HÉ­ROS, MAL­GRÉ TOUT

∫ Sous terre ∂∂∂∂

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Avec Robert Wie­ckie­wicz, Ben­no Für­mann et Agniesz­ka Gro­chows­ka Pascale Gau­thier Agence QMI

La ci­néaste po­lo­naise ex­plore cet âge des té­nèbres que fût la Deuxième Guerre mon­diale, mais ne donne pas dans la pé­da­go­gie his­to­rique. Elle se concentre plu­tôt sur le ré­cit d’un pe­tit groupe de gens et sur les émo­tions res­sen­ties, ques­tion d’in­car­ner son propos sur l’hu­main en temps de guerre : un contexte de sur­vie en­traî­nant des gestes ex­trêmes, qui peuvent ré­vé­ler le meilleur comme le pire de nous-mêmes, dit-on. Mais Hol­land nous rap­pelle qu’entre l’égoïsme et la so­li­da­ri­té, il y a des zones grises…

Mais l’ho­lo­causte de­meure un de ces évé­ne­ments qui marque les consciences, à sa­voir qu’il est fa­cile pour l’hu­ma­ni­té de dé­ra­per. Ce que la réa­li­sa­trice ap­puie par des images très dures qui prennent à la gorge, ques­tion de nous com­mu­ni­quer, sans com­pro­mis, l’at­mo­sphère de ter­reur qui pla­nait dans les ghet­tos. Elle place ain­si les sol­dats na­zis dans un rôle uni­di­men­sion­nel : ce­lui du bour­reau qui do­mine par la peur, parce qu’il peut tout faire, sa cruau­té n’ayant plus de li­mite.

HIS­TOIRE VRAIE

La réa­li­sa­trice, qui nous a no­tam­ment of­fert Eu­ro­pa, Eu­ro­pa, nous pro­pose un ré­cit ins­pi­ré d’une his­toire vé­cue. Celle de Leo­pold So­cha, un ou­vrier qui s’oc­cupe de l’en­tre­tien des égouts de Llov. Alors que cette ville po­lo­naise est sous oc­cu­pa­tion na­zie, So­cha ar­ron­dit ses fins de mois en jouant les pe­tits vo­leurs et ma­gouilleurs. Un jour se pré­sente l’oc­ca­sion d’ex­tor­quer de l’ar­gent à un groupe de juifs qui cher­chait à fuir le ghet­to en trou­vant re­fuge dans les égouts : en échange d’un « sa­laire », So­cha pro­met de ne pas les dé­non­cer, mais aus­si de les gui­der dans les sou­ter­rains et de sub­ve­nir à leurs be­soins. Pen­dant 14 mois, il tien­dra pa­role. Même lors­qu’il n’y au­ra plus d’ar­gent. Même s’il risque sa propre vie et celle de ses proches.

Agniesz­ka Hol­land vou­lait rendre ce ré­cit de fa­çon réa­liste, a-t-elle sou­vent ré­pé­té. Outre le fait qu’elle ait in­sis­té pour tour­ner son film non pas en an­glais, mais en po­lo­nais et en al­le­mand, ce réa­lisme tient pour beau­coup en la fa­çon dont ses per­son­nages prin­ci­paux nous rap­pellent la com­plexi­té et l’im­per­fec­tion de la na­ture hu­maine. Par­ti­cu­liè­re­ment So­cha, qu’elle ne cherche pas à nous vendre comme étant de­ve­nu un « pur hé­ros ». Oui, il s’opère un glis­se­ment dans le sys­tème de va­leur de cet homme, mais la chose se pro­duit gra­duel­le­ment, sub­ti­le­ment, et le pro­fit per­son­nel (qui n’est pas né­ces­sai­re­ment mo­né­taire) n’est ja­mais to­ta­le­ment an­ni­hi­lé.

Jouant ain­si sur les am­bi­guï­tés, la réa­li­sa­trice évoque néan­moins que, même s’il n’émane pas d’une bon­té pure, un geste sal­va­teur de­meure un geste sal­va­teur. Dans son der­nier long mé­trage, Sous terre, qui se­ra en com­pé­ti­tion avec le Mon­sieur Laz­har de Phi­lippe Fa­lar­deau pour rem­por­ter l’os­car du meilleur film en langue étran­gère, Agniesz­ka Hol­land a heu­reu­se­ment choi­si la sobriété, que ce soit pour nous mon­trer l’hor­reur, la tra­gé­die ou les bons sen­ti­ments.

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