COUP DE JEUNE

À leur créa­tion en 1968, Les Bel­les­Soeurs de Mi­chel Trem­blay ont dé­clen­ché un tsu­na­mi po­li­tique et cultu­rel ma­jeur. Mais elles ont vieilli de­puis, plus qu’on n’aime l’ad­mettre. Pour leurs 40 ans, les ma­tantes avaient be­soin d’un sé­rieux lif­ting et d’un no

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Be­noît Au­bin BAU­BIN@JOUR­NALMTL.COM

La pièce de Trem­blay a été tra­duite en plu­sieurs langues et fait par­tie du pa­tri­moine cultu­rel mon­dial.

L’his­toire qu’elle ra­conte est uni­ver­selle : celle de pe­tites gens qui rêvent de se sor­tir de leur mi­sère (par ma­gie s’il le faut, grâce à des timbres-prime ou un billet de lo­te­rie), mais n’y par­vien­dront pas, même s’ils gagnent, vu la ja­lou­sie, la cruau­té, la mé­chan­ce­té de leurs sem­blables, vu les li­mites de leur condi­tion.

Mais, ici au Qué­bec, Les Belles-Soeurs sont de­ve­nues une icône po­li­tique et cultu­relle pour des rai­sons bien dif­fé­rentes : c’est de nous autres qu’elles parlent.

Les Belles-Soeurs ra­mas­saient les agen­das fé­mi­niste, na­tio­na­liste, syn­di­ca­liste, in­dé­pen­dan­tiste, dans un même dis­cours, l’an­née même, 1968, de la fon­da­tion du Par­ti Qué­bé­cois. Mais des mé­na­gères comme Les Bel­les­Soeurs ne sont plus qu’un sou­ve­nir au­jourd’hui. Le Pla­teau est de­ve­nu une adresse fran­co­phone et chic. Les Nègres blancs d’Amé­rique se sont af­fran­chis, les mau­dits an­glais ne do­minent plus, les ho­mo­sexuels sont une mi­no­ri­té par­mi d’autres, et le PQ a dé­jà te­nu deux ré­fé­ren­dums.

THÉÂTRE MU­SI­CAL

Alors, pour réa­li­ser cette ver­sion ac­tua­li­sée des Belles-Soeurs, « il a fal­lu re­tran­cher énor­mé­ment de choses », ex­plique Re­né Ri­chard Cyr, leur nou­veau chum, qui a re­loo­ké Les Belles-Soeurs en théâtre mu­si­cal.

« Il y a beau­coup de choses qui avaient vieilli, l’humour a chan­gé au cours des

an­nées, des choses étaient co­miques dans le temps, mais ne le sont plus au­jourd’hui, parce qu’on est ren­du ailleurs. »

Les Belles-Soeurs ne sont plus tant d’ac­tua­li­té au­jourd’hui, mais « elles sont de­ve­nues un clas­sique du théâtre qué­bé­cois mo­derne », ajoute Marie-Thé­rèse Fortin, la di­rec­trice du Théâtre d’au­jourd’hui, qui y tient le pre­mier rôle.

« L’in­té­rêt pour nous était de re­créer la pièce, dans une forme plus concen­trée, plus contem­po­raine, pour la don­ner aux gé­né­ra­tions d’au­jourd’hui. »

Re­né Ri­chard Cyr a fait plus qu’adap­ter la pièce. Il l’a ré­écrite de fond en comble, en en conser­vant « le sens, le sque­lette, la struc­ture, la force in­croyable de la si­tua­tion dra­ma­tique, et l’ex­tra­or­di­naire mu­si­ca­li­té de la langue de Trem­blay ».

Bref, les qua­li­tés qui ont fait son suc­cès à l’in­ter­na­tio­nal…

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