LE CHE­MIN DU FRAN­ÇAIS

Le Journal de Montreal - Weekend - - MU­SIQUE - Cé­dric Bélanger Agence QMI

Pen­dant que la fran­co­pho­nie se dé­sole de constater que de nom­breux jeunes ar­tistes choi­sissent l’an­glais pour s’ex­pri­mer, voi­là qu’une chan­teuse de jazz amé­ri­caine à la car­rière so­li­de­ment éta­blie dé­cide d’em­prun­ter le che­min in­verse et de chan­ter en fran­çais.

Ra­conte-moi, pa­ru la se­maine der­nière dans la fran­co­pho­nie, est la plus ré­cente oeuvre d’une dis­co­gra­phie plu­tôt four­nie, conte­nant plus d’une dou­zaine de titres, en duo ou en so­lo. Ini­tiée très jeune au fran­çais, la NewYor­kaise Sta­cey Kent af­firme avoir tou­jours eu der­rière la tête ce pro­jet d’al­bum fran­co­phone.

D’ailleurs, sur son pré­cé­dent ef­fort, Break­fast On the Mor­ning Tram, elle in­ter­pré­tait dé­jà deux titres de Serge Gains­bourg, Ces pe­tits riens et La sai­son des pluies, ain­si que Sam­ba Sa­ra­vah, pièce ti­rée du film Un homme et une femme.

« Je sa­vais de­puis tou­jours que je vou­lais faire cet al­bum, mais je vou­lais prendre le temps pour dé­cou­vrir exac­te­ment les chan­sons que je vou­lais en­re­gis­trer. Vous com­pre­nez, ma vie quo­ti­dienne n’est pas en France et ça si­gni­fie que je n’ai pas ac­cès fa­ci­le­ment à la cul­ture fran­çaise. Mais ce­la a des avan­tages et des désa­van­tages. J’avais l’op­por­tu­ni­té d’écou­ter ces chan­sons sans idée pré­con­çue, parce qu’elles ne font pas par­tie de ma vie quo­ti­dienne. »

BOU­LE­VER­SÉE

Pour ras­sem­bler la dou­zaine de titres qui forment Ra­conte-moi, Sta­cey Kent a fouillé dans le ré­per­toire de son iPhone, y dé­ni­chant L’étang (Paul Mis­ra­ki), Jar­din d’hi­ver et Au coin du monde (Ben­ja­min Bio­lay), Les eaux de mars (An­to­nio Car­los Jo­bim), « des chan­sons que je connais de­puis long­temps ». Elle a aus­si ob­te­nu l’aide de sa mai­son de disques, EMI, qui a lan­cé un ap­pel à tous pour lui trou­ver des chan­sons. Le ré­sul­tat a été au-de­là des es­pé­rances de celle qui dé­si­rait faire des dé­cou­vertes.

« J’ai re­çu énor­mé­ment de chan­sons, j’avais l’em­bar­ras du choix. Pas seule­ment du dé­par­te­ment de jazz, mais de tous les sec­teurs », dit la jazz­wo­man, qui a été tou­chée par la sen­si­bi­li­té et la ten­dresse qui se dé­ga­geaient de plu­sieurs pièces.

« Quand j’ai en­ten­du Ra­conte-moi (Beau­père), j’ai été bou­le­ver­sée par la beau­té de cette chan­son. Il y a quelque chose qui existe dans la poé­sie fran­çaise qui n’existe pas dans la langue an­glaise. »

GRÂCE À GRAND-PA­PA

C’est par l’en­tre­mise de son grand­père, ori­gi­naire de Rus­sie, que Kent a dé­cou­vert le fran­çais quand elle était toute jeune.

« Il a ha­bi­té plu­sieurs an­nées en France. En­suite, il est al­lé aux ÉtatsU­nis, parce que sa fa­mille y était. Mais il ne s’est ja­mais sen­ti comme un Amé­ri­cain. Il se dé­fi­nis­sait da­van­tage comme un fran­co­phone. Quand j’étais pe­tite, c’est lui qui m’a ap­pris la langue, me fai­sant dé­cou­vrir la poé­sie fran­çaise. De par­ta­ger son amour de cette langue avec moi lui a pro­cu­ré une joie énorme. Je me suis ren­du compte à cette époque que la poé­sie pou­vait nour­rir énor­mé­ment une per­sonne. »

Grand-pa­pa a sû­re­ment tou­ché la cible, puis­qu’elle a non seule­ment pour­sui­vi son ap­pren­tis­sage du fran­çais, mais elle s’est in­té­res­sée à l’al­le­mand, l’ita­lien et, plus ré­cem­ment, au por­tu­gais. « J’adore. Cette langue me donne les mêmes choses que le fran­çais. Elles par­tagent une même sen­si­bi­li­té. Je vais tou­jours ap­prendre des langues, parce que ça me pro­cure du plai­sir, ça me nour­rit », dit en ter­mi­nant celle que l’on ver­ra au Pa­lais Mont­calm en juin et qui pro­met une tour­née plus éla­bo­rée au Qué­bec, en mars 2011. Sta­cey Kent se­ra au Pa­lais Mont­calm de Qué­bec, le 10 juin.

PHO­TO COUR­TOI­SIE

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