HAR­PER ET LES ÉTU­DIANTS

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND -

Pen­dant quatre ans, à rai­son d’une fois toutes les deux se­maines, Yann Mar­tel a envoyé un ro­man im­por­tant de la lit­té­ra­ture au pre­mier mi­nistre du Ca­na­da, Ste­phen Har­per. Cha­cune de ses mis­sives était ac­com­pa­gnée d’une lettre de trois ou quatre pages dans la­quelle l’au­teur pré­sen­tait le ro­man qu’il ve­nait d’en­voyer.

Au bout de 101 lettres, Yann Mar­tel a dé­ci­dé d’ar­rê­ter sa ma­noeuvre à sens unique. De­puis le dé­but, il n’avait re­çu que sept ac­cu­sés de ré­cep­tion du ca­bi­net du mi­nistre, sans au­cun mes­sage per­son­nel de M. Har­per. Heu­reu­se­ment, les 101 lettres ne sont pas per­dues puis­qu’elles se re­trouvent dans le re­cueil, Mais que lit Ste­phen Har­per?.

« UN PO­LI­TI­CIEN LA­MEN­TABLE »

« C’est un po­li­ti­cien la­men­table, qui s’adresse à nous à notre plus bas ni­veau, dit l’au­teur. Pour lui, être chef d’état si­gni­fie vendre du pé­trole aux Chi­nois. C’est tout. Heu­reu­se­ment, mon livre va res­ter pen­dant des an­nées, bien long­temps après que Ste­phen Har­per se­ra par­ti. Ce que j’ai ado­ré, c’est que le livre va sor­tir en Chine ! Son igno­rance est un de nos am­bas­sa­deurs. »

Avec cette dé­marche lit­té­raire, Yann Mar­tel es­pé­rait en­ta­mer un dia­logue avec le po­li­ti­cien. « Est-ce que c’est ac­cep­table que notre lea­der po­li­tique n’ait rien lu de­puis le dé­but de la ving­taine ? Voit-il la lit­té­ra­ture comme un simple divertissement ? »

« Je ne sais pas si Jean Ch­ré­tien et Paul Mar­tin étaient de grands lec­teurs, mais même s’ils ne li­saient pas, ils étaient conscients de l’im­por­tance de la lec­ture et de la culture. »

LA MO­BI­LI­SA­TION ÉTU­DIANTE

En par­lant po­li­tique, on se per­met de de­man­der à Yann Mar­tel ce qu’il pense de la mo­bi­li­sa­tion étu­diante qué­bé­coise sur la hausse des frais de sco­la­ri­té. « Quand j’étais étu­diant, je me rap­pelle clai­re­ment qu’au­cun jeune n’était ac­ca­blé par une dette étu­diante énorme qui les stres­sait. Au­jourd’hui, je suis éton­né de voir des étu­diants de 18, 19 ou 20 ans avec des dettes de 10000 $, 15000 $ ou même 20000 $. C’est aber­rant. Même pour un conser­va­teur im­bé­cile, ça n’a au­cun sens. Quel­qu’un d’en­det­té comme ça au dé­but de la ving­taine ne peut pas par­ti­ci­per à l’éco­no­mie, il ne peut pas s’ache­ter une mai­son ou une voi­ture. Il y a toute une gé­né­ra­tion qui ne par­ti­cipe pas à l’éco­no­mie parce qu’ils sont écra­sés par une dette. »

UNE ER­REUR MA­JEURE

« En sa­chant qu’ils vont fi­nir leurs études avec des dettes, cer­tains jeunes choi­sissent d’al­ler étu­dier dans quelque chose qui va don­ner un gros em­ploi. Mais ce mode de pen­sée uti­li­taire ne mène à rien. Ce qu’on doit faire, c’est de for­mer des ci­toyens qui ont une ca­pa­ci­té d’être cri­tiques, de ré­flé­chir et de s’adap­ter. Pour ça, il faut pou­voir étu­dier ce qu’on veut, que ce soit la phi­lo­so­phie, la so­cio­lo­gie ou la lit­té­ra­ture sué­doise. Il faut for­mer des ci­toyens, pas des ro­bots qui vont tra­vailler dans une usine. »

« La dette étu­diante est une er­reur ma­jeure qui va han­di­ca­per toute une gé­né­ra­tion de Ca­na­diens et de Qué­bé­cois. Je trouve ça éton­nant à quel point le gou­ver­ne­ment pense que les étu­diants sont l’en­ne­mi au lieu de pen­ser que c’est le futur. »

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