FAIRE LA LU­MIERE SUR CE­LINE DION ET PA­TRICK HUARD

Il a tou­jours tra­vaillé dans l’ombre, mais c’est exac­te­ment ce qu’il re­cherche. De­puis 1989, il a conçu les éclai­rages de cha­cun des concerts de Cé­line Dion, qu’il consi­dère comme sa soeur, et il tra­vaille pré­sen­te­ment sur le re­tour sur scène de Pa­trick H

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin RA­PHAEL.GEN­DRON-MAR­TIN@JOUR­NALMTL.COM

Par­cou­rir le cur­ri­cu­lum vitæ d’yves Au­coin peut avoir de quoi im­pres­sion­ner. De­puis plus de 20 ans, l’éclai­ra­giste, concep­teur vi­suel, de­si­gner et scé­no­graphe a tra­vaillé sur d’énormes pro­duc­tions à tra­vers la pla­nète. Par­mi cel­les­ci, outre les nom­breux concerts de Cé­line Dion, on compte aus­si le spec­tacle de Love, avec le Cirque du So­leil, à Ve­gas, et ce­lui de John­ny Hal­ly­day.

Très humble, le prin­ci­pal in­té­res­sé men­tionne que c’est presque la chance qui a fait en sorte qu’il s’est mon­té un par­cours aus­si re­lui­sant.

« J’ai été bien chan­ceux, car j’ai tou­ché à des ar­tistes qui ont mon­té vite. Ri­chard Sé­guin, quand j’ai com­men­cé à tra­vailler avec lui, il a sor­ti Jour­née d’amé­rique et il a ga­gné des Fé­lix. Roch Voi­sine, quand j’ai com­men­cé avec lui, il a été de l’autre cô­té de l’océan. Cé­line, elle est tom­bée dans le mar­ché amé­ri­cain. J’ai une bonne étoile ! »

LA FI­DÉ­LI­TÉ DE CÉ­LINE ET RE­NÉ

Ces ar­tistes, Cé­line en tête, lui ont aus­si été très fi­dèles au fil des an­nées. « Quand ça s’est mis à vrai­ment mar­cher pour Cé­line, en 1995-1996, les gros éclai­ra­gistes de ce monde, comme Pe­ter Morse et d’autres que je re­garde en­core comme des dieux, ils en­voyaient leur CV et mon­traient leur in­té­rêt. Je me sou­viens d’avoir don­né le CV d’un gars à Re- né An­ge­lil en lui di­sant qu’il était vrai­ment bon ! Je ne prê­chais pas pour ma pa­roisse… Mais Re­né et Cé­line ont tout le temps dé­mon­tré une fi­dé­li­té par rap­port à ça. Ils di­saient qu’à qua­li­té égale, ils vou­laient du monde de chez nous. Et ça n’a ja­mais chan­gé. »

Yves Au­coin avait 25 ans quand il a com­men­cé à tra­vailler avec Cé­line Dion, qui, elle, en avait 21. « J’ai un res­pect énorme pour la chance qu’ils m’ont don­née. Tout le trip avec Cé­line est quand même ex­cep­tion­nel au ni­veau de ce que ça m’a per­mis de dé­ve­lop­per. »

« Quand j’ai com­men­cé avec elle, on était 12 en tour­née, in­cluant Cé­line et Re­né. C’est Re­né qui em­me­nait de la piz­za dans sa va­lise de char à l’hô­tel, après le show. C’était ça, la tour­née de Cé­line Dion en 1989. Ce n’était pas en jet pri­vé! »

Ain­si, de­puis qu’il a ren­con­tré la chan­teuse de Char­le­magne, Yves Au­coin a tra­vaillé sur cha­cun de ses concerts, sans ex­cep­tion. « En fait, j’ai pris cinq mois de congé de Cé­line, pour faire Love avec le Cirque du So­leil. Mais j’étais à cinq mi­nutes de marche des deux scènes, à Las Ve­gas! J’ai dé­jà eu des té­lé­phones à 20h15 pen­dant un spec­tacle. Je par­tais ré­gler des af­faires dans l’autre salle et je re­ve­nais 15 mi­nutes plus tard. »

HUIT ANS À VE­GAS

À cette époque, Yves Au­coin a vé­cu huit ans dans la ville du pé­ché. « Au dé­but, avec le nou­veau spec­tacle de Cé­line à Ve­gas, ils par­laient de faire deux ans. J’en ai par­lé avec ma blonde et on a dé­mé­na­gé là-bas en no­vembre 2002. Fi­nale- ment, on est re­ve­nu en 2010. »

« Quand Re­né m’a par­lé de Las Ve­gas, au dé­but, je n’étais pas em­bal­lé plus qu’il faut. Ce n’est pas comme s’il m’avait par­lé de Londres. En fait, on m’au­rait de­man­dé une liste de 100 villes où je sou­hai­tais vivre et Ve­gas n’était pas de­dans. Mais hon­nê­te­ment, ça m’a pris un an à m’en re­mettre, à mon re­tour au Qué­bec. À cause de la tem­pé­ra­ture et du fait qu’on était bien ins­tal­lé en ban­lieue, je n’étais fi­na­le­ment pas pres­sé de par­tir. »

LA CHA­LEUR DES ÎLES

Na­tif des Îles-de-la-ma­de­leine, Yves Au­coin est tom­bé ra­pi­de­ment amou­reux du mi­lieu des spec­tacles. « Très jeune, j’étais mul­ti­dis­ci­pli­naire. Je jouais dans un band, je fai­sais du son, de l’éclai­rage, j’étais co­mé­dien et j’ai même ap­pris la cou­ture pour faire des cos­tumes. J’avais les clés de l’au­di­to­rium de la po­ly­va­lente à 13 ans. »

En tra­vaillant sur les éclai­rages de ses pre­miers spec­tacles, il s’est ins­pi­ré de la cou­leur des îles. « J’ai­mais les cou­leurs chaudes, oran­gées et rou­geâtres des cou­chers de so­leil. J’en uti­li­sais beau­coup parce que j’ai­mais ça. Je le fai­sais de fa­çon in­cons­ciente. Fi­na­le­ment, les gens ve­naient me dire que c’était beau. »

À 47 ans, père de deux en­fants de 7 et 9 ans, Yves Au­coin re­con­naît qu’il lui est plus dif­fi­cile au­jourd’hui de me­ner plu­sieurs pro­jets de front. « J’adore ce que je fais, mais si tu me donnes le choix, j’aime plus être avec ma fa­mille que sur un spec­tacle. Il faut gé­rer tout ça. Je re­fuse quand même pas mal d’af­faires main­te­nant. »

Par­mi ces re­fus, il a dû dire non, der­niè­re­ment, à la nou­velle tour­née de Van Halen. « J’ai été en pour­par­lers avec eux pen­dant un mois et de­mi. Mais l’ho­raire ne me le per­met­tait pas. J’étais dé­çu, car c’était la mu­sique que j’écou­tais quand j’étais ti-cul et je m’étais tou­jours dit qu’un jour, je fe­rais le show de Van Halen. »

Spé­cia­li­sé dans les spec­tacles de mu­sique, Yves Au­coin a aus­si tra­vaillé à quelques re­prises avec des hu­mo­ristes. Pré­sen­te­ment, il col­la­bore au nou­veau one-man-show de Pa­trick Huard. À ses yeux, le tra­vail de­meure le même que pour un concert pop.

« Moi, j’en­tends tout le temps de la mu­sique, dit-il. Je suis un gars de mu­sique. Une pa­role, c’est un son. Pa­trick Huard a un bon rythme. Il m’ex­cite. Je l’écoute par­ler, il a une in­ten­si­té. J’en­tends un beat dans ma tête. Pa­trick est aus­si tout un ac­teur. Sa fa­çon de li­vrer son texte est im­pres­sion­nante. J’ai l’im­pres­sion de tra­vailler pour un gros band avec lui. »

C’est la pre­mière fois qu’yves Au­coin et Pa­trick Huard col­la­borent, même si l’éclai­ra­giste connaît le gé­rant de l’hu­mo­riste, François Fla­mand, de­puis plu­sieurs an­nées. « Ma pre­mière pièce de théâtre à vie à Mon­tréal, en 1985 ou 1986, c’était lui le pro­duc­teur, dit-il. Ça fai­sait plu­sieurs fois qu’on vou­lait faire des col­la­bo­ra­tions, mais le ca­len­drier ne fonc­tion­nait pas. »

Sur le spec­tacle de Pa­trick Huard, il fait les éclai­rages et la scé­no­gra­phie. « C’est beau­coup de sou­tien par rap­port à son texte. J’aime beau­coup consi­dé­rer l’image comme une source de lu­mière. »

HAL­LY­DAY ET DIS­NEY

Yves Au­coin ne manque pas de bou­lot pré­sen­te­ment, lui qui a aus­si été em­bau­ché comme concep­teur vi­suel sur le spec­tacle de John­ny Hal­ly­day. « L’équipe était dé­jà là, il y a Mark Fi- sher à la scé­no­gra­phie et Jacques Rou­vey­rol­lis aux éclai­rages. Je viens ap­por­ter mon ex­pé­rience, mon ex­per­tise pour des mo­ments pré­cis dans le show, le wow fac­tor. C’est un gros tra­vail d’équipe. Il y a beau­coup de vi­déos, car il fait des stades. »

En même temps, il a aus­si été en­ga­gé par Dis­ney pour tra­vailler sur le pro­chain spec­tacle de la com­pa­gnie. Giles Mar­tin ( Love) tra­vaille au ni­veau de la mu­sique pour le spec­tacle qui de­vrait sor­tir en 2013. « Mon tra­vail scé­no­gra­phique est bien avan­cé. On de­vrait faire le cas­ting dans les pro­chains mois et com­men­cer les vraies ré­pé­ti­tions au dé­but de l’an­née pro­chaine. »

SA­ME­DI 18 FÉ­VRIER 2012

SA­ME­DI 18 FÉ­VRIER 2012

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