EN MODE SPON­TA­NÉ

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Cé­dric Bé­lan­ger Agence QMI

En­re­gis­tré dans un vé­tuste ma­noir fran­çais du XIXe siècle et dé­bar­ras­sé d’une pré­pro­duc­tion qui « tuait la spon­ta­néi­té », Les che­mins de verre se pré­sente comme l’al­bum de la syn­thèse, ce­lui qui dé­fi­nit les quatre der­nières an­nées, fort oc­cu­pées, de Kark­wa. En­tre­tien avec le cla­vié­riste, Fran­çois La­fon­taine.

QUAND AVEZ-VOUS EN­RE­GIS­TRÉ CET AL­BUM?

On a com­men­cé en mars 2009, alors que nous étions en tour­née en France. Ça s’est ter­mi­né en fé­vrier. Comme nous étions en France et que nous avions des jour­nées libres entre les spectacles, on a dé­ci­dé d’al­ler au stu­dio d’un ami. On avait des mu­siques qui traî­naient. Alors, on s’est dit: “on rentre en stu­dio et ad­vienne que pour­ra!” Nous n’avions pas fait de pré­pa­ra­tion, pas de ma­quettes. Per­sonne n’avait en­ten­du les mu­siques ou ar­ran­gé quoi que ce soit.

EN QUOI L’EN­RE­GIS­TRE­MENT DES CHE­MINS DE VERRE A-T-IL DIF­FÉ­RÉ DE VOS AL­BUMS PRÉ­CÉ­DENTS?

Quand on a fait Le vo­lume du vent, nous avions beau­coup de ma­quettes. On se re­trou­vait donc à re­pro­duire en stu­dio ce qu’on avait dé­jà fait dans notre lo­cal. Ça en­lève toute forme de spon­ta­néi­té. Cette fois-ci, c’était in­té­res­sant de voir qu’en ren­trant en stu­dio, les gars n’avaient pas en­ten­du la chan­son et ne sa­vaient pas exac­te­ment ce qu’ils fe­raient. On a dé­ci­dé de chan­ger la fa­çon d’en­re­gis­trer qui était de jouer live, les cinq en même temps, comme on l’avait tou­jours fait. On tra­vaillait à une, deux, trois per­sonnes maxi­mum pour com­men­cer. En­suite, les autres ar­ri­vaient et ajou­taient des couches par-des­sus.

VOUS AVEZ EN­RE­GIS­TRÉ L’AL­BUM AUX STU­DIOS LA FRETTE, EN BAN­LIEUE DE PARIS. DE QUELLE FA­ÇON CE MA­NOIR VOUS A-T-IL INS­PI­RÉS?

C’était tel­le­ment une vieille place. Il y a des fan­tômes là-de­dans. Ç’a été oc­cu­pé par les SS du­rant la Se­conde Guerre mon­diale. Des gens y ont peut-être été tor­tu­rés (rires). C’est un en­droit glauque et, en même temps, il y a des choses su­per belles, un gros jar­din avec des arbres qui n’ont pas été taillés de­puis des an­nées. Ça trans­pire la mu­sique. Gains­bourg, Fontaine et Hi­ge­lin sont pas­sés par là. Feist y a en­re­gis­tré The Re­min­der. La jour­née avant qu’on ne rentre, Len­ny Kra­vitz était pas­sé et pro­je­tait d’y en­re­gis­trer son disque. On s’est ser­vi de la mai­son à tous les ni­veaux. On a sor­ti les mi­cros dans la cour. On s’est ser­vi de cha­cun des trois étages pour en­re­gis­trer. Si on dé­ci­dait d’en­re­gis­trer un pia­no, on mon­tait au troi­sième avec les fils et les mi­cros. C’est un des stu­dios les plus ins­pi­rants qu’on a eus.

COMMENT DÉ­CRI­RAIS-TU LES CHE­MINS DE VERRE PAR RAP­PORT À VOS AL­BUMS PRÉ­CÉ­DENTS?

C’est un al­bum qui a été cap­té sur le mo­ment. Un al­bum doit re­pré­sen­ter une tranche de ta vie. Je trouve que ce­lui-ci ré­sume as­sez bien tout ce qu’on a vé­cu du­rant les quatre der­nières an­nées au cours des­quelles on a fait beau­coup de tour­nées. Même si ça n’a pas été en­re­gis­tré

live les cinq en même temps, ça sonne plus comme un disque de band. Il y a quelque chose de plus spon­ta­né dans la pro­duc­tion de cet al­bum. Dans la com­po­si­tion, on vou­lait sim­pli­fier le plus pos­sible les formes. La plu­part des chan­sons sont cou­plet-re­frain-cou­plet-re­frain-re­frain--

re­frain, mer­ci bon­soir. On était ren­dus là.

IL EST DONC SYM­BO­LIQUE QUE LE PRE­MIER EX­TRAIT, LA PIÈCE-TITRE, SOIT UNE CHAN­SON TRÈS RYTH­MÉE?

En ef­fet, comme pre­mier ex­trait, on vou­lait quelque chose de com­plè­te­ment dif­fé­rent de ce qu’on avait sor­ti avant. C’est une pièce up­tem­po, plus bi­naire, moins ter­naire. Dans Le vo­lume du vent, il y a beau­coup plus de chan­sons lentes, ter­naires.

QUEL SE­RA VOTRE EM­PLOI DU TEMPS DANS LES PRO­CHAINS MOIS?

On de­vrait prendre une pause de quatre ou cinq mois pour tout di­gé­rer ce qui s’est pas­sé du­rant les der­nières an­nées, as­si­mi­ler ce qu’on a fait sur l’al­bum et avoir un cer­tain dé­ta­che­ment pour mon­ter un nou­veau spec­tacle. Si tu veux conti­nuer de faire ça pen­dant long­temps, ça te prend du temps pour toi. C’est un su­jet dont on a dis­cu­té dans le groupe. Ça adonne bien parce qu’on au­ra des en­fants (lui et Louis-Jean se­ront pa­pas bien­tôt). D’après moi, ce se­ra bé­né­fique. Mais on fe­ra quand même quelques fes­ti­vals cet été, dont cer­tains en août en Eu­rope.

ET COMMENT SE TRANS­PO­SE­RA LES CHE­MINS DE VERRE SUR SCÈNE?

Cu­rieu­se­ment, l’as­pect scène se­ra plus dif­fi­cile que l’as­pect stu­dio. C’était beau­coup plus fa­cile de tra­vailler en stu­dio. Sur scène, il fau­dra fil­trer ce qu’on fe­ra. Je n’ai au­cune idée comment on s’ar­ran­ge­ra. D’après moi, il fau­dra s’ache­ter du nou­veau ma­té­riel pour re­pro­duire ce qu’on a fait.

PHOTO COUR­TOI­SIE

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