PEU IM­PORTE CE QUÌL AD­VIEN­DRA

C’est une créa­tion contem­po­raine de l’au­teure ca­ta­lane Lluï­sa Cu­nillé qui pren­dra l’af­fiche dans quelques jours au Théâtre de Quat’sous. La pièce Après moi le dé­luge, si­gnée Claude Pois­sant, ra­conte l’his­toire énig­ma­tique en­tou­rant un homme d’af­faires occ

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Louise Bour­bon­nais Col­la­bo­ra­tion spéciale

Après moi le dé­luge est une ex­pres­sion qui si­gni­fie qu’on ne se sou­cie au­cu­ne­ment de ce qui va se pas­ser après notre mort, ou de l’ave­nir, même si on peut pré­sa­ger à une ca­tas­trophe. Elle fait aus­si ré­fé­rence à la ca­tas­trophe bi­blique, le dé­luge de Noé. Ain­si, on pour­rait s’at­tendre à une pièce où une ca­tas­trophe pour­rait sur­ve­nir, an­ti­ci­pée par un haus­se­ment d’épaules. En fait, ce n’est pas tout à fait ce­la, c’est beau­coup plus com­plexe et plus sub­til.

La pièce Après moi le dé­luge est plu­tôt l’his­toire d’un monde cruel, ce­lui de l’afrique qui ne se sou­cie guère du sort ré­ser­vé aux en­fants sol­dats et, pa­ral­lè­le­ment, à ce­lui du monde oc­ci­den­tal qui peut se mon­trer in­dif­fé­rent et in­sen­sible aux dou­leurs de l’afrique tout en ex­ploi­tant ses ri­chesses. Après moi le dé­luge, c’est aus­si le por­trait de la sur­ex­ploi­ta­tion et de la cor­rup­tion… peu im­porte ce qui ad­vien­dra. Nous sommes au coeur de l’afrique aux confins de deux hé­mi­sphères. C’est l’his­toire d’un homme d’af­faires blanc qui s’est ins­tal­lé en Afrique pour ses af­faires. Il ex­ploite un pré­cieux mi­ne­rai. Il fe­ra ap­pel aux ser­vices d’une in­ter­prète; elle aus­si est blanche. Deux Oc­ci­den­taux qui ne se connais­saient pas et qui ont choi­si de vivre en Afrique. La pièce est cam­pée dans une chambre d’hô­tel de Kin­sha­sa dans la Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go, le deuxième pays d’afrique en im­por­tance pour son éten­due et dont l’ex­ploi­ta­tion mi­nière est ca­pi­tale pour son éco­no­mie. L’an­cienne co­lo­nie belge a vé­cu, au fil du temps, une suc­ces­sion de coups d’état, de guerres et d’in­sta­bi­li­té po­li­tique qui ont cau­sé la mort de mil­lions de gens.

L’homme d’af­faires, per­son­ni­fié par Ger­main Houde, fe­ra une ren­contre dé­rou­tante avec un Afri­cain. Ce der­nier in­sis­te­ra pour le ren­con­trer à son hô­tel. On dé­cou­vri­ra qu’il veut lui of­frir son fils, âgé de 19 ans, afin de lui ga­ran­tir un ave­nir meilleur. L’in­ter­prète, in­car­née par Marie-france Lam­bert, lui sert d’in­ter­mé­diaire. Les échanges se trans­for­me­ront en né­go­cia­tion. L’homme afri­cain qué­mande, en quelque sorte, l’aide de l’homme blanc. Il sou­haite que son fils puisse quit­ter l’afrique vers un monde meilleur.

« La pièce est ex­ces­si­ve­ment brillante. À la fin du spec­tacle, il y au­ra un re­vi­re­ment de si­tua­tion qu’on ne pou­vait an­ti­ci­per et qui fe­ra ré­flé­chir », ré­vèle Ge­ne­viève Billette, la tra­duc­trice, sans ré­vé­ler le punch. « J’ai re­çu un vé­ri­table coup de poing au ventre dès la pre­mière lec­ture de ce texte qui est d’une puis­sance ex­tra­or­di­naire. Je te­nais à faire la tra­duc­tion. C’est un coup de ton­nerre. On réa­lise que der­rière la de­mande de l’homme afri­cain se dis­si­mu­lait une stra­té­gie. On réa­li­se­ra toute l’in­tel­li­gence et la di­gni­té de l’homme noir et la no­blesse de sa re­quête. »

Dé­jà, les propos de l’homme afri­cain concer­nant son fils sont très durs, nous dit-on, des frag­ments d’exis­tence sont ré­vé­lés qui de­vraient tou­cher les spec­ta­teurs. Mais ce se­ra le re­tour­ne­ment de si­tua­tion qui sur­pren­dra da­van­tage le spec­ta­teur.

« Si au dé­part on peut se sen­tir mal à l’aise de­vant la scène de l’homme noir sup­pliant l’homme blanc de sau­ver son fils, à la fin du spec­tacle on por­te­ra un tout autre re­gard en consta­tant que c’est l’homme afri­cain qui a me­né le jeu tout au long de la né­go­cia­tion. On dé­cou­vri­ra que son mo­teur de né­go­cia­tion était beau­coup plus pro­fond que ce qu’on croyait au dé­part », ra­conte Ge­ne­viève Billette.

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