Ex­plo­rer là où

LA LU­MIÈRE NE VIT PLUS

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES -

LÀ OÙ DÉ­BUTE L’AVEN­TURE

Je m’ins­cris sur un voyage de plon­gée sous-ma­rine qui me trans­por­te­ra à l’Île Co­cos au Cos­ta Ri­ca. Une tra­ver­sée de 36 heures en ba­teau est né­ces­saire pour s’y rendre et les condi­tions en mer peuvent être pé­nibles. Ar­ri­vé sur les lieux, j’ap­prends que le vais­seau Ar­go du groupe Un­der­sea Hun­ter est pré­sent et qu’ils ont à bord leur sous-ma­rin de re­cherche le Deep Sea. Comme je suis à bord du Sea Hun­ter et qu’il ap­par­tient au même pro­prié­taire, je de­mande s’il se­rait pos­sible d’y ef­fec­tuer une des­cente comme pas- sa­ger payant. Moyen­nant 2000 $ de plus que les 5000$ re­quis pour cette ex­pé­di­tion, on me dit oui et j’en­tre­pren­drai alors une ex­plo­ra­tion hors du com­mun.

UN SOUS-MA­RIN UNIQUE

Dé­trom­pez-vous, ce­ci n’a rien d’un sous-ma­rin comme on voit à Co­zu­mel ou autres des­ti­na­tions tou­ris­tiques. Ce­lui-ci est juste as­sez grand pour ac­cueillir 1 pi­lote et 2 pas­sa­gers. Il peut plon­ger à une pro­fon­deur ex­cé­dant 600 mètres. Avant de mon­ter à bord, je dois en­fi­ler une com­bi­nai­son an­ti­sta­tique. Il est im­pé­ra­tif qu’au­cun ap­pa- reil de contrôle élec­tro­nique ne flanche une fois en pro­fon­deur. En­suite vient le brie­fing sur les ma­noeuvres que je de­vrais ef­fec­tuer si le pi­lote ve­nait à avoir un ma­laise. Jusque-là, rien de ras­su­rant. Pour en­trer à l’in­té­rieur, je dois faire des contor­sions pour prendre place sans en­dom­ma­ger un ins­tru­ment vi­tal à notre sur­vie. L’ha­bi­tacle est fer­mé de l’ex­té­rieur par un équi­page de sup­port. Fi­na­le­ment, on est re­mor­qué au-des­sus d’une fa­laise sous-ma­rine.

DES­CENTE À PLUS DE 300 MÈTRES

Nous en­ta­mons notre des­cente à la

re­cherche d’un rare re­quin des pro­fon­deurs, le Pri­ck­ly. À 100 mètres, la pé­nombre dé­bute et une Raie Man­ta est at­ti­rée par nos lu­mières. Vers les 200 mètres, il fait un noir ab­so­lu. Le pi­lote me tend une ser­viette pour es­suyer l’eau le long du joint étanche de l’ha­bi­tacle. Il réus­sit à me sor­tir de ma zone de confort et l’in­di­ca­teur de di­oxyde de car­bone tra­hit mon an­xié­té. Lorsque nous res­pi­rons plus ra­pi­de­ment, nous créons une plus grande quan­ti­té de ce gaz. Le pi­lote me ras­sure, c’est un phé­no­mène nor­mal de conden­sa­tion sur la vitre de l’ha­bi­tacle, car le sous-ma­rin est à une tem­pé­ra­ture confor­table tan­dis que l’eau à l’ex­té­rieur est très froide. À 330 mètres, il me passe les com­mandes qui ont l’ap­pa­rence d’une ma­nette de jeux vidéo. Je réus­sis à ne pas écra­ser le sub­mer­sible contre la fa­laise et on pour­suit l’ex­pé­di­tion le long d’un pla­teau. Après 3 heures de re­cherches, nous n’avons pas trou­vé le re­quin. J’ai ce­pen­dant ob­ser­vé une quan­ti­té in­croyable de créa­tures des pro­fon­deurs que peu d’hu­mains ont ob­ser­vées en di­rect. Les piles com­mencent à fai­blir, tout comme la ré­serve d’air dis­po­nible. Le pi­lote en­tame donc la re­mon­tée. Nous fai­sons sur­face sous une nuit étoi­lée. Moi qui croyais avoir com­blé mon goût pour les aven­tures hors du com­mun, je réa­lise que ce­la n’a fait que l’ali­men­ter.

Le ba­teau mère et l’Île de Co­cos

Ju­lie, qui pi­lote à 575 pieds de pro­fon­deur

Le Pri­ck­ly, re­quin des pro­fon­deurs

Un ré­cif

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.