DES AC­TEURS FACE À

Le Journal de Montreal - Weekend - - LA UNE - Mi­chelle Cou­dé-Lord

QUEL EST LE PLUS GRAND DÉ­FI DE L’AC­TEUR ?

Nor­mand D’Amour

« De per­sé­vé­rer mal­gré les an­nées de vache maigre. »

So­nia Va­chon

« C’est de faire en sorte que chaque rôle in­ter­pré­té soit dif­fé­rent. Il faut construire une vie à son per­son­nage à par­tir du dé­but jus­qu’au mo­ment où il entre en jeu et à par­tir de là, le lais­ser vivre son his­toire. »

Jean-Carl Bou­cher

« C’est pro­ba­ble­ment de réus­sir à convaincre le pu­blic que le per­son­nage existe, qu’il est vrai. Pour em­bar­quer dans l’his­toire, le per­son­nage doit avoir une per­son­na­li­té, une fa­çon de par­ler, une fa­çon de ré­agir, etc. Ce sont tous des élé­ments qui font que la per­for­mance de l’ac­teur est cré­dible. »

Élise Guil­bault

« S’aban­don­ner dans un cadre très res­treint; res­pec­ter le texte, jouer avec la lu­mière, le cadre, ré­pondre aux di­rec­tives du réa­li­sa­teur, être à l’écoute de nos com­pa­gnons de tra­vail et ar­ri­ver à in­ven­ter et sou­te­nir un per­son­nage digne d’être à l’écran. »

Bé­né­dicte Dé­ca­ry

« Dans ces temps dif­fi­ciles où il y a moins de pro­jets et tel­le­ment d’ac­teurs ta­len­tueux au Qué­bec, le dé­fi, c’est de pou­voir tra­vailler! »

San­drine Bisson

« Pour moi, le plus grand dé­fi de l’ac­teur, c’est de res­ter, de du­rer, d’évo­luer, de se dé­pas­ser, d’oser. Et sur un pla­teau de tour­nage, mon pre­mier dé­fi, c’est de don­ner le meilleur de moi-même pour que la vi­sion du réa­li­sa­teur avance, évo­lue pour que ça ex­plose… Fi­na­le­ment, n’être que la pein­ture sur la toile… mais d’la pein­ture d’la bonne cou­leur! »

Ré­my Girard

« Être vrai. Un seul mot ha­bite l’ac­teur, c’est la vé­ri­té. Son dé­fi est d’es­sayer de se re­nou­ve­ler, de ne pas se ré­pé­ter. » LE CI­NÉ­MA QUÉ­BÉ­COIS ET SES FAIBLES MOYENS IM­POSENT BEAU­COUP DE CONTRAINTES AUX AC­TEURS… QUELLES SON­TELLES ?

Nor­mand D’Amour

« Ce n’est pas les moyens le pro­blème, mais le temps qu’on n’a pas pour ap­pro­fon­dir. Il faut être ex­tra­or­di­naire dans les temps im­po­sés. »

So­nia Va­chon

« Je ne me sou­viens pas avoir su­bi quelques contraintes que ce soit, mais je n’ai peut-être pas as­sez de films à mon ac­tif. »

Jean-Carl Bou­cher

« Trop d’ac­teurs pour peu de pro­jets. Ça, c’est une évi­dence, mais ce qui est en­core plus im­por­tant, c’est le grand manque de temps. Sur presque tous les pla­teaux de tour­nage, les réa­li­sa­teurs se fendent en quatre pour fi­nir à l’heure. En gé­né­ral, un long-mé­trage au Qué­bec est tour­né en 30 jours ou un peu plus, dé­pen­dam­ment du bud­get de la pro­duc­tion. Mais ce­la fait en sorte qu’on est pres­sé à tour­ner les scènes, on doit même cou­per à des en­droits quel­que­fois pour pou­voir ter­mi­ner à l’heure et c’est par­fois très an­gois­sant pour un ac­teur de re­ce­voir toute cette pres­sion qui règne sur le pla­teau. »

Élise Guil­bault

« Le manque de temps… »

Bé­né­dicte Dé­ca­ry

« Il y a moins de pro­jets, moins d’ar­gent et pas de temps pour ré­pé­ter, pour tour­ner. Les tour­nages se font à toute vi­tesse, on se fait bous­cu­ler de tous les cô­tés. Les réa­li­sa­teurs aus­si se voient tou­jours obli­gés de cou­per des scènes, de re­voir des lieux de tour­nage, de lais­ser tom­ber des idées, des concepts qui coûtent trop cher… »

San­drine Bisson

« Je suis de na­ture trop po­si­tive pour voir les pro­blèmes; je ne se­rais pas une bonne chef de l’op­po­si­tion… Mais là où je peux être vic­time des pauvres moyens du ci­né­ma qué­bé­cois, c’est au ni­veau des dis­tri­bu­tions - cas­ting - plus pe­tites… Moins de rôles peut-être! En tout cas, c’est pas pour les ac­teurs que je trouve ça dif­fi­cile, je trouve dom­mage d’avoir si peu de moyens pour notre ci­né­ma qui nous sert de carte de vi­site à tra­vers le monde et qui, sur­tout, trans­porte notre culture. »

Ré­my Girard

« Le temps de tour­nage est trop court. Il faut que l’ac­teur tra­vaille vite et ef­fi­ca­ce­ment. L’er­reur n’est pas per­mise. Je me sou­viens lorsque nous avons tour­né Les In­va­sions bar­bares, De­nys Arcand avait exi­gé que nous ayons 50 jours de tour­nage au lieu des 30 jours ha­bi­tuels. C’est toute la dif­fé­rence du monde. » RA­CON­TEZ-NOUS L’HIS­TOIRE D’UNE SCÈNE IMPORTANTEDE VOTRE FILM EN NO­MI­NA­TION ?

Nor­mand D’Amour

« La scène dans le sous-sol, avec tous les corps. Il fal­lait ar­ri­ver à vendre ma sa­lade au per­son­nage de Marc-André Gron­din. »

So­nia Va­chon

« Il y a plu­sieurs scènes im­por­tantes dans le film, mais là où tout bas­cule pour le per­son­nage de Maude, c’est quand son ma­ri prend pour la pre­mière fois en otage un jeune gar­çon qui n’a rien fait de mal. »

Jean-Carl Bou­cher

« Sur 1981, Ri­car­do Tro­gi, le réa­li­sa­teur du film, nous est ar­ri­vé avec une nou­velle scène le ma­tin même d’une des jour­nées de tour­nage en nous di­sant qu’il ai­me­rait la tour­ner dans 30 mi­nutes. Moi et Clau­dio Co­lan­ge­lo, le co­mé­dien qui in­ter­prète mon père, avons été ra­vis par cette scène où mon per­son­nage de­mande une paye à son père, mais en s’y pre­nant d’une fa­çon si naïve et ri­go­lote, il se fait avoir dans son propre jeu. Une scène au­tant amu­sante à tour­ner qu’à re­gar­der. »

Bé­né­dicte Dé­ca­ry

« C’est dif­fi­cile de choi­sir une scène im­por­tante, il y en a beau­coup. Mais il y en a une que j’aime beau­coup, c’est celle de la mort de Pa­trick Esposito. Tous les Co­locs sont re­grou­pés à l’hô­pi­tal avec les amis proches, et veillent le corps de Pat. Les ac­teurs sont tous émou­vants et il y a quelque chose de sa­cré dans l’air, un re­cueille­ment. »

San­drine Bisson

« D’après les com­men­taires des ci­né­philes, une des scènes im­por­tantes du film est celle du « pè­tage de plomb » de la mère. Bon, en ré­su­mé, le pe­tit Ri­car­do qui veut faire son frais de­vant ses chums et qui veut tout avoir ce qui vient de sor­tir sur le mar­ché - K-way, montre cal­cu­la­trice, walk­man - bien ce pe­tit Ri­car­do-là se fait pas mal ra­mas­ser par sa mère qui n’en peut plus de la sur­con­som­ma­tion de son fils. Bon, mais ça, c’est une scène dans la­quelle je suis, mais il y en a beau­coup d’autres. »

Ré­my Girard

« La plus dif­fi­cile fut celle de la fin où les deux, le père et le fils, se parlent dans la face. Une scène de grandes émo­tions qu’il a fal­lu ré­pé­ter plu­sieurs fois et la re­faire aus­si plu­sieurs fois. Une scène char­nière du film. Il fal­lait aus­si que ça reste cré­dible, car ces thé­ra­pies-là existent vrai­ment. Donc il fal­lait que ça reste réa­liste. Et même si on était dans une co­mé­die, mon rôle était dra­ma­tique, je vou­lais l’as­su­mer. » QUEL EST LE RÔLE QUE VOUS AT­TEN­DEZ ?

Nor­mand D’Amour

« Le rôle d’un simple d’es­prit. »

So­nia Va­chon

« J’ai lâ­ché prise. Je n’at­tends plus de rôle, c’est trop dif­fi­cile… Je pré­fère es­pé­rer, c’est plus doux pour le coeur. »

Jean-Carl Bou­cher

« J’at­tends pro­ba­ble­ment le rôle qui va me de­man­der un tra­vail de créa­tion beau­coup plus exi­geant. Un per­son­nage lourd à por­ter, avec une his­toire trou­blante; quelque chose d’un peu plus grave. Je n’ai pas en­core joué dans les cô­tés plus sombres de l’être hu­main et c’est nor­mal quand on dé­bute! Mais, ça n’em­pêche pas le fait que j’ai­me­rais bien avoir à in­ter­pré­ter un rôle plus com­plexe, plus de­man­dant.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.