Sienne : la fier­té a une ville

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES -

Ci­té éri­gée en ré­pu­blique in­dé­pen­dante dès le 12e siècle, Sienne connut une très grande pros­pé­ri­té aux 13e et 14e siècles, grâce au com­merce qu’elle en­tre­te­nait avec toute l’eu­rope. Ville de pas­sage, la ci­té-état avait aus­si dé­ve­lop­pé les banques, in­dis­pen­sables pour conver­tir les dif­fé­rentes mon­naies que dé­te­naient les mar­chands.

Les an­ciens pa­lais, les uns pri­vés ayant ap­par­te­nu aux riches fa­milles de ban­quiers, les autres pu­blics qui ser­vaient de sièges aux ins­tances de gou­ver­ne­ment, ain­si que les mo­nu­ments re­li­gieux té­moignent à tra­vers toute la ville de la puis­sance éco­no­mique et re­li­gieuse pas­sée de Sienne.

LA FORCE DES QUAR­TIERS

Dès le Moyen Âge, la ville fut or­ga­ni­sée en contrades, soit des quar­tiers dé­li­mi­tés au­tour d’une pa­roisse, di­ri­gés par un ca­pi­ta­no in­ves­ti lo­ca­le­ment de dif­fé­rents pou­voirs. Ja­dis, on comp­tait 59 contrades dont 17 sub­sistent en­core.

Il s’agit à présent d’as­so­cia­tions à vo­ca­tion cultu­relle qui cris­tal­li- sent l’ap­par­te­nance au quar­tier où on est né. Cha­cune est iden­ti­fiée par un em­blème, hé­ri­té des ori­gines il y a 9 siècles, sym­bo­li­sant une ver­tu. On trouve ain­si : la louve, le porc-épic, l’oie, le dra­gon, le bélier, la fo­rêt, etc. Des plaques émaillées ap­po­sées à l’angle des im­meubles dé­li­mitent les quar­tiers.

Chaque contrade dis­pose de sa mai­son où sont en­tre­po­sés dra­peaux et tro­phées, et où se tiennent les réunions ser­vant à pré­pa­rer les deux grandes jour­nées an­nuelles. La fier­té et le chau­vi­nisme des membres des dif­fé­rentes contrades at­teignent en ef­fet leur pa­roxysme le 2 juillet et le 16 août lors du fa­meux pa­lio, la grande course de che­vaux por­tant les cou­leurs des dif­fé­rents quar­tiers.

Ces jours-là, le piaz­za del cam­po, la grande place cen­trale de la ville, est conver­ti en champ de course. Le pu­blic est cir­cons­crit au centre de la piste, les plus nan­tis ayant ac­cès à des gra­dins ou en­core aux bal­cons des im­meubles qui ceignent la place.

L’af­fec­ta­tion des che­vaux aux dif­fé­rents quar­tiers est ti­rée

au sort à l’avance. Ils sont en­suite soi­gnés, bi­chon­nés, do­pés même, car tout est per­mis pour ga­gner. Les jo­ckeys sont des cham­pions em­bau­chés par les contrades pour por­ter leurs cou­leurs. Ce­lui qui rem­porte la vic­toire, tout comme son che­val, de­vient un hé­ros que l’on fête abon­dam­ment.

La course, très in­tense, consiste à faire trois fois le tour de la place et ne dure que quelques mi­nutes. In­utile de pré­ci­ser que les places sont fort dis­pu­tées pour ar­ri­ver à as­sis­ter en bonne place à ces épreuves an­nuelles tout à fait hors de l’or­di­naire.

LES TOURS DE SAN GIMIGNANO

Bâ­tie sur un pro­mon­toire, en­tou­rée d’une mu­raille, la pe­tite ci­té de San Gimignano a conser­vé l’al­lure qu’elle avait au Moyen Âge. Elle se dis­tingue par ses 15 tours. Au temps de l’apo­gée éco­no­mique de la ville, on en comp­tait 72, cer­taines culmi­nant à 50 mètres.

Les grandes fa­milles com­mer­çantes de San Gimignano étaient à l’époque al­liées à celles de Florence. La ville se spé­cia­li­sait dans la tein­ture des tis­sus en jaune à par­tir des pis­tils de sa­fran, la même sorte de cro­cus que l’on uti­lise à présent pour épi­cer et co­lo­rer cer­taines créa­tions cu­li­naires.

Le pres­tige des dif­fé­rentes fa­milles se me­su­rait alors à la hau­teur de leur tour qui ser­vait, éven­tuel­le­ment comme ou­vrage dé­fen­sif à l’ins­tar d’un don­jon, mais aus­si pour en­tre­po­ser les étoffes, à dé­faut d’es­pace suf­fi­sant à l’ho­ri­zon­tale sur la col­line où est édi­fiée la ville.

San Gimignano se si­tuait sur la Via Fran­ci­ge­na, la route me­nant du nord de l’eu­rope vers Rome pour les pè­le­rins mais éga­le­ment vers les ports d’em­bar­que­ment pour les Croi­sades. Elle consti­tuait donc une étape pro­pice au com­merce. La mo­di­fi­ca­tion de cet iti­né­rai- re contri­bua à un mo­ment don­né de l’his­toire à fi­ger la pe­tite ci­té dans son dé­ve­lop­pe­ment tant ma­té­riel que cultu­rel.

San Gimignano est clas­sée comme joyau du patrimoine cultu­rel de l’hu­ma­ni­té par L’UNESCO. De ce fait, les flux de tou­ristes qu’elle at­tire a trans­for­mé la pe­tite ci­té en mu­sée à ciel ou­vert et chaque pas-de-porte en lieu com­mer­cial.

Sur la place, un cré­mier s’af­fiche comme «le meilleur ar­ti­san de la ge­la­to au monde». Les bis­trots et les bou­tiques pro­posent les vins de l’ap­pel­la­tion Chian­ti, ter­roir où se si­tue San Gimignano, et en par­ti­cu­lier un gou­leyant vin blanc sec lo­cal is­su du cé­page ver­nac­cia.

1

2

5

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.