Sur le pla­teau de Le temps des roses

HUY, Bel­gique | Avant de se trans­por­ter à Mon­tréal, le tour­nage du film Le temps des roses s’était amor­cé à la mi-avril pen­dant la my­thique course cy­cliste de la Flèche wal­lonne, en Bel­gique. Le Jour­nal était sur place.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - MAXIME. DE­MERS@ QUE­BE­COR­ME­DIA. COM Maxime De­mers

La scène était im­pres­sion­nante à voir. De­vant les cou­reuses pro­fes­sion­nelles ins­tal­lées à la ligne de dé­part quelques mi­nutes avant la course, le réa­li­sa­teur Alexis Du­rand-Brault ( Ma fille, mon ange) filme en gros plan l’ac­trice Lau­rence Le­boeuf ins­tal­lée sur son vé­lo.

Le stress se lit sur son vi­sage. La soif de vic­toire aus­si. Ju­lie (c’est le nom du per­son­nage) veut à tout prix rem­por­ter cette course qui lui ou­vri­rait les portes vers une éven­tuelle par­ti­ci­pa­tion aux Jeux olym­piques, son rêve de tou­jours. Tout au­tour, la foule s’ex­cite, l’an­non­ceur mai­son donne les noms des ga­gnants des édi­tions pré­cé­dentes (dont ce­lui de Ge­ne­viève Jean­son, qui a li­bre­ment ins­pi­ré le per­son­nage prin­ci­pal du film) et les en­traî­neurs donnent les der­nières di­rec­tives à leurs athlètes. Bref, pour tour­ner leurs scènes de course, Alexis Du­rand-Brault et son équipe pou­vaient dif­fi­ci­le­ment être plus dans le feu de l’ac­tion. Après avoir mis en boîte la scène du dé­part, le ci­néaste s’em­balle en nous mon­trant les images qu’il a tour­nées: «C’est in­croyable qu’on ait réus­si à ob­te­nir la per­mis­sion de tour­ner ici pen- dant la vraie course, dit-il.

«Re­pro­duire ce dé­cor-là avec cette am­biance et cette foule au­rait car­ré­ment été im­pos­sible avec le bud­get qu’on a. Là, on a la vraie af­faire!»

20 CA­MÉ­RAS SUR LE CIR­CUIT

En pré­vi­sion de la course, Alexis Du­rand-Brault avait ins­tal­lé 20 ca­mé­ras à dif­fé­rents en­droits tout au long du par­cours pour cap­ter des sé­quences sous tous les angles pos­sibles. Son équipe a éga­le­ment pu pro­fi­ter des ins­tal­la­tions de la course, y com­pris du ca­mion de tests an­ti­do­page, le même qui sert pour le pres­ti­gieux Tour de France.

Des scènes avec les ac­trices du film ont éga­le­ment été tour­nées sur le cir­cuit la veille de la course, no­tam­ment sur le cé­lèbre mur de Huy, une pente abrupte de 1,2km que re­doutent même les meilleurs cou­reurs au monde.

Cet ac­cès pri­vi­lé­gié à l’épreuve de la Flèche wal­lonne et à ses ins­tal­la­tions est le ré­sul­tat de quelques an­nées de né­go­cia­tions entre le pro­duc­teur Ri­chard La­londe ( Ma fille, mon ange, Elles étaient cinq) et les di­ri­geants de l’Amau­ry Sport Or­ga­ni­sa­tion (l’ASO), qui or­ga­nise plu­sieurs courses dont le Tour de France.

«Avant d’ac­cep­ter, les gens de l’ASO ont lu at­ten­ti­ve­ment le scé­na­rio du film, ex­plique Alexis Du­rand-Brault.

«Avec la ques­tion du dopage, qui est au centre du film, j’étais convain­cu qu’ils re­fu­se­raient. Mais à ma grande sur­prise, ils ont ac­cep­té.»

Après cette pre­mière se­maine de tour­nage en Bel­gique, le pla­teau du Temps des roses s’est trans­por­té pen­dant quelques jours en Ari­zo­na, pour des scènes d’en­traî­ne­ment dans le dé­sert.

Le tour­nage du film se ter­mine à Mon­tréal à la fin juin.

Les ca­mé­ras d’Alexis Du­rand-Brault sont ins­tal­lées dans le Vieux-Mon­tréal, où le ci­néaste tourne Le temps des roses, un long-mé­trage met­tant en ve­dette Lau­rence Le­boeuf, Pa­trice Ro­bi­taille, De­nis Bou­chard et Jo­sée Des­chênes.

So­phie Lo­rain et Ca­the­rine Lé­ger signent le scé­na­rio, mais c’est Alexis Du­rand-Brault ( Ma fille, mon ange) qui a eu l’idée de s’in­té­res­ser au cyclisme et au dopage en in­sis­tant sur l’angle émo­tif. «Notre his­toire tourne au­tour du prix à payer pour réus­sir dans la vie. Quels sont les im­pacts d’un choix sur sa car­rière? Le film est d’ailleurs li­bre­ment ins­pi­ré de la vie de Ge­ne­viève Jean­son», a pré­ci­sé le pro­duc­teur Ri­chard La­londe.

«Mais ce n’est pas une bio­gra­phie. On ne ra­conte pas ce qui lui est ar­ri­vé de­puis l’âge de 15 ans. Notre his­toire se dé­roule sur une pé­riode de six se­maines et on tombe tout de suite dans le vif du su­jet.»

Le vif du su­jet? Ju­lie, in­car­née par Lau­rence Le­boeuf, a tout pour rem­por­ter la pro­chaine Coupe du monde de cyclisme. Seul pro­blème: elle se dope de­puis qu’elle a 14 ans, sur les conseils de son mé­de­cin et de son en­traî­neur, JP, rôle te­nu par Pa­trice Ro­bi­taille. Mais, quand elle est dé­non­cée par son doc­teur, elle com­mence à s’in­ter­ro­ger sé­rieu­se­ment.

Pour Pa­trice Ro­bi­taille, JP n’est pas un per­son­nage fa­cile à jouer. «Je ne le juge pas, même si je suis conscient que les gestes qu’il pose sont ré­pré­hen­sibles. J’ai l’im­pres­sion qu’il tombe en amour avec la ma­chine qu’est cette ath­lète, il vit tout ce­la par pro­cu­ra­tion. Il veut qu’elle soit le rêve qu’il a en tête. Il y a quelque chose de Fran­ken­stein là­de­dans, il est amou­reux d’une ma­chine qu’il veut rendre en­core plus per­for­mante.»

Si Pa­trice Ro­bi­taille n’a pris mo­dèle sur au­cun en­traî­neur, la base de la ré­flexion de Le temps des roses pro­vient de Ge­ne­viève Jean­son elle-même. «Alexis m’a té­lé­pho­né après le re­por­tage d’Alain Gra­vel sur Ge­ne­viève Jean­son en me di­sant que c’était un su­jet de film ex­tra­or­di­naire. Je suis en­tré en contact avec elle, ce qui a été dif­fi­cile, nous l’avons en­suite ren­con­trée aux États-Unis et avons ac­quis les droits. Nous nous sommes mis à l’écri­ture du scé­na­rio, a dé­taillé Ri­chard La­londe. Nous avons fait trois jour­nées d’en­tre­vues avec elle, dont nous avons ti­ré 700 pages de trans­crip­tion.»

OU­VER­TURE

Le pro­duc­teur a fait ses de­voirs jus­qu’au bout, al­lant même jus­qu’à ob­te­nir la col­la­bo­ra­tion de l’Amau­ry Sport Or­ga­ni­sa­tion (ASO), or­ga­ni­sa­trice d’évé­ne­ments spor­tifs comme le Tour de France, le Pa­ris-Da­kar, etc. «On les a convain­cus d’être par­ti­ci­pants dans le film et nous avons ob­te­nu les droits d’al­ler tour­ner à la Flèche wal­lonne, une épreuve my­thique que Ge­ne­viève avait ga­gnée en 2000.»

De l’aveu même du pro­duc­teur, le fait que Le temps des roses parle de dopage n’a po­sé au­cun pro­blème à l’ASO, bien au contraire.

Cette ou­ver­ture s’est aus­si tra­duite par une col­la­bo­ra­tion étroite avec Ge­ne­viève Jean­son, l’an­cienne spor­tive ayant ren­con­tré Lau­rence Le­boeuf avant le tour­nage.

«Elle a été très ou­verte et ça a été vrai­ment le fun d’échan­ger avec elle. Le film n’est pas un bio­pic, ce n’est pas sa vie, je ne lui res­semble pas et c’est ce qui a été in­té­res­sant [de notre ren­contre]. J’ai eu la li­ber­té de dis­cu­ter avec elle sans avoir à [étu­dier] la ma­nière dont elle parle ou dont elle se tient. En­suite, ça a été à moi de dé­ve­lop­per le per­son­nage. On ne se rend pas compte des sa­cri­fices que font les athlètes pour nous don­ner un bon spec­tacle et c’est in­té­res­sant de voir ce qui se dé­roule en ar­rière-scène», a dit l’ac­trice de sa pré­pa­ra­tion à ce rôle ex­trê­me­ment phy­sique, qui lui a de­man­dé bien des ef­forts puis­qu’elle s’est en­traî­née pen­dant des mois pour in­car­ner une cy­cliste pro­fes­sion­nelle de ma­nière cré­dible.

LE TEMPS DES ROSES

Bud­get? Cinq mil­lions$

Lieux de tour­nage? Bel­gique, l’Ari­zo­na et Mon­tréal.

Du­rée du tour­nage? Du 15 avril à fin juin 2013.

Sor­tie? Pre­mier se­mestre 2014.

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