« J’AI L’IM­PRES­SION DE RE­VE­NIR À LA MAI­SON »

C’est dans son lo­cal de pra­tique du centre-sud que Mi­chel Ri­vard nous donne ren­dez-vous. Un pe­tit stu­dio si­tué dans un im­meuble de la rue Ah­merst ap­par­te­nant à la Coop sym­pho­nique, un or­ga­nisme re­grou­pant une soixan­taine de membres mu­si­ciens, dont Marc Dé

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Marc-an­dré Le­mieux

Alors qu’un pia­no, une console, un mi­cro et beau­coup de fi­lage oc­cupent le centre de l’es­pace, plu­sieurs gui­tares longent le mur du fond. On re­marque aus­si un vieux ma­gné­to­phone, quelques am­plis dé­bran­chés et un cadre sou­li­gnant la vente de 40 000 exem­plaires de l’al­bum Douze hommes ra­paillés, vo­lume 1.

Mi­chel Ri­vard se ré­ap­pro­prie len­te­ment mais sû­re­ment les lieux ces temps-ci. Son ob­jec­tif : pondre un nou­vel opus, son pre­mier de­puis Confiance en 2006. Après avoir si­gné l’opé­ra folk Les filles de Ca­leb (36 chan­sons, pa­roles et mu­siques), l’au­teur-com­po­si­teur crai­gnait man­quer d’ins­pi­ra­tion pour en­ta­mer l’écri­ture d’un disque, mais au contraire. Il re­gorge d’idées.

« Je pen­sais que je se­rais à sec, mais pas du tout, ré­vèle-t-il en en­tre­vue. Grâce aux Filles de Ca­leb, je suis sor­ti de ma bulle et j’ai re­mis la ma­chine en branle. Je jouais de la gui­tare chaque jour. Ça m’a gar­dé en forme. »

Mi­chel Ri­vard connaît bien l’an­goisse de la page blanche. En plus de mi­ner sa créa­ti­vi­té, cette peur ma­la­dive sème le doute dans son es­prit. « Quand ça m’ar­rive, c’est comme si une pe­tite voix me di­sait : “Tu n’as rien fait de bon.” C’est le syn­drome de la page blanche dou­blé du syn­drome de l’im­pos­teur !, s’ex­clame-til. C’est quelque chose que j’ai ap­pris à ap­pri­voi­ser avec le temps. Mes proches sont ha­bi­tués. »

Mi­chel Ri­vard a dé­ve­lop­pé quelques trucs pour sur­mon­ter cette an­goisse au fil des an­nées. « Quand ça ne dé­bloque pas, je me dis : “Ar­rête de te battre et va donc mar­cher ! Va faire du vé­lo, na­ger, pein­tu­rer un mur, faire à man­ger…” Il faut que je dé­croche. Et ça fi­nit tou­jours par re­ve­nir. »

Et quand la si­tua­tion est déses­pé­rée, Mi­chel Ri­vard se donne un coup de pied au der­rière et s’oblige à écrire un texte. « Ça peut être n’im­porte quoi, ex­pli­quet-il. Ça peut traî­ner dans un ti­roir pen­dant des mois… Mais ça peut aus­si dé­clen­cher quelque chose de spécial au mo­ment où on s’y at­tend le moins. »

« AC­TI­VI­TÉS PA­RA­SCO­LAIRES »

Bien qu’il ait pas­sé l’hi­ver loin de son lo­cal de ré­pé­ti­tion, Mi­chel Ri­vard n’a pas chô­mé de­puis la fin de 2011. En plus de tour­ner dans 30 vies, il fai­sait par­tie du corps pro­fes­so­ral de Star Aca­dé­mie, deux pro­jets d’en­ver­gure qu’il qua­li­fie d’ac­ti­vi­tés « pa­ra­sco­laires ».

Dans la quo­ti­dienne de Fabienne La­rouche, Ri­vard cam­pait le père du per­son­nage in­ter­pré­té par Guillaume Lemay-thi­vierge.

« Jouer dans 30 vies, c’est très exi­geant. Ça va très vite. On fait des jour­nées de fou ! On rush énor­mé­ment. On ap­prend beau­coup de textes en très peu de temps. Je n’avais pas vrai­ment le temps de pen­ser à autre chose sur le pla­teau. C’était loin d’être des va­cances au bord de la mer. »

Quant à son rôle de professeur de créa­tion ar­tis­tique au ma­noir de Fre­lighs­burg, Mi­chel Ri­vard dit que l’ex­pé­rience l’a beau­coup nour­ri. « Chaque se­maine, j’étais con­fron­té à de jeunes au­teurs­com­po­si­teurs. Ça m’a fait ré­flé­chir… »

Ces jours-ci, Mi­chel Ri­vard semble heu­reux de re­trou­ver son cha­peau de chan­son­nier. « Ce que j’aime le plus faire, c’est écrire des chan­sons… même si c’est par­fois dif­fi­cile, ad­met-il. Se re­nou­ve­ler, ce n’est pas tou­jours évident. »

« Là, je re­com­mence mon beat nor­mal. Quand je peux, je viens faire du 9 à 5… Je ne suis pas un gars de nuit. Je pré­fère écrire le jour. »

NOU­VEAU SPEC­TACLE

Mi­chel Ri­vard a ré­cem­ment re­pris la route. Ac­com­pa­gné de ses fi­dèles aco­lytes Rick Ha­worth (gui­tare), Ma­rio Lé­ga­ré (basse) et Syl­vain Cla­vette (bat­te­rie), le chan­teur de 60 ans pro­pose un spec­tacle in­ti­miste, un trip mu­si­cal sans artifices comp­tant deux par­ties : une pre­mière pla­cée sous le signe de la dé­cou­verte (des re­lec­tures de chan­sons qu’il a com­po­sées pour Éric La­pointe et Maxime Lan­dry, des ex­traits des Filles de Ca­leb, des mor­ceaux in­édits) et une se­conde truf­fée de hits.

« Après l’en­tracte, on branche les gui­tares et on se pro­mène par­tout : de Beau Dom­mage à au­jourd’hui », an­nonce-t-il.

« Après les ga­las à grand dé­ploie­ment de Star Aca­dé­mie, je suis content de re­nouer avec mon uni­vers. J’ai l’im­pres­sion de re­ve­nir à la mai­son. Je me paye la traite avec du monde que je connais de­puis très long­temps », dit-il en sou­riant.

EN FA­MILLE

Sur les planches, Mi­chel Ri­vard se­ra aus­si en­tou­ré de sa fille, Adèle Trot­tierRi­vard, la­quelle as­su­re­ra les choeurs avec La­na Car­bon­neau. Il ne s’agit pas de la pre­mière col­la­bo­ra­tion entre les deux ar­tistes. En 2010, le chan­teur avait re­cou­ru aux ser­vices de la jeune femme du­rant l’en­re­gis­tre­ment des ma­quettes de l’al­bum des Filles de Ca­leb.

« Je me sens très pri­vi­lé­gié qu’elle ait ac­cep­té de nous ac­com­pa­gner du­rant cette sé­rie de concerts, dit Mi­chel Ri­vard. Elle est très oc­cu­pée avec ses propres trucs. Elle fait d’ailleurs par­tie du pro­jet so­lo de Louis-jean Cor­mier. » Mi­chel Ri­vard en spec­tacle à l’as­tral les 10 et 11 mai. Au Théâtre Gra­na­da à Sher­brooke le 26 mai.

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