AMI­TIÉS ET MA­TER­NI­TÉS

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Cédric Bé­lan­ger Agence QMI

Dix-sept ado­les­centes de la même école qui tombent en­ceintes en même temps. Réa­li­té ou fic­tion ? Les deux.

D'abord, un fait di­vers s’étant réel­le­ment pas­sé dans une ville du nord est amé­ri­cain, cette im­pro­bable his­toire est de­ve­nue la toile de fond de 17 filles, le pre­mier long-mé­trage des soeurs fran­çaises Delphine et Muriel Cou­lin. « C’était deux lignes dans le jour­nal Li­bé

ra­tion, en juin 2008. Je l’ai lu et im­mé­dia­te­ment, j’ai mon­tré l’ar­ticle à ma soeur. Du coup, on s’est dit que c’était une mine d’or qu’il fal­lait ex­ploi­ter et nous nous sommes lan­cées dans l’aven­ture », ra­conte Muriel Cou­lin, qui s’est en­tre­te­nue avec Le Jour

nal en marge de la sor­tie qué­bé­coise du film.

SOU­TIEN

Dans 17 filles, tout part de Ca­mille, qui de­vient en­ceinte par ac­ci­dent. Très vite, son cercle fer­mé de cinq amies l’imite en guise de sou­tien. Puis, d’autres filles s’ajoutent, pro­vo­quant la com­mo­tion dans la pe­tite ville cô­tière de Lo­rient, en Bre- tagne. Se­lon Muriel Cou­lin, les ci­néastes ont pris de grandes li­ber­tés de la réelle his­toire amé­ri­caine. « Ce qui reste fon­da­men­ta­le­ment de l’his­toire, c’est le nombre. Ja­mais nous n’au­rions pu in­ven­ter que dix-sept filles dé­cident de faire ça en même temps. Pour nous, c’était une jus­ti­fi­ca­tion im­por­tante parce que si­non, on au­rait dit : mais qu’est-ce qui se passe dans l’ima­gi­na­tion de ces deux soeurs ? »

PAS DE JU­GE­MENT

Les soeurs Sou­lin évitent de ju­ger les mo­ti­va­tions des fu­tures ma­mans dans leur ré­cit, qui a été fil­mé à hau­teur d’ado­les­centes. « Pour nous, c’était très im­por­tant parce qu’on avait lu que cette his­toire avait été ré­cu­pé­rée par la droite aux États-unis. Il y avait une es­pèce de pro­pa­gande sur le fait qu’il faut pré­ser­ver la vir­gi­ni­té de nos en­fants. On ne vou­lait sur­tout pas ren­trer là-de­dans. Pre­miè­re­ment, parce qu’on sen­tait que c’était dan­ge­reux et, en plus, ce sont des dé­bats en France qui sont dé­pas­sés de­puis très long­temps. Faut-il pré­ser­ver la vir­gi­ni­té de nos en­fants ? En re­vanche, c’est bien que cha­cun puisse se faire son opi­nion, parce que la gros­sesse est avant tout une his­toire per­son­nelle ou fa­mi­liale. Il y avait dix-sept jeunes filles, il y avait au­tant de rai­sons de faire ou pas un en­fant. On a vou­lu très vite évi­ter les ré­ponses même si pour nous, ces filles sont di­rec­te­ment des hé­ri­tières du fé­mi­nisme. Il n’y a au­cun doute là-des­sus. »

600 FILLES

Par ailleurs, réunir une bande de jeunes ac­trices n’a pas été une si­né­cure, avoue Muriel Cou­lin.

« Ce fut très com­pli­qué. Ce­la a du­ré neuf mois, comme la concep­tion d’un en­fant. Nous avons com­men­cé en sep­tembre et fi­ni en juin. Nous avons vu 600 filles. Le scé­na­rio est très écrit. Il fal­lait donc que chaque fille cor­res­ponde au per­son­nage et après, il y a tout un tra­vail d’alchimie pour que les filles aillent bien entre elles. On ne vou­lait pas prendre deux filles qui se dé­testent. Il fal­lait faire croire que ce sont des amies qui sont prêtes à al­ler au bout du monde en­semble. On a fait des choix puis nous avons fait tout un tra­vail pour qu’elles se ren­contrent, qu’elles se re­gardent, qu’on aille au res­tau­rant en­semble, boire des ca­fés, se bai­gner à la plage. Fi­na­le­ment, ce­la a bien mar­ché puis­qu’elles sont très co­pines au­jourd’hui. »

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