AT­TENDRE UNE GREFFE DE­VANT LA CA­MÉ­RA

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Cédric Bé­lan­ger Agence QMI

La co­mé­dienne et met­teure en scène Bri­gitte Poupart s’offre un pre­mier do­cu­men­taire avec Over My

Dead Bo­dy, qui nous fait vivre de l’in­té­rieur la longue et in­sou­te­nable at­tente de Dave St-pierre, cho­ré­graphe-dan­seur de renommée in­ter­na­tio­nale at­teint de fi­brose kys­tique qui a es­pé­ré pen­dant 18 mois la greffe de pou­mons qui lui a fi­na­le­ment sau­vé la vie.

Un simple coup de fil de son mé­de­cin. Voi­là ce que St-pierre et la do­cu­men­ta­riste, avec qui il en­tre­tient une pro­fonde ami­tié, ont at­ten­du tout ce temps, s’in­ter­di­sant de sor­tir de Mon­tréal afin d’être prêts à tout mo­ment à se rendre à l’hô­pi­tal dans un dé­lai de deux heures.

Une at­tente alié­nante, confie Bri­gitte Poupart.

« À la fin, je n’étais plus ca­pable. J’avais tou­jours ma ca­mé­ra avec moi. Je n’en pou­vais plus. Mais je me di­sais que si c’était le cas pour moi qui res­pire et suis en san­té, ça de­vait être pire pour Dave. »

Par trois fois, nous montre le do­cu­men­taire, le té­lé­phone a son­né. Les deux pre­mières ten­ta­tives ont avor­té. Dave St-pierre a chaque fois eu le temps de se rendre jus­qu’à la salle d’opé­ra­tion pour ap­prendre au der­nier ins­tant que les or­ganes pré­le­vés n’étaient pas en bon état.

SUS­PENSE

De dé­cep­tion en dé­cep­tion, le sus­pense s’ins­talle. Puis, le 26 jan­vier 2009, la troi­sième fois fut la bonne. Mais comme l’évoque Bri­gitte Poupart, une telle opé­ra­tion n’est pas sans risque et son ami au­rait pu ne ja­mais se ré­veiller.

Qu’au­rait-elle fait si la mort avait frap­pé ?

« J’au­rais pro­ba­ble­ment fait un film pa­reil, mais ça au­rait été très dif­fi­cile. Je ne sais pas si j’au­rais été ca­pable d’al­ler en mon­tage tout de suite et de voir des images de lui constam­ment.

« Je n’ose pas y pen­ser », dit la co­mé­dienne, ajou­tant que Dave St-pierre lui avait de­man­dé d’al­ler quand même de l’avant avec son pro­jet, peu im­porte le ré­sul­tat de l’opé­ra­tion.

MEU­BLER L’AT­TENTE

C’est d’ailleurs St-pierre qui a lan­cé, le pre­mier, l’idée que son amie le filme quand il al­lait re­ce­voir l’ap­pel du mé­de­cin.

« Au dé­part, on n’avait pas l’idée d’en faire un film. Puis quand je me suis mise à vivre comme lui, c’est-à-dire avec mon té­lé­phone ou­vert en per­ma­nence, je me suis dit pour­quoi ne pas tour­ner en at­ten­dant aus­si. Ça a oc­cu­pé Dave parce qu’à un mo­ment don­né ça de­vient alié­nant d’at­tendre un té­lé­phone. Ça le gar­dait ac­tif. »

La do­cu­men­ta­riste nous fait ain­si en­trer dans l’uni­vers de Dave St-pierre, nous mon­trant des ex­traits de ses créa­tions, dont Un peu de ten­dresse, bor­del de merde. Son ami a ap­pré­cié le ré­sul­tat fi­nal, dit-elle.

« Il était content. Je pense que ça re­flète hon­nê­te­ment ce qu’on a vé­cu. »

LA PI­QÛRE DU CI­NÉ­MA

Le pro­jet a aus­si eu des im­pacts sur la car­rière de Bri­gitte Poupart, qui a dû mettre de cô­té quelques offres.

« Je ne pou­vais pas par­tir en tour­née. C’était com­pli­qué. Quand on me pro­po­sait des contrats, j’avi­sais que je pou­vais par­tir à tout mo­ment. Des gens ont été as­sez té­mé­raires pour m’en­ga­ger pa­reil. D’autres m’ont dit qu’on al­lait se re­prendre parce que c’était trop ris­qué. »

Ces sa­cri­fices n’ont pas em­bê­té celle qui a ado­ré sa pre­mière ex­pé­rience de ci­né­ma.

« C’était un mo­ment de vie tel­le­ment im­por­tant et une aven­ture tel­le­ment in­croyable. Je ne re­grette pas de l’avoir fait », as­sure-t-elle.

« Je me suis beau­coup amu­sée avec la ca­mé­ra. Moi, je fais de la mise en scène, mais dans ce do­maine, le cadre est fixe. Là, j’avais la per­mis­sion de bou­ger mon cadre. Ce fut une dé­cou­verte. C’est très riche le ci­né­ma.

Il y a tel­le­ment de pos­si­bi­li­tés de ra­con­ter une his­toire. »

La co­mé­dienne, que l’on a pu voir dans le film Mon­sieur Laz­har, ne cache pas son in­té­rêt de tour­ner un autre do­cu­men­taire.

« Mais ça prend un su­jet fort. J’ai mis trois ans à faire Over My Dead Bo­dy. Si tu n’es pas ani­mé par quelque chose de fort, tu ne peux pas te­nir le coup aus­si long­temps. »

Over My Dead Bo­dy prend l’af­fiche le 24 fé­vrier à Mon­tréal et le 2 mars à Qué­bec.

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