Chan­ter à deux

Les duos. Plu­sieurs ar­tistes s’y sont frot­tés. Cer­tains d’entre eux s’y sont pi­qués. Mo­ments de grâce, amères dé­cep­tions, belles sur­prises… En ce qui concerne les col­la­bo­ra­tions entre étoiles de la chan­son, les ré­sul­tats cor­res­pondent ra­re­ment aux pré­vi­si

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - MARC-ANDRE.LE­MIEUX@QUE­BE­COR­ME­DIA.COM Marc-an­dré Le­mieux

Re­bec­ca Ma­kon­nen en connaît un rayon sur les col­la­bo­ra­tions. Pen­dant cinq ans, elle a te­nu la barre de Stu­dio 12, ce dé­funt ren­dez-vous mu­si­cal heb­do­ma­daire ra­dio-ca­na­dien qui pro­po­sait des ren­contres in­édites entre ar­tistes. Se­lon elle, les meilleurs duos sont ceux où les pro­ta­go­nistes par­tagent « un réel dé­sir d’al­ler au-de­là de la chan­son et une vo­lon­té de créer quelque chose de nou­veau ».

« C’est l’fun quand ce n’est pas juste du dé­cou­page : “Moi, je fais le pre­mier cou­plet. Toi, tu fais le deuxième… pis on fait le re­frain en­semble.” La chi­mie entre deux per­sonnes, on ne peut pas la fa­bri­quer. Il faut qu’il y ait une étin­celle. »

Au fil du temps, l’ani­ma­trice a re­mar­qué que la ma­gie opé­rait lorsque les par­ti­ci­pants vouaient une grande ad­mi­ra­tion à leurs oeuvres res­pec­tives.

« Quand les gens sont fans l’un de l’autre, ça aide énor­mé­ment », sou­ligne-t-elle en se re­mé­mo­rant le jour où Da­niel Bou­cher et Ga­ti­neau avaient fou­lé le pla­teau de son émis­sion pour concoc­ter une version mé­ta­mor­pho­sée du Vent souf­flait mes pel­li­cules.

« Il s’était pas­sé quelque chose, se rap­pelle-t-elle. On le voyait dans la face de Da­niel Bou­cher : il avait trop de plai­sir. »

1+1=2 ?

La no­to­rié­té des par­ti­ci­pants n’est pas for­cé­ment gage de réus­site, sou­ligne Mike Gau­thier, ani­ma­teur à Mu­si­max et Rythme FM. Par­mi les pé­tards mouillés les plus cé­lèbres de l’his­toire, si­gna­lons The Girl is Mine, de Paul Mccart­ney et Mi­chael Jack­son. Pre­mier ex­trait ra­dio de Thril­ler, le titre a re­çu un ac­cueil plu­tôt froid du pu­blic en 1982.

« Ils ont failli tuer l’al­bum avant même sa sor­tie ! » lance Mike Gau­thier, qui ne s’ex­plique tou­jours pas pour­quoi les bonzes d’epic Re­cords avaient pré­fé­ré son­ner la charge avec cette bal­lade in­si­pide au lieu de mi-

Mike Gau­thier

Re­bec­ca Ma­kon­nen ser sur Billie Jean, Wan­na Be Star­tin’ So­me­thin’ ou Beat it. Autre preuve que la ren­contre de deux ar­tistes au zé­nith ne fait pas tou­jours des étin­celles : Love Song, de Ma­don­na et Prince. Ti­ré du disque Like A Prayer (1989), ce cu­rieux ef­fort n’ap­pa­raî­tra ja­mais sur une com­pi­la­tion des meilleures chan­sons de la blonde am­bi­tieuse. « On ne sait ja­mais à quoi s’at­tendre quand deux grands ar­tistes unissent leurs voix, sou­ligne Ni­co­las Tit­ley, jour­na­liste à Mu­si­que­plus et chro­ni­queur à la Pre­mière Chaîne à Ra­dio-ca­na­da. La réunion de deux ta­lents donne ra­re­ment les ré­sul­tats es­comp­tés. Au lieu de s’ad­di­tion­ner, on di­rait sou­vent qu’ils s’an­nulent! »

Heu­reu­se­ment, on dé­tecte quelques ex­cep­tions à cette règle, à com­men­cer par Un­der Pres­sure, si­gnée Da­vid Bo­wie et Queen. Sor­ti en 1981, ce mor­ceau fi­gure sur l’al­bum Hot Space du groupe bri­tan­nique.

« On se re­trouve avec quelque chose que ni l’un ni l’autre n’au­rait pu faire seul, note Ni­co­las Tit­tley. Les ar­tistes doivent res­ter au ser­vice de la chan­son. On ne doit pas sen­tir que cha­cun d’eux tente de ti­rer la cou­ver­ture de son cô­té. Il doit y avoir com­mu­nion. »

LES CONTRAIRES S’ATTIRENT

Ni­co­las Tit­ley

Duo rime par­fois avec au­dace. En creu­sant un peu, on dé­niche quelques exemples de col­la­bo­ra­tions éton­nantes. Des ma­riages sin­gu­liers qui – contre toute at­tente – ont don­né nais­sance à quelque chose d’ex­tra­or­di­naire. On n’a qu’à pen­ser à Jean-pierre Fer­land et Gi­nette Re­no et leur cé­lèbre T’est mon amour… t’es ma maî­tresse. Rares sont ceux qui avaient pré­dit le suc­cès d’une telle as­so­cia­tion. De leur cô­té, Ky­lie Mi­nogue et Nick Cave en ont sur­pris plus d’un en 1996 avec Where the Wild Roses Grow. Un duo entre un dieu du rock go­thique et une pop star aus­tra­lienne? Vrai­ment?

« Sur pa­pier, ça n’avait au­cun sens, mais en pra­tique, ça nous a fait voir Ky­lie Mi­nogue sous un nou­veau jour », ex­plique Ni­co­las Tit­tley.

Alain La­bon­té es­père sans doute ré­pé­ter l’ex­ploit avec son nou­veau pro­jet, Les duos

im­pro­bables. At­ten­du dans les bacs mar­di, cet al­bum réunit, le temps de 12 chan­sons, des in­ter­prètes dont les che­mins ne se se­raient pro­ba­ble­ment ja­mais croisés, à com­men­cer par Ariane Mof­fatt et Mi­chel Lou­vain. En­semble, ils pous­se­ront la note sur

J’ai ta main de Charles Trenet. « On n’avait pas le goût de réunir Gi­nette Re­no et Marc Her­vieux. Il n’y a rien d’im­pro­bable là-de­dans, ra­conte La­bon­té. Des fois, un ar­tiste me di­sait : “J’aimerais bien chan­ter avec un­tel…” Et je lui ré­pon­dais : “Non, parce que je t’ima­gine très bien chan­ter avec !” Il fal­lait que ça nous sur­prenne. »

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.