HONG KONG ENTRE MO­DER­NI­TÉ ET TRA­DI­TIONS

HONG KONG | Cer­tains disent que Hong Kong n’est pas la Chine. Or, ses ha­bi­tants, eux, se sentent tout à fait Chi­nois.

Le Journal de Montreal - Weekend - - TOURISME - Isa­belle La­flamme

Après la ré­vo­lu­tion cultu­relle chi­noise des an­nées 1960, Hong Kong a conser­vé une foule de tra­di­tions in­ter­dites en Chine com­mu­niste. Long­temps co­lo­nie bri­tan­nique, Hong Kong est de re­tour dans le gi­ron chi­nois de­puis 1997 et jouit d’un sta­tut par­ti­cu­lier.

Je suis ar­ri­vée à Hong Kong au le­ver du jour. De­puis l’aé­ro­port, la route s’en­gage pen­dant un bon mo­ment à tra­vers des mon­tagnes luxu­riantes, presque in­ha­bi­tées, avant que n’ap­pa­raissent les pre­miers im­meubles iso­lés, gi­gan­tesques et dé­pliés comme des ac­cor­déons de verre et de bé­ton.

Des fleurs roses et jaunes échap­pées s’ac­crochent aux clô­tures. Tout semble calme. Il n’y a pas de pan­neaux pu­bli­ci­taires, ou si peu, en tout pe­tit for­mat. 40 % de la su­per­fi­cie de Hong Kong est com­po­sée d’es­paces verts.

À l’ap­proche de la ville, les construc­tions en­va­hissent l’ho­ri­zon. Mul­ti­pliés en hau­teur et en lar­geur, les pre­miers gratte-ciel, longs et fins, trans­percent les nuages. La ville s’éveille. Je suis à Kow­loon, l’une des par­ties de cette an­cienne co­lo­nie bri­tan­nique.

Hong Kong est un ter­ri­toire for­mé par 234 îles si­tuées au sud du tro­pique du Can­cer, dans l’es­tuaire de la ri­vière des Perles et tout contre la pro­vince de Guang­dong.

Hong Kong si­gni­fie lit­té­ra­le­ment en man­da­rin « port par­fu­mé ». La langue par­lée est le can­to­nais, mais l’an­glais est fa­mi­lier à presque tous. De tous les points de vue ap­pa­raissent des mon­tagnes es­car­pées et des îles qui s’ef­facent en des bleus gris.

Fu­ni­cu­laire, tram­way, au­to­bus, taxis, mé­tro, trains, fer­ry-boat... Sou­vent, dans la même jour­née, on prend plu­sieurs de ces moyens de trans­port.

Un tour ar­chi­tec­tu­ral au centre de Hong Kong per­met d’ap­pré­cier, de com­prendre et de s’y re­trou­ver dans tous ces gratte-ciel, mais aus­si dans la phi­lo­so­phie chi­noise. Des guides culti­vés et com­pé­tents per­mettent d’avoir une meilleure idée de la fu­sion de concepts orien­taux et oc­ci­den­taux. Se fa­mi­lia­ri­ser avec les concepts qui ré­gissent la construc­tion dans cette par­tie du monde fait une grande dif­fé­rence.

TRA­DI­TIONS

Tout au long de l’an­née se dé­roulent des fes­ti­vals hauts en cou­leur. Hong Kong té­moigne de son at­ta­che­ment aux cou­tumes. Les plus jeunes, nom­breux, et les plus âgés y par­ti­cipent. Des pa­rades met­tant en ve­dette des lions et des dra­gons se dé­roulent en pleine rue. Et, dans les îles, on cé­lèbre la fête des « Pe­tits pains de Cheung Chau » le 6e jour de la 4e lune, au mois de mai.

Pour ceux et celles qui aiment les ex­pé­riences hors du com­mun, il faut es­sayer les res­tau­rants tra­di­tion­nels sur l’eau. Très po­pu­laires entre les an­nées 1960 et 1980, avant d’être in­ter­dits, ils font un re­tour avec suc­cès de­puis quelques mois.

Pour y ac­cé­der, on doit se rendre à un point ap­pe­lé Cau­se­way Bay Ty­phoon Shel­ter, où une dame vient nous cher­cher en sam­pan. À l’aide d’une

perche, elle di­rige sa pe­tite em­bar­ca­tion vers un autre groupe de ba­teaux, dont le plus im­por­tant ac­cueille le chef et son équipe de cui­si­niers. L’at­mo­sphère est agréable. Les ba­teaux tanguent sur l’eau et sont at­ta­chés l’un à l’autre. On y mange des fruits de mer dé­li­cieux, mais aus­si du pou­let, du boeuf et des lé­gumes dans un dé­cor simple aux tables agré­men­tées de nappes en plas­tique.

Dans un style com­plè­te­ment dif­fé­rent, le Bo In­no­va­tion, un res­tau­rant flam­boyant et mo­derne, qui af­fiche deux étoiles au Mi­che­lin, offre de la cui­sine mo­lé­cu­laire. Der­rière un comp­toir, on as­siste à un vé­ri­table spec­tacle, sui­vi d’une ex­pé­rience gas­tro­no­mique fas­ci­nante où chaque plat est unique. Le maître des lieux, Al­vin Leung Jr. qui est une ve­dette à Hong Kong, sur­veille tous les plats qui pas- sent et s’as­sure qu’ils soient par­faits. L’at­mo­sphère y est élec­tri­sante et ré­so­lu­ment mo­derne.

LU­MIÈRE

Chaque soir à la tom­bée du jour, la ville pro­pose un spec­tacle ma­jes­tueux de son et lu­mière. Des fais­ceaux lu­mi­neux se dis­putent l’es­pace sur l’eau et sur les gratte-ciel. Le Cen­tral Pier nº 9 est un bon en­droit pour ad­mi­rer le spec­tacle. Plu­sieurs res­tau­rants mo­dernes en haut des tours per­mettent aus­si d’as­sis­ter à ce bal­let de lu­mière tout en dî­nant.

Cer­taines rues re­gorgent d’étals ex­té­rieurs. L’es­pace étant rare, tout est ran­gé avec mi­nu­tie. Mal­gré l’étroi­tesse des pas­sages, les gens dé­am­bulent en toute sé­cu­ri­té et sans bous­cu­lade. C’est dif­fé­rent des mar­chés du Proche-orient ou même de cer­taines rues de Rome. À Hong Kong, il y a beau­coup de ci­visme.

La nuit, les rues sont co­lo­rées de néons et d’en­seignes lu­mi­neuses en­tre­la­cées les unes sur les autres. À plu­sieurs en­droits, tout l’es­pace entre les gratte-ciel est to­ta­le­ment oc­cu­pé par ces cal­li­gra­phies fluides et co­lo­rées. On est ébloui de lu­mière sur les ar­tères des quar­tiers chics. Comme un jour ar­ti­fi­ciel en pleine nuit.

Sur Can­ton Road, dans le quar­tier Tsim Sha Tsui, à Kow­loon, on fait la file pour en­trer chez Louis Vuit­ton, la suc­cur­sale « qui vend le plus dans le monde ». À Hong Kong, il y a plus de bou­tiques Cha­nel que dans toute la France.

Le contraste entre les mar­chés tra­di­tion­nels et les mul­tiples centres com­mer­ciaux de luxe im­pres­sionne. On trouve en­core dans chaque quar­tier des ma­ga­sins qui vendent des herbes mé­di­ci­nales an­ciennes dans des pots en verre. Des mo­ments ma­giques ponc­tuent un sé­jour dans ce riche uni­vers ur­bain. C’est ain­si qu’au dé­tour d’une ruelle on se re­trouve dans le fa­meux mar­ché aux oi­seaux. Quand on y ar­rive au ma­tin, l’at­mo­sphère est lu­mi­neuse et égayée par les chants des oi­seaux. Les ven­deurs y ap­portent de ma­gni­fiques cages brunes ou noires en bois, où l’on dé­couvre de jo­lis vo­la­tiles. Les cages sont ac­cro­chées aux branches des arbres qui, en cette jour­née de prin­temps, portent de nom­breuses fleurs. Ce sont sur­tout des hommes qui achètent les oi­seaux. At­ten­ti­ve­ment, ils en choi­sissent quelques-uns, les ex­posent à la lu­mière et les ob­servent lon­gue­ment. Cer­tains les sortent des cages et les nour­rissent de sau­te­relles. À Hong Kong, les tra­di­tions se per­pé­tuent mal­gré la mo­der­ni­té étour­dis­sante de la ville.

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1. Oasis de paix et de ver­dure, le jar­din Nan Lian se trouve dans Kow­loon. 2. En un geste de pu­ri­fi­ca­tion, on verse de l’eau sur cette sta­tuette de Boud­dha. 3. Au mar­ché aux oi­seaux, on peut ob­ser­ver de jo­lies cages à la chi­noise. 4. Les en­fants sont nom­breux à par­ti­ci­per aux fes­ti­vals tra­di­tion­nels. 5. Hong Kong pro­pose des moyens de trans­port va­riés, comme ces tram­ways à deux étages. PHO­TOS AGENCE QMI, ISA­BELLE LA­FLAMME

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