Au Ke­nya, sur les routes de l’im­pos­sible

KE­NYA | Tout avait bien com­men­cé. Le ciel, cou­vert de­puis une se­maine, était dé­ga­gé ce jour-là et le so­leil se mon­trait ra­dieux de­puis notre dé­part du parc tan­za­nien du Se­ren­ge­ti. Une fois pas­sée la frontière ke­nyane à Ise­ba­nia, la piste de la­té­rite rouge

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Paul Si­mier Col­la­bo­ra­tion spéciale psi­mier@jour­nalmtl.com

Ce qui se dé­rou­lait jusque-là comme un tran­quille sa­fa­ri d’ob­ser­va­tion se trans­for­mait, du­rant le tran­sit entre deux parcs na­tio­naux, en épi­sode de voyage d’aven­ture.

Le mi­ni­bus blanc trans­por­tant une poi­gnée de tou­ristes ja­po­naises, qui nous avait dé­pas­sés un peu plus tôt, se trou­vait im­mo­bi­li­sé à l’ap­proche d’un pont. Un at­trou­pe­ment de gens de la ré­gion s’était dé­jà for­mé.

On pou­vait s’at­tendre au pire.

RI­VIÈRE EN CRUE

Une forte pluie s’était abat­tue sur cette ré­gion du sud du Ke­nya que nous ve­nions d’abor- der. La sou­daine crue des eaux de la ri­vière, drai­nant des souches et des arbres en­tiers, avait em­por­té le rem­blai la­té­ral per­met­tant nor­ma­le­ment d’ac­cé­der au pont en bé­ton. Du coup, un fos­sé sé­pa­rait la piste du pont.

Ce­la n’em­pê­chait en rien les conduc­teurs de mo­tos char­gées d’énormes et longs sacs de char­bon de bois de se frayer un pas­sage. Nous sommes des­cen­dus des deux vé­hi­cules tout-ter­rain qui trans­por­taient notre pe­tit groupe.

Quelques hommes eurent tôt fait de rem­blayer gros­siè­re­ment les lieux à l’aide de roches et de plaques de bé­ton sou­le­vées par la ri­vière en fo­lie. Une roue avant après l’autre, le mi­ni­bus avan­ça pru­dem­ment et réus­sit à fran­chir l’obs­tacle.

Ha­bi­tués à de telles si­tua­tions, les chauf­feurs-guides ke­nyans qui nous avaient pris en charge à la frontière avec la Tan­za­nie avan­cèrent à leur tour pour fran­chir le pont de­meu­ré in­tact. Nous avons tra­ver­sé le pont à pied, puis ré­em­bar­qué.

La pe­tite émo­tion ini­tia­le­ment res­sen­tie fut vite ou­bliée, mais le pire était à ve­nir.

À peine avions-nous fi­ni de com­men­ter l’épi­sode que nous ve­nions de vivre que nous at­tei­gnions une autre ri­vière. Et, cette fois, la si­tua­tion était bien plus sé­rieuse : la ri­vière inon­dait car­ré­ment le pont dont on ne dis­tin­guait même plus le tra­cé.

Les lieux étaient pour le moins im­pres­sion­nants, as­sez pour, d’em­blée, nous pen­ser blo­qués pour de bon. C’était sans comp­ter sur la so­li­da­ri­té qui joue dans ce genre de si­tua­tion.

Un pe­tit groupe de jeunes Ke­nyans prit les choses en main. Ayant au préa­lable re­pé­ré le tra­cé de la chaus­sée de bé­ton, ils tra­ver­sèrent le pont, de l’eau par­fois jus­qu’à mi-cuisse, afin de gui­der les chauf­feurs tout au long de la tra­ver­sée de la ri­vière.

Im­per­tur­bable, notre chauf­feur-guide en­tre­prit d’avan­cer, tout dou­ce­ment, sa­chant qu’un brusque coup de vo­lant pou­vait faire bas­cu­ler le vé­hi­cule dans le lit de la ri­vière dé­chaî­née. Il sui­vait chaque com­man­de­ment que ses na­vi­ga­teurs im­pro­vi­sés lui adres­saient par gestes.

Tout se pas­sait bien. Mais c’était sans comp­ter avec la ré­ac­tion de l’une des nôtres – peut-être vic­time d’un quel­conque trau­ma­tisme lié à l’eau –, qui eut, le temps de la tra­ver­sée de la ri­vière, une vé­ri­table crise de nerfs.

Une fois le pont inon­dé pas­sé, nos deux chauf­feurs mar­quèrent un ar­rêt, le temps que notre ca­ma­rade se calme, le temps aus­si de ver­ser une gra­ti­fi­ca­tion aux jeunes qui nous avaient pi­lo­tés.

Il res­tait en­core des heures de route pour ar­ri­ver au parc Ma­saï Ma­ra. La piste était ren­due boueuse et glis­sante par les der­nières pluies. Alors que la nuit ve­nait de tom­ber, on dut à nou­veau faire un ar­rêt im­promp­tu du fait d’une cre­vai­son. Nous étions alors en pleine brousse.

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