LE BEAU RISQUE DE FRANCE D’AMOUR

Prin­temps 2011. France D’amour sur­prend tout le monde en lan­çant un opus en an­glais ins­pi­ré des so­no­ri­tés jazz des an­nées 1920. Hi­ver 2012. La chan­teuse com­plète cet éton­nant vi­rage en fou­lant les planches de l’as­tral dans le cadre du festival Mon­tréal en

Le Journal de Montreal - Weekend - - MU­SIQUE - Marc-an­dré Le­mieux Le Jour­nal de Mon­tréal

Bubble Bath & Cham­pagne s’est écou­lé à plus de 15 000 exem­plaires de­puis sa sor­tie. Êtes-vous heureuse de l’ac­cueil que le pu­blic a ré­ser­vé au disque ?

Oui. Je ne m’at­ten­dais pas à cette ré­ac­tion-là. Mais j’étais prête à prendre le risque, parce qu’il faut faire ce qu’on aime dans la vie. Il faut sor­tir des sen­tiers bat­tus. Je n’ai pas ré­in­ven­té la roue, mais dans mon par­cours à moi, c’était très dif­fé­rent du reste. Je suis contente d’avoir sui­vi mon ins­tinct. Et je suis très contente que les gens soient au ren­dez-vous. En tant que mu­si­cienne, le jazz re­pré­sente-t-il un plus grand dé­fi que le rock ?

Oui. Le pop-rock, c’est une mu­sique d’éner­gie. Ren­du à un cer­tain ni­veau, tu peux mettre ton cer­veau à off. Tout de­vient une ques­tion d’at­ti­tude. On veut sa­voir si t’es ca­pable de tou­cher les gens avec tes chan­sons. Le jazz, c’est tout ça, mais en plus com­plexe. C’est une mu­sique d’im­pro­vi­sa­tion. Ça de­mande une pré­pa­ra­tion dif­fé­rente. Il faut que je sois plus ré­chauf­fée, que je pra­tique plus long­temps. Il faut que je sois concen­trée…, mais il ne faut pas que ça pa­raisse. Quand tu trouves ça tough, tu ne dois pas le mon­trer… parce qu’il ne faut pas que les gens soient cris­pés en te re­gar­dant jouer. Il ne faut pas qu’ils forcent avec toi ! Sur scène, dé­pen­sez-vous au­tant d’éner­gie du­rant un concert jazz ou du­rant un concert rock ?

Du­rant un concert jazz! C’est du jus de cer­veau! Dans la mu­sique pop, quand tu pars une chan­son, tout le monde sait où tu t’en vas. Le che­min est mar­qué, ja­lon­né. Tout est pré­vu. En jazz, ce n’est pas le cas. C’est moi qui lead la pa­tente, mais si je dé­cide qu’en plein mi­lieu d’une chan­son, on prend un che­min dif­fé­rent, il faut que le band suive ! Dans mon der­nier spec­tacle, les mu­si­ciens et moi, on forme une seule ran­gée. Je ne fais pas dos au bat­teur parce qu’il faut tou­jours être dans le champ de vi­sion de l’autre. On se checke tout le temps et, au fil du temps, on a dé­ve­lop­pé un lan­gage se­cret. Ça donne des soi­rées très vi­vantes. C’est l’as­pect le plus in­té­res­sant de cette mu­sique-là. On est dans le mo­ment pré­sent. On créé quelque chose d’unique à chaque fois. Ce n’est pas du co­pier­col­ler. C’est sti­mu­lant, mais c’est stres­sant aus­si… parce qu’il faut tou­jours que tu sois sur la coche. L’am­biance en cou­lisse est-elle la même ?

Pas du tout! Je n’ai ja­mais vu mes mu­si­ciens stres­sés comme ça! C’est as­sez ex­cep­tion­nel. La jour­née d’un show, on conti­nue sou­vent à jam­mer jus­qu’à ce qu’ils ouvrent les portes de la salle. C’est même ar­ri­vé qu’on se fasse ve­nir du SaintHu­bert, qu’on mange sur scène et qu’on conti­nue à jouer après. On n’a pas le choix, parce qu’il faut que ça soit fluide. Il faut que le cou­rant passe entre nous autres. Il faut que la vibe soit bonne.

Bubble Bath & Cham­pagne, Vous avez dé­jà dit que le jazz est une mu­sique qui exige une grande re­te­nue. Est-ce un dé­fi dif­fi­cile à re­le­ver ?

En stu­dio, ce n’est pas si mal. Tu peux prendre du re­cul, écou­ter la prise et dire : « j’en ai trop mis. On va la re­com­men­cer. » Mais en spec­tacle, quand le pu­blic est hot et que t’as le goût de te lâ­cher lousse, il faut que tu te re­tiennes ! Ça de­mande une cer­taine forme d’in­tel­li­gence. Il faut do­ser cette éner­gie-là. La ro­ckeuse en vous a-t-elle par­fois en­vie d’ex­plo­ser ?

Ça m’ar­rive d’avoir des spasmes. Des fois, je n’en peux plus et ça ex­plose. C’est cor­rect… Je sa­vais que j’étais ca­pable de pe­ser sur la pé­dale. Quand j’ai com­men­cé, j’étais tou­jours à fond la caisse. Au­jourd’hui, je sais que je peux le­ver le pied de temps en temps. C’est agréable de se rendre compte qu’on a plu­sieurs vi­tesses ! Ré­cem­ment, vous avez ré­vé­lé sur votre page Fa­ce­book que vous étiez en train de com­po­ser de nou­velles chan­sons. Vous avez écrit : « Les filles, je pense que vous al­lez ai­mer ça ! En tant que cé­li­ba­taire, je me dé­foule un peu sur nos amis les hommes… de Cro-ma­gnon ! » Doit-on s’at­tendre à un al­bum de rock en­ra­gé ?

Non ! C’est plu­tôt hu­mo­ris­tique. Je tape sur les gars, mais à la fin, je montre que je ne suis pas meilleure qu’eux. Avec le temps, je me suis ren­du compte que quand une re­la­tion prend fin, ce n’est pas la faute d’une seule per­sonne. It takes two to tan­go, comme on dit. Comment dé­cri­riez-vous le son de ce pro­chain al­bum ?

Pop-rock. Mais je ne m’em­pêche pas d’ajou­ter des cou­leurs jaz­zy. J’ai l’im­pres­sion que ça va être mon al­bum le plus libre étant don­né que je me suis lâ­chée lousse avec Bubble Bath & Cham­pagne. Je ne me mets plus de bar­rière. Avez-vous dé­jà pré­vu une date de sor­tie ?

Non. J’ai seule­ment écrit cinq ou six chan­sons. Je vais at­tendre d’avoir une dou­zaine de bonnes tounes avant de me pro­non­cer. Pour l’ins­tant, l’ins­pi­ra­tion est au ren­dez-vous, mais je sais qu’avec le prin­temps, ça se peut qu’elle prenne le bord ! Ça se peut que je pré­fère al­ler me pro­me­ner sur les ter­rasses ! Avez-vous son­gé à don­ner suite à Bubble Bath & Cham­pagne ?

Je vais en faire un autre, mais pas tout de suite. Ça ne se­ra pas une pa­ren­thèse dans ma car­rière. Compte te­nu de la ré­ac­tion du pu­blic, ce se­rait bien niai­seux de ne pas en faire un autre ! France D’amour en concert à l’as­tral, mar­di à 20 h. La tour­née Bubble Bath & Cham­pagne s’ar­rê­te­ra en­suite à Saint-hyacinthe, Jo­liette, Ma­gog, Chi­cou­ti­mi et Saint-sau­veur.

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