DA­VID LEE ROTH comme le bon vin

En vé­ri­té, Da­vid Lee Roth n’a ja­mais été comme les autres. « Per­sonne d’équi­li­bré n’a ja­mais réus­si à dé­cro­cher mon poste, a ex­pli­qué le chan­teur ve­dette de Van Halen, de­puis la Ca­li­for­nie. Et en­core moins à le conser­ver. » Ils sont en­core moins nom­breux

Le Journal de Montreal - Weekend - - NEWS - Dar­ryl Ster­dan Agence QMI

Cette se­maine, après des mois de ru­meurs et de ter­gi­ver­sa­tions, le chan­teur de 56 ans et ses col­lègues du groupe pu­blie­ront A Dif­ferent Kind of Truth, un pre­mier disque col­lec­tif de­puis leur mé­mo­rable sixième al­bum, 1984.

Les ques­tions sont nom­breuses : comment les membres du groupe sont-ils par­ve­nus à faire la paix, en 2007, après des dé­cen­nies de bou­din ? Se­rait-ce un ma­riage de conve­nance ? Les choses ont-elles évo­lué de­puis les pre­miers jours ? Pour­quoi A Dif­ferent Kind of Truth ne pré­sente-t-il presque ex­clu­si­ve­ment que des es­quisses re­tra­vaillées des an­nées 1970 et 1980 au lieu de nou­velles chan­sons ?

Il n’y a rien à ti­rer du clan Van Halen : ils main­tiennent le si­lence ra­dio com­plet de­puis des an­nées. Même Roth n’a plus son in­sou­ciance d’an­tan.

Lors­qu’il ac­cepte de se li­vrer – comme il l’a fait pour cette en­tre­vue ca­na­dienne ex­clu­sive –, il ne faut sur­tout pas s’at­tendre à des ré­ponses franches et di­rectes. Ja­mais. Un éva­sif no­toire, Roth se contente es­sen­tiel­le­ment d’élu­der les ques­tions pour se lais­ser al­ler à de longs mo­no­logues er­rants, où sa pen­sée hir­sute s’ar­ti­cule au rythme d’un es­prit sur­vol­té.

Ce ver­bo­mo­teur lé­gen­daire a libéré une dé­fer­lante de plus de 4 000 mots du­rant notre en­tre­tien d’une tren­taine de mi­nutes, un vé­ri­table tor­rent de ver­biage mé­ta­phy­sique, de van­tar­dise ou­tran­cière, de di­gres­sions aléa­toires et d’étranges phrases toutes faites. Il s’est mon­tré di­ver­tis­sant, dé­rou­tant et, par­fois, lé­gè­re­ment frus­trant, tan­dis qu’il exé­cu­tait ses 1 000 pi­rouettes spi­ri­tuelles au­tour de mes ques­tions. « Vous al­lez avoir un plai­sir fou au mon­tage », s’est-il même mo­qué en riant.

Sous cet épais bliz­zard de pa­roles, le chan­teur dé­gage, mal­gré tout, une nou­velle ma­tu­ri­té clai­re­ment dé­ce­lable. Il ne parle plus de sexe, de drogue et de rock, mais plu­tôt des joies du plein air (il pos­sède trois ca­mions, mais au­cune voi­ture), de l’en­traî­ne­ment de chiens de traî­neau pour la com­pé­ti­tion (il vient d’en im­por­ter un du Ma­ni­to­ba) et des soins d’ur­gence (il a été un tech­ni­cien am­bu­lan­cier à New York dans les an­nées 1990).

En dé­fi­ni­tive, Roth n’a rien per­du en élo­quence, mais il s’est cal­mé. Un peu. En at­ten­dant la pu­bli­ca­tion de l’al­bum

A Dif­ferent Kind of Truth et une tour­née qui amè­ne­ra le groupe en sol ca­na­dien au mois de mars, voi­ci d’autres ré­vé­la­tions suc­cu­lentes de Dia­mond Dave :

1 | Van Halen est éter­nel­le­ment dé­mo­dé et fier de l’être.

« Nous n’avons ja­mais été à la mode. Même du­rant notre pé­riode de suc­cès, quand nous étions la sa­veur du jour, nous n’étions pas vrai­ment bran­chés. John Tra­vol­ta et Sa­tur­day Night Fe­ver, ça, c’était dans le vent. Et de l’autre cô­té de la rue, il y avait les Sex Pis­tols et The Clash qui étaient vrai­ment co­ol. Nous étions en quelque sorte une île. Je crois que Van Halen ne s’est ja­mais réel­le­ment in­té­gré, so­cia­le­ment et mu­si­ca­le­ment. Ce n’était pas dé­li­bé­ré. Même lorsque nous cher­chions à imi­ter d’autres ar­tistes, le ré­sul­tat fi­nis­sait par prendre com­plè­te­ment nos cou­leurs. Au­jourd’hui en­core, nous ne sommes pas un groupe bran­ché. Nous nous si­tuons quelque part entre Ka­ty Per­ry et Muse ou entre Kings of Leon et Ma­roon 5. Bien­ve­nue sur notre île. Lais­sez tout der­rière vous. »

2 | Ils sont re­con­nais­sants d’avoir pu se réunir de nou­veau.

« C’est un pri­vi­lège et un ca­deau de pou­voir faire ce bou­lot plu­tôt que d’oc­cu­per un des em­plois of­ferts par l’état. Dans le groupe, tout le monde a vé­cu une ou deux si­tua­tions mé­di­cales ou den­taires as­sez graves, du genre qui fait ré­flé­chir à la vie. Par­fois, c’est tout ce que ce­la prend, de se faire dé­fon­cer les dents à une ou deux re­prises, par exemple, pour réa­li­ser que nous sommes mor­tels. Cette illu­mi­na­tion peut, à elle seule, suf­fire à la réunion d’un groupe. En plus, nous al­lons le faire pour la paix mon­diale. Je pour­rais ré­pondre ain­si à toutes vos ques­tions. Vou­lez-vous faire l’en­tre­vue de la paix mon­diale ? »

3 | Et ils sont en­thou­siastes.

« Mal­gré que l’his­toire in­can­des­cente de Van Halen soit ja­lon­née de tant d’al­lé­ga­tions – vraies, pour la plu­part –, nous avons tou­jours pris la mu­sique très au sé­rieux. De l’édu­ca­tion mu­si­cale clas­sique de notre en­fance jus­qu’à ce jour, notre éthique de tra­vail a tou­jours été aux an­ti­podes de celle qui pré­vaut ha­bi­tuel­le­ment dans le mi­lieu. Nous ré­pé­tons le ma­té­riel ré­gu­liè­re­ment de­puis trois mois, sou­vent dès 9 h ou 10 h le ma­tin. Mais ce­la ne fait rien, parce que la fin jus­ti­fie les moyens. »

4 | Leurs nou­velles chan­sons ne sont pas vieillottes, c’est du « vin­tage ».

« J’ai com­plè­te­ment re­tou­ché tous les cou­plets, les mé­lo­dies et les pa­roles. C’est donc une ren­contre per­ti­nente et co­lo­rée du vieux et du neuf. C’est comme si les chan­sons, comme le bon vin, avaient pris de la ma­tu­ri­té, par seule ver­tu de leur au­then­ti­ci­té et du temps qui s’est écou­lé. »

5 | Van Halen s’ex­prime dans une langue uni­ver­selle.

« La connais­sance de l’an­glais n’est pas un pré­re­quis pour com­prendre ce que je chante. Pas be­soin d’ai­mer le rock non plus pour ap­pré­cier notre spec­tacle. Même l’ouïe est se­con­daire. Notre sec­tion ré­ser­vée aux sourds est d’ailleurs tou­jours bien rem­plie. Mais nous vous avons ven­du de la rumba à la Ri­cky Ri­car­do, sur Ja­mie’s Cryin’ et Dance the

Night Away. C’est du pur Car­los San­ta­na... À ce propos, je parle cou­ram­ment l’es­pa­gnol. Je pour­rais nous at­ti­rer de belles em­merdes en es­pa­gnol et en por­tu­gais ! » Van Halen se­ra au Centre Bell le 15 mars.

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