ALAIN LE­FÈVRE NOUS IN­VITE À LA­NAU­DIÈRE

Alain Le­fèvre, am­bas­sa­deur du Fes­ti­val de La­nau­dière, of­fri­ra le concert d’ou­ver­ture de cet évé­ne­ment an­nuel qui dé­bute le 13 juillet, un grand coup d’en­voi sur le­quel on mise beau­coup. De re­tour d’une tour­née de plu­sieurs villes d’Eu­rope et d’Asie, où il

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - AGNES. GAU­DET@ QUE­BE­COR­ME­DIA. COM Agnès Gau­det

FES­TI­VAL

Vous avez tou­jours en­tre­te­nu une belle his­toire d’amour avec le Fes­ti­val de La­nau­dière, pour­quoi?

C’est un fes­ti­val qui fait la pro­mo­tion de la musique clas­sique de ma­nière ex­trê­me­ment large. Les jeunes peuvent y as­sis­ter, avoir des billets gra­tuits. Je re­viens d’une tour­née en Asie et là-bas, 60% du pu­blic a moins de 30 ans, alors que chez nous, c’est à peine 4%. Ce fes­ti­val pré­sen­té à l’Am­phi­théâtre, dans la na­ture où on vient sim­ple­ment vê­tu, où les gens se sentent in­vi­tés, c’est mon coup de coeur.

On vous a confié l’ou­ver­ture du fes­ti­val. On mise beau­coup sur vous. On parle d’un «pia­niste fou­gueux, cha­ris­ma­tique et in­tense», qui in­ter­pré­te­ra le su­blime Con­cer­to en sol de Ra­vel, en com­pa­gnie de l’Or­chestre du Fes­ti­val, di­ri­gé par Jean-Ma­rie Zei­tou­ni. Est-ce que vous sen­tez la pres­sion?

Oui, la pres­sion est forte. Tout ça, ce sont de beaux com­pli­ments, mais je ne fais pas par­tie des gens qui ont cette cer­ti­tude dans la vie. Je ne suis pas de cette race-là. Chaque fois, c’est un gros man­dat. Mais j’ai confiance au jeune chef qué­bé­cois Jean-Ma­rie Zei­tou­ni et aux mu­si­ciens qui sont la pour nous sou­te­nir. L’ou­ver­ture est le coup d’en­voi. En même temps, c’est une jour­née à la fois.

Vous en avez pour­tant vu d’autres, avec tous ces con­certs à tra­vers le monde.

J’en ai vu d’autres, mais... jeune, tu te dis: «C’est in­croyable comme j’ai le trac.» Quand tu de­viens... moins jeune, tu veux être à la hau­teur de ce que tu as bâ­ti. La barre est haute. Comme pour Cé­line Dion, les gens s’at­tendent tou­jours à plus. On vou­drait la per­fec­tion.

Pour­quoi doit-on al­ler au Fes­ti­val de La­nau­dière pour en­tendre un concert, dont le vôtre?

J’ai l’im­pres­sion que la musique clas­sique vit des mo­ments re­la­ti­ve­ment dif­fi­ciles. Il y a beau­coup d’or­ga­nismes et d’or­chestres, mais quand on gratte un peu, on voit qu’ils ont d’énormes pro­blèmes fi­nan­ciers, parce que le pu­blic vieillit, parce que la crise éco­no­mique s’étire, qu’on est tou­jours dans les cou­pures et que les com­pa­gnies ont peur d’ai­der. La­nau­dière a été créé par un homme, un rê­veur, le Père Lind­say qui croyait en un Qué­bec culti­vé. Quand les en­fants sont en ad­mi­ra­tion avec La­dy Gaga, ce n’est pas ex­tra­or­di­naire. On peut ai­mer La­dy Gaga, mais il faut aus­si don­ner autre chose à ses en­fants. En ve­nant à La­nau­dière, peut-être qu’un en­fant sur deux ou deux sur quatre s’éveille­ra à la musique clas­sique. Si tous se mettent à ai­mer que la pop, dans quelques an­nées, il n’y au­ra que des vieillards dans les salles de concert.

Vous revenez d’une tour­née de deux mois en Eu­rope et en Asie (France, Al­le­magne, Grèce, Chine, Viet­nam, Hong Kong, Ma­lai­sie). Qu’avez-vous consta­té?

Pour les Asia­tiques, sou­vent la musique clas­sique est très loin de leur cul­ture, mais les jeunes étaient ex­ci­tés, fas­ci­nés. J’ai don­né des cours de maître dans plu­sieurs villes en Chine, au Viet­nam, et par­tout plein de jeunes veulent faire de la musique clas­sique, alors que nous, on est en train de pas­ser à cô­té. Ça m’a frap­pé.

Vous êtes re­ve­nu au Qué­bec, en cours de tour­née, pour vi­si­ter des jeunes dans les écoles pri­maires en Beauce.

Oui, j’ai ren­con­tré des mil­liers de jeunes, beaux, al­lu­més et in­té­res­sés. J’avais ap­por­té un pe­tit pia­no. Les jeunes Qué­bé­cois veulent connaître la musique clas­sique, mais on ne leur fait pas de pro­po­si­tion. La place que donnent les grands mé­dias à la musique clas­sique est mi­nime et les ra­dios en­core plus pe­tite. Pour­tant, je joue à Qué­bec (deux soirs la se­maine der­nière) à gui­chet fer­mé. Il y a une job à faire qui n’est pas faite.

Vous tra­vaillez sans re­lâche au­près des jeunes et ce, gra­tui­te­ment?

J’ai ren­con­tré 895 000 en­fants de­puis 25 ans, à tra­vers le monde. J’ap­proche du mil­lion. Les en­fants adorent ces ren­contres, ils de­mandent des billets de concert après. Je ne dis pas qu’une musique est bonne et l’autre mau­vaise. Je dis qu’il faut écou­ter plu­sieurs fois de la musique clas­sique et après faire son choix. 80% des en­fants n’ont ja­mais vu un mu­si­cien clas­sique de proche. Ils se massent à 400 et 500 en même temps au­tour du pia­no. Je crois beau­coup à ça. Mais je suis un rê­veur. La 36e édi­tion du Fes­ti­val de La­nau­dière se tien­dra du 13 juillet au 11 août et comp­te­ra 28 con­certs, no­tam­ment à l’Am­phi­théâtre Fer­nand-Lind­say de Jo­liette et dans les églises de la ré­gion, en plus de quatre soi­rées de ci­né­ma en plein air et d’une gamme d’ac­ti­vi­tés com­plé­men­taires. Pour les dé­tails et les billets, voir la­nau­diere.org.

Alain Le­fèvre joue­ra le Ô Ca­na­da sur son pia­no ins­tal­lé sur la piste de course, juste avant le grand dé­part du Grand Prix de For­mule 1, le 9 juin à Mon­tréal.

Le pia­niste ira jouer la musique du com­po­si­teur qué­bé­cois An­dré Ma­thieu au Car­ne­gie Hall de New York au mois de dé­cembre.

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