SAINT-ÉMI­LION, UN JOYAU À DÉ­COU­VRIR

« Un joyau de pierre dans un écrin de vignes ». Ain­si dé­crit-on la ci­té mé­dié­vale de Saint-émi­lion, vil­lage digne d’un conte de fées où il fait bon se perdre à tout le moins quelques heures ou mieux, quelques jours. - Ka­rine Ga­gnon

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES -

Le train re­par­ti, nous voi­là seuls au mi­lieu de nulle part, à tra­vers champs et vi­gnobles à perte de vue. D’ins­tinct, on com­prend qu’il faille mon­ter sur la route, puis on com­prend au dé­tour qu’on a vi­sé juste.

Inon­dé de ce même so­leil co­lo­rant les rai­sins qui au fil des ans se chan­ge­ront en vin, le vil­lage ap­pa­raît au loin, ju­ché sur sa col­line. Les rem­parts l’en­ve­loppent, dé­li­mi­tant les rangs de vignes sans fin de cette en­fi­lade de mo­nu­ments de pierre cal­caire qui le com­posent.

À l’en­trée, comme si elles at­ten­daient les tou­ristes, deux vieilles dames dis­cutent. L’une pen­chée à l’étage, ac­cou­dée sur sa fe­nêtre en­ca­drée de vo­lets, l’autre en bas. On dit que peu de gens ha­bitent en per­ma­nence le vil­lage de Saint-émi­lion. La plu­part des gens y tra­vaillent, mais vivent aux en­vi­rons, dans l’une des huit com­munes for­mant l’an­cienne ju­ri­dic­tion de Saint-émi­lion.

Les pe­tits bis­tros s’en­chaînent, cô­toyant les bou­tiques où les mar­chands de vin offrent les pro­duits is­sus du pre­mier vi­gnoble ins­crit au patrimoine mon­dial de L’UNESCO. On croise l’un des la­voirs, bas­sins pu­blics construits au 19e siècle, égayé de fleurs et de cé­ra­miques co­lo­rées.

Puis on grimpe sur le che­min de tertre, terme spé­ci­fique à Saint-émi­lion, qui dé­signe les ruelles pié­ton­nières au pa­vage de pierre ca­ho­teux. On abou­tit à la place du Clo­cher, d’où l’on peut sa­vou­rer une vue im­pre­nable sur le vil­lage en contre­bas.

Sous ce ma­gni­fique clo­cher se trouve, sans qu’on puisse le soup­çon­ner, la plus vaste église mo­no­lithe d’eu­rope, dont la construc­tion s’est amor­cée au 12e siècle. On y voit en­core au­jourd’hui les traces d’un au­tel et de pein­tures qui furent sa­cri­fiés pen­dant la Ré­vo­lu­tion française.

Des os­se­ments de per­sonnes qui y furent en­ter­rées sont vi­sibles, tout comme un sys­tème de ca­na­li­sa­tion sou­ter- rain construit il y a plu­sieurs cen­taines d’an­nées et qui fut ré­ha­bi­li­té.

Mal­heu­reu­se­ment, les pi­liers de l’église sont au­jourd’hui en­ser­rés dans des car­cans d’acier. Des fis­sures sur les pa­rois ont ré­vé­lé des fai­blesses sur la struc­ture, qui me­na­çait de s’ef­fon­drer. C’est le seul moyen qu’on a trou­vé pour l’en pré­ser­ver.

MYS­TÉ­RIEUX SOU­TER­RAINS

Les ha­bi­tants se sont en fait aper­çus, au 19e siècle, qu’il fal­lait ces­ser toute ex­ca­va­tion de pierre cal­caire. À dé­faut de quoi la place du clo­cher et une bonne par­tie du vil­lage au­raient pu s’ef­fon­drer.

Saint-émi­lion a en fait vu le jour sous terre, au 8e siècle, lors­qu’un moine bre­ton du nom d’émi­lion choi­sit comme lieu de re­traite ce qu’il bap­ti­sa « As­cum­bas ».

Le moine lé­gen­daire s’ins­tal­la dans une grotte fort in­tri­gante qu’on peut vi­si­ter. L’eau qui s’y trouve au­rait per­mis

PLACE DU CLO­CHER

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