L’AU­TO­POR­TRAIT DE Do­ro­thée Ber­ry­man

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Marc-an­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal

Do­ro­thée Ber­ry­man ne vit pas seule. Elle par­tage son ap­par­te­ment de l’île-des-soeurs avec une nombre in­com­men­su­rable d’hommes… et pas n’im­porte les­quels par-des­sus le mar­ché : Cole Por­ter, Frank Si­na­tra et George Ger­sh­win, pour ne nom­mer que ceux-là. Ils oc­cupent cha­cune des pièces de l’en­droit : du sa­lon au bu­reau, en pas­sant par la chambre prin­ci­pale et le hall d’en­trée. On les trouve clas­sés par ordre al­pha­bé­tique dans une bi­blio­thèque, ca­chés der­rière un fau­teuil ou en­core em­pi­lés sous une table à ca­fé.

Car Do­ro­thée Ber­ry­man n’est pas une mé­lo­mane comme les autres. L’ac­trice et chan­teuse pos­sède une col­lec­tion ex­cep­tion­nelle de CD. Quinze mille pour être pré­cis. Une col­lec­tion qu’elle n’a pas man­qué d’agran­dir du­rant son pas- sage à l’an­tenne d’es­pace mu­sique, où elle a pi­lo­té une émis­sion consa­crée à la mu­sique jazz de 2004 à 2011.

L’ani­ma­trice a at­ten­du la fin de son aven­ture ra­dio­pho­nique pour don­ner suite à PS I Love You, un opus pa­ru en 2003. À la re­cherche d’un pro­duc­teur qui pour­rait l’épau­ler dans son nou­veau pro­jet, elle s’est tour­née vers Claude La­ri­vée des Disque de la Tri­bu.

« Il y a des pé­riodes dans la vie où on se rend compte qu’on a chan­gé. C’en était une. Je sen­tais que je ve­nais de fran­chir une étape. J’avais l’im­pres­sion de par­tir à la dé­cou­verte de quelque chose de nou­veau », ra­conte l’ar­tiste.

Le troi­sième al­bum de la chan­teuse pro­pose 12 mor­ceaux aux ac­cents jazz ti­rés de ré­per­toires plu­tôt va­riés. Les fans d’el­vis Pres­ley re­con­naî­tront Blue Moon, alors que les ci­né­philes sou­ri­ront à l’écoute de la chan­son-thème du film Ca­sa­blan­ca, As Time Goes By.

« C’est un au­to­por­trait, ex­plique l’ar­tis- te de 63 ans. Je ne suis pas une nou­velle per­sonne. J’ai pris de la ma­tu­ri­té. Je n’es­saie plus d’être quel­qu’un d’autre. Je ne re­fu­ser plus de vieillir. Je m’ac­cepte telle que je suis. Je me sens bien dans mes chaus­sures. Je sais qui je suis. Je m’ap­pré­cie plus qu’avant. »

LE TEMPS

Le fil conduc­teur du disque ? Le temps. « On es­saie trop sou­vent de pas­ser le temps, de tuer le temps. D’un autre cô­té, on trouve que le temps, ça va vite, ça s’en­vole, ob­serve la chan­teuse. Et pen­dant qu’on parle de nos­tal­gie, on passe à cô­té de nos vies. On est ailleurs. On n’est pas là. »

L’opus ré­serve quelques sur­prises, à com­men­cer par Les nuits d'une de­moi­selle, un air phare du mou­ve­ment li­ber­tin co­quin. La plus grande d’entre elles de­meure tou­te­fois Sour Times, une re­lec­ture d’un des pre­miers tubes du groupe bri­tan­nique Por­ti­shead.

« Je ne me suis pas de­man­dé quoi mettre après quoi. Les chan­sons se sont im­po­sées d’elles-mêmes, pré­cise Do­ro­thée Ber­ry­man. J’ai tou­jours ai­mé les al­bums concept, qui re­créent un cli­mat, une am­biance. Mon am­bi­tion, c’était de ra­con­ter une his­toire, avec un dé­but, un mi­lieu et une fin. Je vou­lais ap­por­ter cette di­men­sion-là au disque. »

Par­mi les préférées de l’in­ter­prète, ci­tons Ni trop tôt, ni trop tard – un mor­ceau écrit par Cyrus Bas­siak pour l’ac­trice française Jeanne Moreau – et Le va­len­tin – dont les pa­roles de Nor­ma Wins­tone viennent ap­puyer une mu­sique com­po­sée par Fred Hersch. C’est la chan­teuse Mo­nique Fau­teux qui signe l’adap­ta­tion française du texte de cet air mé­con­nu du grand pu­blic. « D’une cer­taine fa­çon, c’est ma pre­mière chan­son ori­gi­nale à vie sur un al­bum », sou­ligne Do­ro­thée Ber­ry­man.

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