À LA DÉ­COU­VERTE DE L’ÉGYPTE

Le vent trans­porte la pous­sière de sable et les re­lents de la ré­cente ré­vo­lu­tion. Les Égyp­tiens nous sou­rient sin­cè­re­ment sans pour au­tant, entre eux, man­quer de dis­cu­ter de politique — ou de toute autre chose — avec fu­gueur et pas­sion. dé­ser­tée par les t

Le Journal de Montreal - Weekend - - VACANCES -

Sa­rah-Émi­lie Nault Agence QMI

Ma toute der­nière image de l’Égypte, le jour de mon dé­part, est celle d’une vieille femme au vi­sage sillon­né par le temps ven­dant des mou­choirs en plein coeur de la folle cir­cu­la­tion du Caire. De ma voi­ture cli­ma­ti­sée, je la re­garde, et lorsque nos re­gards se croisent, ce pe­tit mo­ment que nous par­ta­geons me va droit au coeur. C’est son sou­rire en­so­leillé, doux, mais em­preint d’une lé­gère tris­tesse qui ré­sume le mieux l’Égypte que je viens de dé­cou­vrir, l’Égypte post­ré­vo­lu­tion.

Le tou­risme en Égypte su­bit en­core au­jourd'hui les affres de la ré­vo­lu­tion de 2011. Les tou­ristes se font plus rares, les hô­te­liers doivent user de stra­té­gies pour at­ti­rer les clients et tous les guides, spé­cia­listes et com­pa­gnies d'ex­pé­di­tion rêvent d'un re­tour à la nor­male.

Le mi­nistre égyp­tien du Tou­risme lui-même, Hi­sham Zaa­zou, l’af­firme : «Tous les Égyp­tiens souffrent en ce mo­ment.» Op­ti­miste, il se dit tou­te­fois «confiant et po­si­tif» quant à la suite des choses. «Nous n’es­sayons pas de ca­cher ce qui est ar­ri­vé. C'est seule­ment que les gens n’ont pas l’ha­bi­tude de ce genre de li­ber­té», ajoute-t-il.

LA SÉ­CU­RI­TÉ ?

Lors­qu’il parle de sé­cu­ri­té, le mi­nistre est clair: «l'Égypte est sé­cu­ri­taire si, comme dans toutes les grandes villes du monde, on reste pru­dent. » Il sug­gère ain­si d’évi­ter de se ba­la­der aux alen­tours du pa­lais pré­si­den­tiel, du square de la ré­vo­lu­tion ain­si que dans le nord de l'Égypte.

Ce que le mi­nistre dé­sire, c'est faire pas­ser le mes­sage à tra­vers le monde que son pays est tou­jours aus­si ac­cueillant.

Une chose est sûre, c'est le mo­ment tout in­di­qué pour vi­si­ter l'Égypte. Tout y est moins cher, les hô­tels offrent de belles pro­mo­tions et il n’y a pra­ti­que­ment au­cune file d’at­tente pour vi­si­ter les mo­nu­ments, no­tam­ment le pla­teau des cé­lèbres py­ra­mides ha­bi­tuel­le­ment bon­dé.

L’Égypte, c’est beau­coup les py­ra­mides, mais c’est aus­si, im­man­qua­ble­ment, le Nil. Le Nil calme et ma­jes­tueux aux rives de sable, de champs et de col­lines ver­dâtres. Le Nil aux cou­chers de so­leil qui semblent plus jo­lis qu’ailleurs. Sur le na­vire «Moon Godess» de So­nes­ta Nile Cruises, la croi­sière que nous avons en­tre­prise nous a me­nés d’As­wan, la ville la plus éloi­gnée d’Égypte à 320 km du Sou­dan, à celle de Louxor. Trois jours à vo­guer sur le plus long fleuve du monde, à vivre l'Égypte de l’in­té­rieur — de l'eau — et à ac­cé­der à la terre ferme le temps de vi­si­ter ses temples et sites ar­chéo­lo­giques lé­gen­daires.

SUR LE NIL

Vo­guer sur les eaux calmes du Nil per­met de faire vé­ri­ta­ble­ment connais- sance avec le pays. Et lorsque l’on al­lie confort, pay­sages exo­tiques et ex­cur­sions à tra­vers les tombes et ruines d’Égypte à la dou­ceur de la ri­vière, on ob­tient une croi­sière in­ou­bliable.

Mes pre­miers hié­ro­glyphes, je les ai aper­çus au temple de Phi­lae, le temple de la grande déesse Isis où l'on se rend en pe­tit ba­teau à mo­teur. C’est aus­si là que j’ai ren­con­tré des Nu­biens pour la pre­mière fois, tout sim­ple­ment su­perbes avec leur peau d’ébène et leurs ga­la­bias (longues robes) im­ma­cu­lées.

Notre guide, Sa­lah Taw­fik, un égyp­to­logue aus­si pas­sion­né que culti­vé, nous a par­lé avec dou­ceur de l’Égypte an­cienne et nous a fait re­mon­ter le temps en nous dé­voi­lant ses se­crets, un temple à la fois. Ce­lui de Phi­lae de­vant moi, Sa­lah au­rait pu pour­tant ne rien dire que la ma­gie au­rait été la même tel­le­ment la pre­mière image d’un temple et ses hié­ro­glyphes est pre­nante. Le temple de Kom Om­bo avec son mu­sée du cro­co­dile, la Val­lée des Rois où ont été re­trou­vés le tom­beau et les tré­sors du roi Toutankhamon, la Val­lée des Reines, le ma­jes­tueux temple d’Hat­shep­sut sa­vam­ment taillé dans

des mon­tagnes de gra­nite, le temple em­mu­ré et la ville d’Ed­fu (pour les­quels nous avons bra­vé une tem­pête de sable), le temple de Louxor (sur­nom­mé « le plus grand mu­sée en plein air du monde ») au cou­cher du so­leil et le temple de Kar­nak avec ses 134 co­lonnes ja­dis re­cou­vertes d’or et de pierres se­mi-pré­cieuses, nous les avons tous vi­si­tés, ad­mi­ré et mieux com­pris à tra­vers leurs lé­gendes et leur his­toire. À Louxor, nous nous sommes aus­si ar­rê­tés fu­mer le shi­sha et boire un thé aux herbes comme il se doit, dans une pe­tite ruelle ty­pi­que­ment égyp­tienne et pas tou­ris­tique du tout; l’al­lée Oum Koul­soum. Tout près, le vieux mar­ché de Louxor à l’am­biance lo­cale trans­pi­rait les épices, l’en­cens et la pous­sière.

LA PLAGE ET LA MER ROUGE

Au coeur du dé­sert égyp­tien — que nous avons tra­ver­sé en quatre heures et de­mie de voi­ture en em­prun­tant l’au­to­route de la mer Rouge - une oa­sis du nom de Soma Bay s’est ins­tal­lée et gran­dit de jour en jour. À une tren­taine de mi­nutes de la ville d'Hur­gha­da, la sta­tion bal­néaire est, pour le mo­ment, com­po­sée de quatre hô­tels à la clien­tèle bien ci­blée et d’un centre spor­tif don­nant tous sur la su­perbe mer Rouge. Le She­ra­ton Soma Bay offre de jo­lies chambres et suites au style s’ins­pi­rant des temples de l’Égypte an­cienne. Le luxueux hô­tel Kem­pins­ki Ho­tel Soma Bay est idéal pour les couples et les pe­tites fa­milles. The Brea­kers Di­ving and Surfing Lodge ac­cueille les spor­tifs alors que le Ki­teHouse (un centre de kite-surf) offre son es­pace pri­vé de la baie aux pas­sion­nés de ki­te­surf. La Ré­si­dence des Cas­cades im­pres­sionne avec son im­mense spa et ses ter­rains de golf at­ti­rant les plus grands gol­feurs de la pla­nète alors que le Robinson est un club à la clien­tèle plus fes­tive. Re­con­nu comme étant l’un des meilleurs en­droits au monde pour faire de la plon­gée, Soma Bay est le pa­ra­dis des spor­tifs ma­rins (et des moins spor­tifs pré­fé­rant lé­zar­der au so­leil). Et puis, tout au­tour, la na­ture y est vierge et si­len­cieuse. Ta­qui­nant les nom­breux pois­sons mul­ti­co­lores (il y en a plus de mille es­pèces!) et ad­mi­rant les quelque 250 co­raux lo­geant dans la mer Rouge, notre plus belle jour­née à Soma Bay s’est dé­rou­lée sous l’eau, masques et tu­bas bien fixés et palmes aux pieds.

LE CAIRE ET SES MER­VEILLES

Le Caire est exac­te­ment comme je me l’ima­gi­nais : bruyant, co­lo­ré, exu­bé­rant et dé­pay­sant. Que l’on se pro­mène dans ses souks où il est beau­coup plus agréable, pa­raît-il, de dé­am­bu­ler de­puis la ré­vo­lu­tion, que l’on soit tou­ché en plein coeur par l’exo­tisme des prières ré­ci­tées haut et fort aux quatre coins de la ville ou que l’on s’ex­ta­sie pen­dant des heures de­vant les tré­sors de Toutankhamon au mu­sée égyp­tien, la cul­ture égyp­tienne s’y res­sent et s’y vit.

Et puis, la ville à la cir­cu­la­tion monstre est plu­tôt calme de­puis un cer­tain temps. Si quelques contes­ta­taires campent tou­jours au square de la ré­vo­lu­tion et que les ado­les­cents nous crient «Wel­come to Egypt !» en s’en­flam­mant lorsque nous les croi­sons, nous n’avons été té­moins d’au- cune al­ter­ca­tion ni d'au­cune forme de vio­lence. Ce n’est sû­re­ment pas sans rai­son que le mot Caire vient d’Al­cai­ra si­gni­fiant les vic­to­rieux, les in­vin­cibles.

«Il faut dé­cou­vrir le pays en des­cen­dant dans les rues, c'est là que se trouve la vraie Égypte !», nous ex­plique Sa­lah. Il a rai­son. Mes sou­ve­nirs du Caire me font à nou­veau mar­cher dans les ruelles de pierres du vieux Caire où, églises, sy­na­gogues et mos­quées se cô­toient — là où les Égyp­tiens se laissent pho­to­gra­phier en sou­riant sin­cè­re­ment – ou près du souk de Kha­nel Kha­li­ni, où les ar­tistes de hen­né s’as­soient à la ter­rasse des ca­fés pour peindre les mains des tou­ristes. Quant à la py­ra­mide de Khéops (de l’âge vé­né­rable de 4500 ans) et au fa­meux sphinx, ils forment tou­jours l'ul­time duo de mer­veilles à se rendre ad­mi­rer en Égypte et l’un des plus beaux mo­ments de ma jeune exis­tence.

Oui, l'Égypte d’au­jourd’hui va mieux. Elle est cer­tai­ne­ment souf­frante, mais elle est tou­jours ac­cueillante et fé­ro­ce­ment su­blime.

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1. Splen­deur des temples égyp­tiens 2. Vue sur la Mer Rouge et sur la pis­cine du She­ra

ton Soma Bay Re­sort 3. Ba­teau vo­guant sur la Mer Rouge 4. Les py­ra­mides de Gi­zeh

au Caire 5. Le temple d’Hat­chep­sout

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