UN MYS­TÈRE QUI PLANE

Le Journal de Montreal - Weekend - - THÉÂTRE - Louise Bour­bon­nais Col­la­bo­ra­tion spéciale

Des per­son­nages mys­té­rieux, un contexte étrange, un pas­sé obs­cur, une si­tua­tion in­ex­pli­cable, des mo­tifs vagues, bref, tout pour te­nir en ha­leine le spec­ta­teur du dé­but à la fin.

Tout au long de la pièce, le mys­tère per­sis­te­ra. Est-ce que l’homme blanc pren­dra ou non sous son aile l’en­fant que lui offre l’afri­cain ? Il y au­ra une ré­sis­tance et toutes les rai­sons évo­quées se­ront bonnes pour ne pas s’em­bar­ras­ser d’un en­fant, qui n’en est plus vrai­ment un puis­qu’il a 19 ans.

Alors que l’homme noir in­siste en ra­con­tant la vie de son fils, d’en­fant­sol­dat à toutes les autres mi­sères in­croyables, l’homme blanc ré­siste. D’autre part, ce der­nier se ques­tionne sur sa vie. Il est ma­lade et n’a pas d’en­fant.

DES PER­SON­NAGES MYS­TÉ­RIEUX

L’iden­ti­té des per­son­nages de­meure floue. On sait que l’in­ter­prète, qui parle plu­sieurs langues, a dé­jà ha­bi­té en Afrique, a été ma­rié à un Afri­cain, qu’elle ha­bite main­te­nant dans un hô­tel et qu’elle sort très ra­re­ment, sans plus.

« On peut res­sen­tir qu’il s’agit d’une per­sonne qui tient à se pro­té­ger », sou­ligne Ge­ne­viève Billette. C’est l’in­ter­prète qui va in­car­ner le troi­sième per­son­nage, l’homme afri­cain, la fi­gure in­vi­sible.

Son rôle, tout au long de la pièce, est es­sen­tiel­le­ment de trans­mettre les pa­roles de l’homme afri­cain. « On se­ra en droit de se de­man­der ce que peut bien faire une femme blanche vi­vant seule dans une chambre d’hô­tel au mi­lieu de l’afrique », fait re­mar­quer Marie-france Lam­bert.

On ne connaît pas exac­te­ment les ori­gines de l’homme d’af­faires ni de l’in­ter­prète, mais on de­vine qu’il s’agit d’eu­ro­péens.

« On sait ce­pen­dant que l’homme d’af­faires ex­ploite un mi­ne­rai, le col­tan, qui se trouve en quan­ti­tés com­mer­ciales en Ré­pu­blique dé­mo­cra­tique du Con­go. On l’uti­lise no­tam­ment pour la fa­bri­ca­tion de té­lé­phones cel­lu­laires, d’or­di­na­teurs et de pièces pour l’aé­ro­nau­tique dans les pays oc­ci­den­taux », pré­cise l’ac­trice.

UN DÉ­FI THÉ­TRAL

Pour l’ac­trice Marie-france Lam­bert, le dé­fi est de taille. La pièce compte trois per­son­nages, alors qu’il n’y a que deux ac­teurs sur scène.

« Je dois in­car­ner le per­son­nage de l’in­ter­prète et trans­mettre les pa­roles de l’afri­cain à l’homme d’af­faires. Il vit à tra­vers mes mots. Je tiens deux rôles à la fois puisque l’afri­cain est in­vi­sible sur scène, il passe à tra­vers moi », ex­plique l’ac­trice. Le dé­fi est d’au­tant plus grand pour elle, car tout tourne au­tour de ce per­son­nage ab­sent. « De plus, mon per­son­nage ne peut avoir d’émo­tions, alors que le per­son­nage de Ger­main Houde peut s’en­flam­mer ou ri­pos­ter. »

On nous pro­met que le spec­ta­teur se­ra inon­dé d’émo­tions. « On va s’ima­gi­ner et s’in­ven­ter un per­son­nage à tra­vers les propos de l’in­ter­prète », ajoute la tra­duc­trice.

« Ce qui est beau dans cette pièce, c’est qu’il existe un mo­teur de trans­for­ma­tion. Par la ma­gie du théâtre, l’in­ter­prète se trans­for­me­ra et de­vien­dra un deuxième per­son­nage avant de re­prendre son iden­ti­té per­son­nelle. »

Outre l’in­trigue, la pièce nous fe­ra prendre conscience de toute l’in­dif­fé­rence de l’oc­ci­dent en­vers le con­tinent afri­cain et son peuple. Le thème de la pièce parle d’un échange entre deux hommes, de deux conti­nents dif­fé­rents, qui, somme toute, ne sont pas si dif­fé­rents. L’un d’eux ten­tant d’ou­vrir les yeux de l’autre sur ses souf­frances.

« Chose cer­taine, on ne sor­ti­ra pas la conscience tran­quille de cette pièce », pro­met Ge­ne­viève Billette.

D’abord jouée en 2007 à Bar­ce­lone, la pièce Après moi le dé­luge est joué main­te­nant à tra­vers l’eu­rope et le con­tinent nord-amé­ri­cain. Tra­duite en an­glais, en al­le­mand, en ita­lien et en por­tu­gais, elle a re­çu de nom­breuses dis­tinc­tions, dont, en 2007, le Prix na­tio­nal de théâtre, dé­cer­né par le gou­ver­ne­ment ca­ta­lan, et le Prix de la lettre d'or, en 2008, une dis­tinc­tion ca­ta­lane re­mise à la meilleure oeuvre lit­té­raire pu­bliée.

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