ÉREIN­TANTE ET PLAI­SANTE EU­ROPE

GE­NÈVE | Les Cow­boys Frin­gants viennent de ter­mi­ner une autre tour­née eu­ro­péenne triom­phale. À quelques jours de leur ren­trée mont­réa­laise, pour l’al­bum Que du vent, le Jour­nal est re­ve­nu avec les mu­si­ciens sur cette aven­ture outre-mer qui ne semble vraim

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Ra­phaël Gen­dron-mar­tin RA­PHAEL.GEN­DRON-MAR­TIN@JOUR­NALMTL.COM La ren­trée mont­réa­laise des Cow­boys Frin­gants se tien­dra les 1er et 2 mars à La Tu­lipe. Pour toutes les dates : www.cow­boys­frin­gants.com

Dans la ca­fé­té­ria de l’aré­na de Ge­nève, Marie-an­nick Lé­pine, Jean-françois Pau­zé et Jérôme Du­pras sont en train de gri­gno­ter, à quelques heures de leur 11e spec­tacle d’une tour­née eu­ro­péenne qui com­prend 14 concerts. Le chan­teur Karl Trem­blay, de son cô­té, pro­fite de quelques heures sup­plé­men­taires de som­meil.

Les mu­si­ciens sont en­core sou­riants et af­fables, mais la fa­tigue se fait sen­tir, eux qui n’ont eu qu’une pe­tite jour­née de congé en plus de deux se­maines.

« Ce qui est le plus fa­ti­gant, c’est quand tu fais 10 heures de route dans une jour­née », dit Jean-françois. Heu­reu­se­ment, la fa­tigue est ra­pi­de­ment mise de cô­té au dé­but des concerts, avec l’éner­gie de la foule.

« On est vrai­ment choyé d’avoir au­tant de monde dans les salles de concert, dit Marie-an­nick. C’est vrai­ment du plai­sir qu’on a à être sur scène. »

FANS QUI CHANTENT

En Eu­rope, les Cow­boys Frin­gants jouent par­fois dans des am­phi­théâtres de 5 000 à 6 000 per­sonnes. Au ni­veau des foules, par rap­port à celles du Qué­bec, les mu­si­ciens ont re­mar­qué que les ca­té­go­ries d’âge des spec­ta­teurs eu­ro­péens tour­naient au­tour de 25 à 40 ans.

« Au Qué­bec, je pense qu’on a un suc­cès un peu plus large, dit Jérôme. À cause des ra­dios et des 15 ans de car­rière du groupe, je pense que notre pu­blic est plus fa­mi­lial. On a en­core les gens plus jeunes, ceux des cé­geps et des uni­ver­si­tés, mais aus­si des têtes blanches. »

Et la prin­ci­pale dif­fé­rence du­rant les concerts, au dire de Marie-an­nick, c’est que les fans eu­ro­péens chantent tous les thèmes mu­si­caux de pra­ti­que­ment chaque chan­son. « Comme, par exemple, dans Droit de­vant, ils vont chan­ter le thème du vio­lon. Au Qué­bec, ils ne le font pas na­tu­rel­le­ment. C’est d’ailleurs en France qu’on a eu l’idée de faire chan­ter la fin des Étoiles fi­lantes au pu­blic. »

COMME IL Y A 10 ANS

En re­gar­dant l’en­goue­ment ac­tuel des Eu­ro­péens pour le groupe qué­bé­cois, on n’a pu évi­ter de pen­ser au suc­cès que les Cow­boys avaient eu, en 2003, lors de leur tout pre­mier Centre Bell.

« C’est vrai que c’est un peu comme faire un co­pier-col­ler du Qué­bec de 2002-2003 et ame­ner cette fré­né­sie-là ici, en Eu­rope, dit Jérôme. C’est le même suc­cès de marge, l’ap­pro­pria­tion par les gens, car c’est un truc qui ne passe pas beau­coup à la ra­dio. C’est un suc­cès de moins grande échelle, mais un suc­cès d’es­time. Les fans sont là. »

« Ce soir, on fait un théâtre du Centre Bell (à Ge­nève), men­tionne Marie-an­nick. On l’a fait hier aus­si (à Lyon). Ce n’est pas ce qu’on pour­rait faire tous les soirs au Qué­bec. »

ONT-ILS PLA­FON­NÉ AU QUÉ­BEC ?

Alors qu’en Eu­rope il semble que le suc­cès de la for­ma­tion qué­bé­coise peut en­core at­teindre des som­mets beau­coup plus éle­vés, on a plu­tôt l’im­pres­sion que la po­pu­la­ri­té du groupe a pla­fon­né au Qué­bec.

« En terme de ventes d’al­bums, c’est sûr que ça a pla­fon­né, in­dique Jérôme. Mais je pense que le dé­fi est vrai­ment dans la du­ra­bi­li­té. Nous, les grands ar­tistes qué­bé­cois que l’on res­pecte, ce sont ceux qui ont été ca­pables de faire leur marque du­rant une longue pé­riode. »

« Je ne suis pas prêt à dire que ça a pla­fon­né, ren­ché­rit Jean-françois. Avec le nou­vel al­bum, il y a des gens qui nous ont dit qu’ils avaient rac­cro­ché parce qu’ils avaient dé­cro­ché au­pa­ra­vant avec

L’ex­pé­di­tion. Je pense qu’il y a tou­jours du tra­vail à faire. Il y a tou­jours des gens à conqué­rir, peu im­porte qu’ils soient au Qué­bec ou en France. Au dé­but de la tour­née de L’ex­pé­di­tion, les salles n’étaient pas pleines au Qué­bec, alors qu’elles le sont au­jourd’hui. Donc, c’est quoi pla­fon­ner ? »

« Il y a peut-être des fans qui ont dé­cro­ché avec La grand-messe parce qu’on était trop connus, mais les salles étaient pleines pa­reil, pour­suit Marie-an­nick. On n’a ja­mais eu de baisse de ré­gime. »

« Le but est de du­rer, de faire les meilleurs concerts pos­sible, dit JeanF­ran­çois. S’il y a des gens qui viennent nous voir une fois par cinq ans, on veut qu’ils se disent que les Cow­boys donnent en­core un mé­chant bon show. C’est notre vie, c’est notre bé­bé, les Cow­boys. On est tous im­pli­qués émo­ti­ve­ment par rap­port à ce groupe-là.

C’est notre car­rière. »

RÊVES DE BER­CY ET D’AUS­TRA­LIE

Lors­qu’on leur de­mande leurs sou­haits pour l’eu­rope, Marie-an­nick ré­pond qu’elle rêve de jouer au Pa­lais om­ni­sports de Pa­ris-ber­cy au moins une fois. « Je ne suis pas sûre qu’on est ren­du là. Mais ça s’en vient bien. Si­non, on ai­me­rait ça re­jouer aux Vieilles char­rues (un fes­ti­val fran­çais). »

À Stras­bourg, les Cow­boys Frin­gants ont dé­jà joué de­vant 300 Al­le­mands qui ne par­laient pas fran­çais. Leur ré­ac­tion avait été très po­si­tive. Mal­gré tout, le groupe qué­bé­cois n’a pas l’in­ten­tion de ten­ter des per­cées vers des mar­chés non fran­co­phones.

« Si on a de grosses de­mandes un jour, on va les éva­luer, dit Marie-an­nick. Moi je suis sûre que ça mar­che­rait en Ir­lande ou en Aus­tra­lie. »

« On ne force pas les mar­chés, ajoute Jean-françois. C’est ça qu’on a fait avec la France. On s’est fait in­vi­ter et on n’y croyait pas. À notre pre­mier spec­tacle, à

l’ély­sée-mont­martre, il y avait 1 500 per­sonnes et on est tom­bé des nues. »

Mal­gré ce suc­cès eu­ro­péen qui dure de­puis huit ans, les mu­si­ciens as­surent res­sen­tir en­core une ex­ci­ta­tion à l’idée de jouer à l’étran­ger. « J’es­saie au moins une fois à chaque concert d’être dans le mo­ment présent et de me dire : aïe, ça n’a pas d’al­lure, pa­reil ! dit Marie-an­nick. C’est fou ! »

Après une telle tour­née rem­plie d’émo­tions fortes, comment est l’am­biance au sein du groupe en re­ve­nant au Qué­bec? « Dans nos pro­chaines dates, il y a la ren­trée mont­réa­laise, donc on est su­per­fé­briles d’ar­ri­ver à Mon­tréal avec le nou­veau show, ré­pond Jérôme. On est content de re­ve­nir au Qué­bec. Il y a un cô­té très gri­sant en Eu­rope, mais il y a plein de beaux dé­fis aus­si chez nous. »

« C’est un peu nos pan­toufles aus­si, le Qué­bec, ajoute Jean-françois. On a nos places qu’on connaît dans chaque ville, nos pe­tits res­tos. »

LE MO­DÈLE PLUME

Eux qui ont fran­chi l’an der­nier le cap des 15 ans avec les Cow­boys Frin­gants, les mu­si­ciens af­firment sans hé­si­ter qu’ils se voient jouer dans le groupe pour une longue pé­riode.

« Le per­son­nage que je res­pecte le plus dans l’his­toire de la chan­son au Qué­bec, c’est Plume. Je suis al­lé le voir en spec­tacle l’au­tomne der­nier, à 65 ans, et il donne en­core un show de la mort. Il n’a ja­mais ar­rê­té de faire de la mu­sique », men­tionne JeanF­ran­çois.

« On es­père le faire en­core 15 ans, mais ce n’est pas nous qui dé­ci­dons, dit Marie-an­nick. Notre nou­veau disque vient de sor­tir et il va su­per bien. On est donc as­su­ré pour les deux pro­chaines an­nées d’avoir beau­coup de spec­tacles. »

« Et si ça ne va pas, il y au­ra tou­jours moyen de faire des sou­pers spa­ghet­ti ou des spec­tacles cor­po­ra­tifs avec une dis­co mo­bile », conclut en riant JeanF­ran­çois.

Les Cow­boys Frin­gants sor­tant de leur loge, à Lyon.

Le groupe en plein spec­tacle.

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