QUATRE HIS­TOIRES AU­TOUR DE LA RÉ­DEMP­TION

Le Journal de Montreal - Weekend - - LIVRES -

Après Le su­mo qui ne pou­vait pas gros­sir pa­ru l’an­née der­nière, le très pro­li­fique au­teur fran­çais Éric-Em­ma­nuel Sch­mitt nous re­vient avec un re­cueil de nou­velles. Quatre his­toires met­tant en scène quatre per­son­nages aus­si dif­fé­rents les uns des autres, qui ont tous eu, un jour, la pos­si­bi­li­té de se ra­che­ter.

Quatre nou­velles, quatre am­biances, quatre des­tins et une même ques­tion qui re­vient dans la tête de cha­cun des per­son­nages : estce qu’on peut chan­ger ? Une si­tua­tion, un évé­ne­ment ou même une ren­contre peuvent-ils chan­ger notre per­cep­tion des choses et de la vie, notre at­ti­tude et notre ca­rac­tère, nos am­bi­tions et notre fa­çon de vivre ?

Évi­dem­ment oui, à des de­grés et à des du­rées va­riables. Mais en­core faut-il se rendre compte de cette oc­ca­sion sou­daine, de cette main of­ferte ou de ce ha­sard qui se pose sur notre route. Dans Concer­to à la mé­moire d’un ange, Éric-Em­ma­nuel Sch­mitt offre à cha­cun de ses per­son­nages cette ré­demp­tion qui leur per­met­tra de se li­bé­rer d’un poids. Cer­tains l’ac­ceptent, d’autres la re­fusent alors que quelques-uns ne s’en aper­çoivent tout sim­ple­ment pas.

Il y a d’abord l’his­toire de cette veuve qui a em­poi­son­né ses trois ma­ris, mais qui a réus­si à se faire blan­chir par la jus­tice. Un jour, un nou­veau prêtre ar­rive dans son pe­tit vil­lage. Il est jeune, char­mant, in­tel­li­gent, bref, Marie l’em­poi­son­neuse en tombe amou­reuse. En­suite, il y a ce ma­rin qui ap­prend la mort de sa fille pen­dant qu’il est en mer. Mais la­quelle ? Il en a quatre. Il se sur­prend alors à pen­ser qu’il a ses pré­fé­rées et en brûle de honte. La troi­sième nou­velle met en scène deux jeunes ar­tistes en de­ve­nir aux tem­pé­ra­ments op­po­sés, qui se re­trouvent 20 ans après un drame sur­ve­nu dans leur jeu­nesse. Tous deux sont mé­ta­mor­pho­sés, l’un est un es­croc in­ter­na­tio­nal alors que l’autre aide les ado­les­cents à pro­blème. En­fin, il y a ce pré­sident de la Ré­pu­blique et sa femme, amou­reux mais si loin l’un de l’autre.

Bien évi­dem­ment, trop en ra­con­ter sur cha­cune des nou­velles se­rait en quelque sorte gâ­cher un cer­tain sus­pense.

Parce que oui, l’au­teur et phi­lo­sophe ar­rive à créer un cli­mat mys­té­rieux dans le­quel le lec­teur se laisse fa­ci­le­ment em­bar­quer, vo­guant de page en page avec l’en­vie d’en connaître le dé­noue­ment. Il nous en­traîne ha­bi­le­ment dans l’in­trigue, chose qui n’est pas ai­sée de faire avec des nou­velles qui ne font qu’une cin­quan­taine de pages cha­cune. On ar­rive d’ailleurs as­sez bien à cer­ner cha­cun des per­son­nages, l’au­teur nous don­nant as­sez d’in­for­ma­tions sur leur psy­cho­lo­gie pour que l’on ar­rive à se faire une idée as­sez juste.

LE BIEN ET LE MAL

Ce qui agace ce­pen­dant dans ces nou­velles, comme dans d’autres livres d’Éric-Em­ma­nuel Sch­mitt, c’est ce trop-plein de bons sen­ti­ments, cette vo­lon­té de faire le bien et cette im­pres­sion d’as­sis­ter à un cours de phi­lo­so­phie. Sans que le ton ne soit mo­ra­li­sa­teur, on res­sent cette pe­tite chose en ar­rière-plan qui res­semble à un prêche de la bonne ac­tion ou à un en­sei­gne­ment mo­ral sur les bonnes va­leurs. Même lorsque les per­son­nages sont odieux ou font les mau­vais choix, il y a cette no­tion de bien et de mal qui plane au-des­sus d’eux.

Bien que Concer­to à la mé­moire d’un ange ne soit pas le meilleur ou­vrage d’Éric-Em­ma­nuel Sch­mitt, l’au­teur nous dé­montre une fois de plus son ta­lent de conteur.

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