Tout le monde a pris des risques

Po­ly­tech­nique, l’un des fa­vo­ris dans la pro­chaine course aux Ju­tra, re­vêt une im­por­tance toute par­ti­cu­lière aux yeux de Ka­rine Va­nasse. « Ce fut une ex­pé­rience hu­maine hy­per riche », confie la pro­duc­trice et co­mé­dienne.

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Da­ny Bou­chard Le Jour­nal de Mon­tréal

Lors­qu’elle a son­gé à pro­duire un film sur la tue­rie de Po­ly­tech­nique, Ka­rine Va­nasse n’avait que 21 ans. Elle en a au­jourd’hui 26.

« J’ai vieilli avec ce film-là et mes mo­ti­va­tions de dé­part ont chan­gé au fil du pro­jet », confie-t-elle.

« Au dé­part, je me suis lan­cée là-de­dans de fa­çon ins­tinc­tive et je ne sa­vais pas dans quoi je m’em­bar­quais. »

Sor­ti au grand écran en fé­vrier 2009, le film, réa­li­sé par Denis Ville­neuve, est en no­mi­na­tion à sept re­prises au gala des prix Ju­tra pré­sen­té demain: dans les ca­té­go­ries du meilleur film, de la meilleure réa­li­sa­tion (Denis Ville­neuve), du meilleur ac­teur de sou­tien (Maxime Gau­dette), de la di­rec­tion de la pho­to­gra­phie (Pierre Gil), du mon­tage (Ri­chard Co­meau), de la mu­sique (Be­noît Cha­rest) et du son (Pierre Blain, Claude Beau­grand et Sté­phane Ber­ge­ron).

« Quand on a fait le film, on ne sa­vait tel­le­ment pas comment les gens étaient pour le re­ce­voir. Les gens sem­blaient s’être fait une opi­nion avant que le film ne sorte. »

« On a eu confiance au su­jet et en la ca­pa­ci­té de Denis (Ville­neuve) à don­ner de la poé­sie à ce film-là », ex­plique Ka­rine Va­nasse.

GRANDE SEN­SI­BI­LI­TÉ

Po­ly­tech­nique ra­conte l’his­toire du drame à tra­vers les yeux des étu­diants. Le film, dra­ma­tique et tou­chant, fait preuve d’une grande sen­si­bi­li­té et d’un res­pect à l’égard de ceux et celles qui ont été im­pli­qués dans la tra­gé­die, de près ou de loin, il y a plus de 20 ans.

« Il y a plein de pièges avec cette his­toi­re­là, es­time Ka­rine Va­nasse. Il y avait beau­coup de sen­si­bi­li­té sur plu­sieurs angles et il fal­lait pen­ser à tout le monde. Quand on a dé­ci­dé de prendre le point de vue des étu­diants, on met­tait de cô­té l’in­ter­ven­tion des po­li­ciers, la fa­çon dont ça a été re­pris dans les jour­naux. Il fal­lait faire at­ten­tion, mais oser. »

Po­ly­tech­nique, qui met aus­si en ve­dette Sé­bas­tien Hu­ber­deau et Maxime Gau­dette, a été tour­né dans une am­biance par­ti­cu­lière.

« Ce fut une ex­pé­rience hu­maine hy­per riche. D’avoir le film en tête, de voir Denis qui se creu­sait la tête, de le faire en noir et blanc : tout le monde a pris des risques. Tout le monde était constam­ment en train de se po­ser des ques­tions. On était hy­per concen­tré sur le su­jet et avec les autres membres de l’équipe », ra­conte la co­mé­dienne.

En re­pen­sant au pla­teau de tour­nage, Ka­rine Va­nasse re­voit l’image de Denis Ville­neuve, ex­trê­me­ment concen­tré, oc­cu­pé à ré­flé­chir sur la fa­çon dont il tour­ne­ra un su­jet aus­si sen­sible.

« Je re­vois Denis, qui marche de long en large, le front plis­sé, qui cherche, cherche, pour ne pas se trom­per. C’est tou­chant de voir un réa­li­sa­teur comme ça, sur la corde raide qui veut y al­ler, mais qui a peur en même temps. Tout le monde avait tel­le­ment à coeur ce pro­jet-là. »

L’une des scènes les plus dif­fi­ciles à tour­ner fut celle où les étu­diantes se font abattre en pleine salle de classe.

« J’étais très ner­veuse sur ce pla­teau-là, confie Ka­rine Va­nasse. Il y avait une am­biance très par­ti­cu­lière cette jour­née­là. On ne se sen­tait pas très bien et ça nous a tel­le­ment ren­tré de­dans. Il y a des filles qui se sont mises à pleu­rer, des tech­ni­ciens aus­si. Ce­lui qui s’oc­cu­pait des armes avait ap­por­té des roses blanches à cha­cune des filles. On ne pou­vait pas oublier qu’on fai­sait juste un film. »

UN PE­TIT MI­RACLE

Peu im­porte l’is­sue de la soi­rée demain, l’équipe de Po­ly­tech­nique a dé­jà plu­sieurs rai­sons de fê­ter.

« Un gala, c’est un gala et on ne sait ja­mais à quoi s’at­tendre, ad­met Ka­rine Va­nasse, qui a dé­jà rem­por­té deux tro­phées Ju­tra. Je n’ai pas l’im­pres­sion que les gens se de­mandent ce qu’on fait là (par­mi les no­mi­na­tions du gala). Juste que ce film-là ait eu la chance de vivre, c’est un pe­tit mi­racle. D’avoir pu le li­vrer, avec la ré­sis­tance qu’on avait, on est très content. »

Si c’était à re­faire, Ka­rine Va­nasse n’hé­si­te­rait pas à se lan­cer dans un tel pro­jet.

« Je le re­fe­rais, c’est sûr, mais on y par­ti­ci­pe­rait avec une ma­tu­ri­té dif­fé­rente. Ce pro­jet-là va res­ter avec moi et je suis cer­taine que je vais en ti­rer d’autres le­çons dans dix ans. Ce fut une ex­pé­rience tel­le­ment dense. »

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