« Res­ter un éter­nel dé­bu­tant »

Le Journal de Montreal - Weekend - - MUSIQUE - Ch­ris­tophe Ro­dri­guez Col­la­bo­ra­tion spé­ciale

En ce mois de dé­cembre, que ce soit à Qué­bec ou Mon­tréal, Mi­chel Le­grand, in­ter­prète, com­po­si­teur bar­dé de tro­phées et créa­teur de mé­lo­dies uniques, se­ra par­mi nous. En plus d’une nou­veau­té avec la so­pra­no co­lo­ra­ture Na­ta­lie Des­say, il se ra­conte dans le livre Rien n’est grave dans les ai­gus. Beau­coup de mu­sique et bien des confi­dences.

Le titre de cette chro­nique n’est pas ano­din, puis­qu’à 81 ans, Mi­chel Le­grand fait tou­jours ou presque fi­gure d’éter­nel dé­bu­tant. Bouillon­nant d’idées, il par­court le monde, tra­vaille sur des mu­siques de film, di­rige en­core son grand or­chestre de jazz et ne se fait pas prier pour tendre la perche à des in­ter­prètes ta­len­tueuses.

Les 12, 13 et 19 dé­cembre à Qué­bec (Pa­lais Mont­calm) ain­si que les 20 et 22 dé­cembre à Mon­tréal (Mai­son sym­pho­nique), nous le re­trou­ve­rons sur scène avec la so­pra­no co­lo­ra­ture tout-étoile Na­ta­lie Des­say, Les Vio­lons du Roy, ain­si que la har­piste Ca­the­rine Mi­chel.

UNE TOUR­NÉE INS­PI­RÉE

Cette vi­site s’ins­pire d’Entre elle et lui (Era­to/Naxos), une nou­veau­té tout en dou­ceur qui met en va­leur la voix unique de Na­ta­lie Des­say dans un ré­per­toire tout Le­grand.

Ac­com­pa­gnés d’une for­ma­tion jazz et non clas­sique, les 18 plages évoquent 50 ans de car­rière avec des «tubes» pas­sés à l’his­toire: Chan­son des ju­melles ( Les de­moi­selles de Ro­che­fort), Re­cette pour un cake d’amour ( Peau d’âne), Les mou­lins de mon coeur ( The Tho­mas Crown Affair), Pa­pa Can You Hear Me ( Yentl) ou l’émou­vant The Sum­mer Knows ti­ré du film Été 42. Tout en grande for­ma­tion clas­sique!

UNE VIE POUR LA MU­SIQUE

Au cours de sa très longue car­rière, Mi­chel Le­grand a fait l’ob­jet de plu­sieurs re­por­tages, do­cu­men­taires, mais ja­mais il ne se­ra ra­con­té aus­si fran­che­ment que dans son au­to­bio­gra­phie Rien n’est grave dans les ai­gus (Cherche-mi­di).

Avant la gloire, le jeune Mi­chel, is­su du quar­tier po­pu­laire de Mé­nil­mon­tant (24 fé­vrier 1932), au­ra connu son lot de dés­illu­sions. La guerre de 1939-1945 et son lot d’atro­ci­tés, un père ab­sent qui col­la­bo­re­ra avec l’oc­cu­pant na­zi et lais­se­ra ses en­fants presque à l’aban­don, une mère at­ten­tive, Mar­celle, avec la­quelle «il n’y a pas d’ef­fu­sions, pas de câ­lins, pas d’em­bras­sades. Un simple bon­jour au ré­veil suf­fit».

Des dou­leurs d’en­fance qu’il com­ble­ra par la lec­ture, les confi­dences à sa soeur Ch­ris­tiane (fon­da­trice avec Mi­mi Per­rin du groupe vo­cal Les Double-Six) et heu­reu­se­ment la mu­sique.

AVOIR DU TA­LENT, CE N’EST PAS TOUT

De Steve Mc Queen à Ca­the­rine De­neuve, de Miles Da­vis à Quin­cy Jones, en pas­sant par Claude Le­louch, sans ou­blier Mau­rice Che­va­lier, Bo­ris Vian, Hen­ri Sal­va­dor et les grands or­chestres de jazz, Mi­chel Le­grand a connu tous les suc­cès, mais à quel prix. Il se­ra l’un des pro­té­gés de la pia­niste Na­dia Bou­lan­ger, fi­gure illustre qui a connu Fau­ré, Ra­vel, De­bus­sy, pro­fes­seur in­trai­table qui le fe­ra tra­vailler au pia­no cinq heures par jour et qui di­ra un jour: «Com­ment et pour­quoi les grands mu­si­ciens ont-ils pu se re­pro­duire? C’est un crime! Quand on consacre son exis­tence à la mu­sique, on n’a pas le temps d’avoir une fa­mille, des amours. Ni de par­ta­ger avec les autres des émo­tions qui vous dé­tournent du tra­vail.»

Au fil des pages qui os­cil­lent sou­vent entre la tris­tesse et quelques rayons de lu­mière, vous al­lez croi­ser les fi­gures de Steve Mc Queen («une image fi­gée pour l’éter­ni­té dans la jeu­nesse et la mo­der­ni­té»), Miles Da­vis, Ray Charles, Claude Nou­ga­ro, un por­trait acide du «si gen­til» Charles Tre­net, etc.

Pour tous les pas­sion­nés.

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