TÊTE- À-TÊTE

En 2004, l’écri­vain fran­çais Alexandre Jar­din pu­bliait Les co­lo­riés, un ro­man qui dé­peint un monde où les en­fants dé­cident de tuer le der­nier adulte, in­apte à jouer, pour créer une so­cié­té unique: l’En­fance.

Le Journal de Montreal - Weekend - - WEEKEND - Élise Jetté Agence QMI

En août der­nier, l’au­teur-com­po­si­teu­rin­ter­prète mon­tréa­lais Alex Nevs­ky lan­çait Hi­ma­laya mon amour, un deuxième al­bum ren­fer­mant entre autres Les co­lo­riés, qui in­vite à la ré­in­ven­tion de soi dans un tour­billon de cou­leurs, une chan­son née à la suite de cette lec­ture qui dé­truit en beau­té toutes les conven­tions.

Une ren­contre spon­ta­née et co­lo­rée a été or­ga­ni­sée entre ces deux ar­tistes qui brisent les moules et tentent de tout réin­ven­ter.

Alex Nevs­ky ne le cache pas, il a lu Les co­lo­riés au moins sept fois. «Mon meilleur ami avait ren­con­tré une fille qui avait lu ce livre-là et pen­dant un été, ils sont tom­bés amou­reux et elle a “brain­wa­shé” mon ami, se sou­vient-il. Ils étaient les co­lo­riés. Ils en par­laient à tout le monde. Je l’ai lu parce qu’ils y te­naient et ce livre m’a fait res­sen­tir des choses que je n’avais ja­mais res­sen­ties au­pa­ra­vant.»

En s’ins­pi­rant de la pré­misse co­lo­rée de Jar­din, Nevs­ky a com­po­sé sa propre vi­sion de ce monde écla­té où les co­lo­riés fondent le jeu dans le quo­ti­dien pour rendre la vie moins terne.

«Je crois que je suis tom­bé dans l’âge adulte trop vite avec le di­vorce de mes pa­rents et les réa­li­tés d’adulte que je de­vais gé­rer, a dit Alex Nevs­ky. De voir qu’un mode de vie coloré pou­vait être la pen­sée réelle, de voir que je ne m’en al­lais pas dans le mur et qu’il y avait place au rêve, ça m’a fait beau­coup de bien. Je le re­lis chaque an­née comme une thé­ra­pie.»

AC­CUEIL FRI­LEUX

Si le monde ima­gi­né par Jar­din a su at­teindre l’es­prit en­thou­siaste du chan­teur, le ro­man n’a pour­tant pas char­mé la cri­tique. «Ç’a été une ca­tas­trophe, a lais­sé tom­ber l’écri­vain. C’est pro­ba­ble­ment l’un des livres les plus im­por­tants pour moi, alors j’ai été im­men­sé­ment dé­çu.»

Pour l’au­teur, Les co­lo­riés se vou­lait un ro­man ar­ché­ty­pal. Il ne de­vait ap­par­te­nir ni à une culture, ni à une époque par­ti­cu­lière. «C’est un livre qu’on pour­rait lire en 2050 et en 2100, en ja­po­nais ou en fran­çais, a-t-il pro­po­sé. Tout chan­teur peut chan­ter sa ver­sion des Co­lo­riés. Je n’en suis pas pro­prié­taire. Quand on touche à un ar­ché­type, on touche, par définition, à quelque chose qui n’ap­par­tient à per­sonne.»

ALEXANDRE JAR­DIN ET ALEX NEVS­KY

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