Est-ce que les mé­dias en ont trop fait ?

Le Journal de Montreal - Weekend - - TÉLÉVISION -

Il n’y a pas si long­temps, ja­mais on n’au­rait po­sé cette ques­tion. Main­te­nant, on se la pose chaque fois qu’une crise per­dure. On se pose aus­si des ques­tions quand des per­sonnes in­con­nues jusque-là de­viennent su­bi­te­ment de vé­ri­tables ve­dettes. Comme les lea­ders étu­diants, par exemple. En­fin, phé­no­mène tout à fait nou­veau : les mé­dias so­ciaux que les « en­fants de la ré­vo­lu­tion nu­mé­rique » maî­trisent bien mieux que nous et beau­coup mieux que… l’or­tho­graphe !

Le dic­ton veut qu’une nou­velle en chasse une autre, mais quand « l’autre nou­velle » se fait at­tendre, la pre­mière fi­nit par prendre des pro­por­tions dé­me­su­rées. Le dic­ton est moins vrai de­puis l’avè­ne­ment des mé­dias so­ciaux, qui peuvent non seule­ment gar­der une nou­velle vi­vante très long­temps, mais la res­sus­ci­ter s’il le faut.

DES ARMES NOU­VELLES

Il y au­rait beau­coup de le­çons à ti­rer du long boy­cott de leurs cours par les étu­diants, mais je vais lais­ser à d’autres le soin d’en faire une sa­vante ana­lyse so­ciale et po­li­tique. Je me conten­te­rais d’exa­mi­ner le rôle qu’y ont joué les nou­veaux mé­dias. Quant aux jour­naux, à la ra­dio ou à la té­lé­vi­sion, en ont-ils trop fait aus­si ? Pos­sible, mais la concur­rence que leur op­posent dé­sor­mais les mé­dias so­ciaux est de­ve­nue si vive qu’elle ex­cuse presque tous leurs ex­cès.

Fa­ce­book, Twit­ter et les SMS sont dé­sor­mais les prin­ci­paux moyens d’or­ga­ni­ser des ma­ni­fes­ta­tions spon­ta­nées. Ils per­mettent même aux ma­ni­fes­tants de suivre des par­cours de der­nière mi­nute, dé­jouant ha­bi­le­ment les in­ter­ven­tions po­li­cières. Il y a plus d’un an, on avait uti­li­sé les mêmes moyens dans les pays arabes, si bien qu’il n’a fal­lu que peu de temps avant que nos étu­diants as­si­milent leurs ma­ni­fes­ta­tions aux émeutes de Tu­nis ou du Caire. Dieu sait qu’il y a une énorme marge entre une aug­men­ta­tion des frais de sco­la­ri­té, si dou­lou­reuse soi­telle, et la chute de dic­ta­tures sans pi­tié qui op­priment le peuple de­puis des dé­cen­nies.

LE PRIN­TEMPS À TOUTES LES SAUCES

Au diable les exa­gé­ra­tions, le « prin­temps arabe » est de­ve­nu « le prin­temps qué­bé­cois ». L’en­flure des mé­dias so­ciaux a été telle que quelques-uns ont même par­lé de « prin­temps de Prague » ! La plu­part des étu­diants qui ont fou­lé nos rues ignorent pro­ba­ble­ment tout de cette ré­volte sur­ve­nue en 1968. Les pa­rents de nos jeunes « gré­vistes » n’étaient même pas en­core au monde quand les Pra­guois ont vou­lu se­couer le joug so­vié­tique !

Si Fa­ce­book et Twit­ter consti­tuent de mer­veilleux al­liés pour des ma­ni­fes­tants, les mé­dias so­ciaux ne sont pas les meilleurs ou­tils pour in­ter­na­tio­na­li­ser une cause. Vue de près, Mon­tréal sem­blait aux prises avec une confla­gra­tion, Ga­ti­neau, Sher­brooke et Qué­bec avec des feux de paille et quelques autres villes avec des étin­celles. Ailleurs que dans ces villes, c’est à peine si on sen­tait un peu de fu­mée. À Gran­by, par exemple, les sac­cages de Mon­tréal ont en­traî­né des haus­se­ments d’épaules et beau­coup de ré­pro­ba­tion à l’égard des lea­ders étu­diants. Pour le reste, c’était « bu­si­ness as usual »!

ON A LA MO­DES­TIE QU’ON PEUT

Si j’ex­cepte le Globe & Mail, qui se targue d’être un quo­ti­dien « na­tio­nal », la plu­part des jour­naux du Ca­na­da ont été as­sez dis­crets sur les ma­ni­fes­ta­tions de nos étu­diants. Pour la té­lé­vi­sion du reste du pays, les ma­nifs ne consti­tuaient qu’un autre fait di­vers. En France, les quo­ti­diens ont trai­té l’af­faire as­sez dis­crè­te­ment et la plu­part des Fran­çais connais­sant la si­tua­tion par­laient de la « grogne étu­diante » et sem­blaient leur don­ner rai­son d’em­blée. Après tout, les étu­diants ne peuvent avoir tort !

Iro­ni­que­ment, les ma­nifs ont per­mis au monde en­tier de consta­ter à quel point nos étu­diants ont grand be­soin de cours d’or­tho­graphe. Ce sont les pho­tos de pan­cartes bour­rées de fautes qui ont sur­tout re­te­nu l’at­ten­tion des jour­naux. Fran­çais et autres fran­co­phones d’eu­rope ont donc ap­pris que si les frais de sco­la­ri­té sont mo­destes au Qué­bec, les ré­sul­tats sco­laires de nos étu­diants en langue française le sont aus­si!

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