MOINS MAU­VAIS QUE CE QU’ON POUR­RAIT PEN­SER

∫ W.E. ∂∂Σ

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI Avec An­drea Ri­se­bo­rough et James D'ar­cy.

Si Ma­don­na a un dé­faut, c’est bien ce­lui de ne pas être ca­pable d’écrire de scé­na­rio qui se tienne. Pour le reste, W.E. pos­sède une es­thé­tique in­té­res­sante et des ac­teurs convain­cants.

Ma­don­na est la reine de la contro­verse. Il suf­fit qu’elle fasse quelque chose pour im­mé­dia­te­ment po­la­ri­ser l’opi­nion pu­blique : les uns adorent, tan­dis que les autres dé­testent. Au fi­nal, per­sonne ne reste in­dif­fé­rent.

Avec W.E., la ve­dette de la chan­son signe son deuxième long mé­trage de fic­tion, dont elle a, comme pour Filth and Wis­dom écrit le scé­na­rio.

W.E., ce sont les ini­tiales des pré­noms de Wal­lis Simp­son (An­drea Ri­se­bo­rough) et d’édouard VIII (James D'ar­cy), amou­reux lé­gen­daires qui dé­frayèrent la chro­nique quand le roi d’angleterre ab­di­qua, en 1936, pour épou­ser sa dul­ci­née.

Mais ce sont aus­si les ini­tiales de Wal­ly Win­throp (Ab­bie Cor­nish, lu­mi­neuse et par­fai­te­ment bien choi­sie pour ce rôle) et un gar­dien de sé­cu­ri­té, Ev­ge­ni (Os­car Isaac), qui se ren­contrent lors de la vente aux en­chères d’ob­jets ayant ap­par­te­nu au couple my­thique.

Les deux his­toires s’en­tre­mêlent, dif­fé­rents ob­jets de la vente aux en­chères ser­vant à la fois de pré­texte pour en ap­prendre plus sur Wal­lis Simp­son et Édouard VIII et de moyen de dé­cou­vrir le per­son­nage de Wal­ly.

Les dé­cors de Mar­tin Childs ( Sha­kes­peare et Ju­liette) et la pho­to­gra­phie de Ha­gen Bog­dans­ki ( Vic­to­ria : Les jeunes an­nées d'une reine) sont im­pec­cables. Les cos­tumes d’arianne Phil­lips – qui lui ont va­lu une no­mi­na­tion mé­ri­tée aux Os­cars – ont une es­thé­tique très « Ma­don­na » dans sa pé­riode Ex­press Your­self.

MAL EX­PLOI­TÉ

On ne peut se dé­fendre aus­si, de trou­ver – et c’est le plus sur­pre­nant – une fi­lia­tion entre W.E. et le re­mar­quable Un homme au sin­gu­lier, de Tom Ford. Ce­la vient cer­tai­ne­ment du fait qu’arianne Phi­lipps avait si­gné les cos­tumes du long mé­trage avec Co­lin Firth et que Ma­don­na a en­ga­gé Abel Kor­ze­niows­ki, le même com­po­si­teur.

Si la pré­misse du scé­na­rio est in­tri­gante – qu’est-ce que Wal­lis Simp­son a sa­cri­fié pour de­ve­nir la femme d’édouard ? – son dé­ve­lop­pe­ment est mal ex­ploi­té. Ma­don­na tombe trop ra­pi­de­ment dans l’as­pect « fé­mi­niste » su­per­fi­ciel du propos, fai­sant de Wal­ly et Wal­lis des femmes bat­tues, vic­times des hommes qu’elles ont épou­sés.

Autre dé­faut de taille : l’in­clu­sion de vraies images d’ar­chives du couple scan­da­leux, ce qui crée ra­pi­de­ment un dé­ca­lage avec les ac­teurs char­gés de les in­car­ner.

W.E. ne s’adresse pas aux ad­mi­ra­teurs de la di­va de la pop, mais il consti­tue une nette amé­lio­ra­tion par rap­port à Filth and Wis­dom, ce qui nous laisse pen­ser que si Ma­don­na conti­nue sur cette lan­cée, ses pro­chains films pour­raient bien sur­prendre fort agréa­ble­ment.

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