Un­réa­li­sa­teur­réa­liste

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Mi­chelle Cou­dé-Lord Le Jour­nal de Mon­tréal

Même si La Grande Ourse a re­çu neuf no­mi­na­tions, son réa­li­sa­teur Pa­trice Sau­vé ne se­ra pas de la fête. Tra­vail oblige, il se­ra en train de tour­ner une pu­bli­ci­té de Tim Hor­tons à Vancouver. La pub c’est le sau­veur des réa­li­sa­teurs. La paye pen­dant l’at­tente. Oui, les réa­li­sa­teurs doivent se mon­trer pa­tients. Un suc­cès n’est pas né­ces­sai­re­ment ga­rant d’un tra­vail le len­de­main.

Pa­trice Sau­vé s’est dit très fier de toutes ces no­mi­na­tions pour son pre­mier film fan­tas­tique.

Grande Ourse avait un bud­get de 5,6 M$.

Que re­tient-il de cette ex­pé­rience ? « Je vou­lais trans­cen­der la sé­rie, of­frir le plus beau film au monde. Mettre tous nos ef­forts, notre coeur, nos bras pour maxi­mi­ser ce bud­get­là. Faut res­pec­ter que c’est l’ar­gent des contri­buables, mais ce n’est pas de si grosses sommes quand vient le temps de ra­con­ter une his­toire qui ne se passe pas dans la réa­li­té. Il y avait beau­coup d’ef­fets spé­ciaux et nous avons eu un par­te­naire ex­cep­tion­nel en Vi­sion Glo­bale, qui est une grosse mai­son de post-pro­duc­tion. Nous n’avons pas le choix. Pour réus­sir, il nous faire créer de telles al­liances. »

VOIR GRAND

Les moyens de plus en plus dif­fi­ciles du ci­né­ma qué­bé­cois l’in­quiètent.

« On a sur­tout l’im­pres­sion que ça ne change pas. Que même nos ins­ti­tu­tions qui nous dé­fendent ne sont pas écou­tées à l’autre bout. Ce qui m’in­quiète le plus, c’est la no­tion que cer­taines his­toires ne peuvent pas se ra­con­ter avec de tels bud­gets : donc, ça va li­mi­ter l’ex­pres­sion de qui on est. Ce qui est dom­mage, car notre té­lé, notre ci­né­ma, notre lit­té­ra­ture forgent qui on est comme so­cié­té, aident à for­mer notre ima­gi­naire. Nous sommes in­ca­pables de pro­po­ser une image de nous-mêmes qui va au­de­là de la simple réa­li­té, donc je crois que dans de telles condi­tions, on s’em­pêche d’al­ler plus loin et de se dé­pas­ser. C’est mon point de vue de créa­teur face à cette si­tua­tion. »

EN AT­TEN­DANT LES HÉ­ROS

Pa­trice Sau­vé vou­drait avoir les moyens de ra­con­ter de grandes épo­pées, d’avoir les moyens de créer de grands hé­ros.

« Ça nous li­mite. Plus on voit pe­tit, plus on reste pe­tits. Ça m’at­triste. »

Une réa­li­té qui ne l’em­pêche pas de créer à nou­veau. Il prend deux ans pour faire naître une nou­velle sé­rie té­lé ou et un pro­jet ci­né­ma. Et il vit grâce à la pub.

« Je pra­tique mon mé­tier de réa­li­sa­tion grâce à la pu­bli­ci­té. Je fais des Tim Hor­tons, du pou­let Saint-Hu­bert. Nous sommes tous une gang de ci­néastes qui ga­gnons aus­si notre vie en fai­sant de la pub. Si on de­vait at­tendre nos films sans la pub, ce se­rait plus dif­fi­cile. C’est notre réa­li­té et faut juste se sen­tir pri­vi­lé­giés de pra­ti­quer tout de même le mé­tier qu’on aime », conclut le réa­li­sa­teur de La vie, la vie et La Grande Ourse.

Le film de Pa­trice Sau­vé, La Grande Ourse, est no­mi­né neuf fois pour cette soi­rée des Ju­tra.

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