perts re­con­nus dans le monde en ef­fets vi­suels, mais seuls les Amé­ri­cains peuvent se payer ce luxe. On ne peut même pas en pro­fi­ter. Et pour­tant, l’ex­per­tise est chez nous. »

« Ac­tuel­le­ment, c’est in­sen­sé que, par exemple, Té­lé­film c Ca­na­da va plus nous ac­cor­der d’ar­gent pour un film en an­glais qu’en fran­çais. C’est dis­cri­mi­na­toire et illo­gique, sur­tout en con­si­dé­rant la force de notre ci­né­ma qui oc­cupe 18 % du temps d’écran dans les salles de ci­né­ma, en com­pa­rai­son à 0,8 % pour les films ca­na­diens. En­core là, c’est deux poids, deux me­sures. Faut ar­ri­ver à dé­blo­quer ce mu­tisme fé­dé­ral par rap­port au ci­né­ma », af­firme Ro­ger Frap­pier. LA FRANCE, UN MAR­CHÉ DE PLUS EN PLUS DIF­FI­CILE Il n’a d’ailleurs pas pré­sen­té son film Dé­dé à tra­vers les brumes dans la course aux Prix Gé­nie.

« D’abord, l’ins­crip­tion est très éle­vée, soit de 3 500$, et il n’y a au­cune chance que le film ait une vie dans le Ca­na­da an­glais. »

Il fut tou­te­fois sur­pris que son film n’ait eu au­cune vie pos­sible à l’échelle in­ter­na­tio­nale, même pas en France.

« Les mar­chés sont de plus en plus dif­fi­ciles. Claude Miller tourne chez nous pré­sen­te­ment un film de 13 M$. C’est avec lui que nous al­lons com­pé­ti­tion­ner l’an pro­chain, nos films n’au­ront ja­mais ces bud­gets-là. J’au­rais es­pé­ré que Dé­dé ait une vie en France puis­qu’ils connaissent bien la mu­sique qué­bé­coise. Mais la France est ren­due un mar­ché ex­trê­me­ment dif­fi­cile, car ils ont iden­ti­fié le ci­né­ma qué­bé­cois à la co­mé­die. Vous faites une co­mé­die, vous avez une chance de sor­tir en France. Même Xa­vier Do­lan a eu de la dif­fi­cul­té avec son film J’ai tué ma mère. C.R.A.Z.Y. pour les Fran­çais était aus­si une co­mé­die. Mais il n’y a pas un mar­ché fa­cile en ce mo­ment. »

« Les Amé­ri­cains re­gardent le ci­né­ma étran­ger juste pour les re­faire. Un ar­ticle du

Los Angeles Times le confir­mait der­niè­re­ment. Il faut ap­plau­dir gran­de­ment De­nise Ro­bert, qui a su vendre à un pro­duc­teur pres­ti­gieux amé­ri­cain son film

De père en flic. Je crois que pour nous, c’est une voie d’ave­nir, mais en­core là, fau­dra avoir les moyens pour faire nos films », af­firme le pro­duc­teur.

Ro­ger Frap­pier rap­pelle une chose fort im­por­tante.

« La culture est le coeur d’un pays. Les dé­ci­deurs doivent raf­fer­mir son exis­tence et lui per­mettre de voya­ger. Pré­sen­te­ment, le ci­né­ma qué­bé­cois connaît le suc­cès, mais son in­dus­trie souffre et est rem­plie d’in­cer­ti­tudes. »

Le ci­né­ma qué­bé­cois fête donc demain son ta­lent, son suc­cès à tra­vers les brumes.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.