LA MU­SIQUE ET LA MORT À L’ÈRE D’IN­TER­NET 2.0

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE -

En 2012, le dé­cès tra­gique d’un ar­tiste adu­lé ne se me­sure plus en mil­lions de vente, mais en mil­lions de tweets. Vous sou­ve­nez-vous des jours qui ont sui­vi l’an­nonce de la mort de John Len­non ? Moi, c’est l’un de mes plus loin­tains sou­ve­nirs… Comme tous les autres ma­ga­sins de disques du monde, le Dis­cus près de chez moi a re­sto­cké tous les al­bums des Beatles et nous sommes tous al­lés en ache­ter. Mon père nous a rap­por­té les deux Best of de l’époque, le rouge et le bleu, et je les écou­tais en boucle, dé­cou­vrant la mu­sique en même temps que le monde des mé­dias et des fous meur­triers. Le dé­cès de Whit­ney Hous­ton le wee­kend der­nier nous a per­mis de me­su­rer comment, en l’es­pace d’une tren­taine d’an­nées, ce monde a chan­gé.

LA COURSE

Plus be­soin d’at­tendre le bul­le­tin de nou­velles ni même de re­gar­der les chaînes en conti­nu pour tout sa­voir et tout suivre puisque, dé­sor­mais, ce sont les ré­seaux so­ciaux qui font le scoop et le sui­vi.

C’est une pre­mière dans l’uni­vers des cé­lé­bri­tés de la mu­sique, l’an­nonce du dé­cès de Whit­ney Hous­ton est ap­pa­rue d’abord sur Twit­ter, a ré­vé­lé cette se­maine le site agré­ga­teur Ma­shable.com en ana­ly­sant le fil des évé­ne­ments.

The Associated Press au­rait twee­té la nou­velle de la mort en ci­tant l’at­ta­chée de presse de Whit­ney à 16 h57, heure du Pa­ci­fique, sa­me­di. Or, 27 mi­nutes plus tôt, une cer­taine Aja­diorNa­vy a an­non­cé que sa tante, qui tra­vaille à l’hô­tel Be­ver­ly Hil­ton, ve­nait de dé­cou­vrir la chan­teuse morte dans son bain. Quoi qu’il en soit, l’an­nonce s’est pro­pa­gée ra­pi­de­ment sur les ré­seaux so­ciaux, avec quelque 2 481 652 tweets et ret­weets dans la pre­mière heure seule­ment. C’est plus de mille tweets par se­conde.

L’AVA­RICE

Au­jourd’hui, chan­ger le prix de vente d’un al­bum se fait aus­si ra­pi­de­ment qu’un chan­ge­ment de sta­tut Fa­ce­book, mais toute ma­noeuvre d’ex­ploi­ta­tion crasse peut être ra­pi­de­ment si­gna­lée et pla­cer un la­bel de disque dans l’op­probre.

So­ny en a ti­ré une bonne le­çon cette se­maine : croyant bien ti­rer pro­fit du dé­cès de Whit­ney, le la­bel a aug­men­té de 60 % le prix de la com­pi­la­tion Whit­ney Hous­ton : The Ul­ti­mate Col­lec­tion sur le site bri­tan­nique d’itunes di­manche ma­tin, fai­sant pas­ser le prix de 7,84 $ à 12,55 $. Presque im­mé­dia­te­ment, des consom­ma­teurs in­di­gnés ont dé­non­cé le geste et la nou­velle a été re­prise en boucle jus­qu’à ce que So­ny se ré­tracte et ré­ajuste le prix de la com­pil. Trop tard puisque le mal était fait.

Plu­sieurs arguent que les la­bels ont tou­jours agi ain­si; c’est une évi­dence – ils sont là pour vendre –, mais comme ils fonc­tionnent au­jourd’hui dans l’uni­vers des com­mu­ni­ca­tions à ou­trance, ils doivent agir avec beau­coup plus de doig­té…

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