WOO­DY HAR­REL­SON À SON MEILLEUR

Le Journal de Montreal - Weekend - - CINÉMA - Isa­belle Hontebeyrie Agence QMI Film de Scott Coo­per. Avec Ch­ris­tian Bale, Ca­sey Af­fleck.

Cette his­toire de ven­geance au coeur d’une Amé­rique dé­vas­tée par la crise est por­tée à bout de bras par Woo­dy Har­rel­son, Ch­ris­tian Bale et Ca­sey Afl­leck.

Nous sommes à Brad­dock, en Penn­syl­va­nie, au coeur de cette «rust belt», cein­ture in­dus­trielle des États-Unis, qui s’étiole de­puis les an­nées 1970. Rus­sell Baze (Ch­ris­tian Bale) tra­vaille dans une acié­rie, tout comme son père et son grand-père avant lui. Rod­ney (Ca­sey Af­fleck), son frère ca­det, a ten­té d’em­prun­ter une voie dif­fé­rente en s’en­rô­lant dans l’ar­mée. À la veille d’en­ta­mer son troi­sième tour de ser­vice en Irak, il est vi­dé, han­té par des sou­ve­nirs trau­ma­ti­sants. Il joue aux courses et s’en­dette mal­gré les aver­tis­se­ments de Rus­sell.

Cet équi­libre pré­caire est rom­pu quand Rus­sell se re­trouve en pri­son après avoir tué les pas­sa­gers d’une voi­ture dans un ac­ci­dent. Quand il sort, son père est mort, il a per­du sa pe­tite amie Lena (Zoe Sal­da­na) et Rod­ney s’est en­fon­cé dans sa merde. Il par­ti­cipe main­te­nant à des com­bats pour ten­ter d’épon­ger la dette qu’il a en­vers un book­ma­ker (Willem Da­foe) qu’il convainc de l’em­me­ner à ceux or­ga­ni­sés par Har­lan DeG­roat (Woo­dy Har­rel­son), un cri­mi­nel psy­cho­pathe.

TRA­JET SI­NUEUX

Le réa­li­sa­teur Scott Coo­per ( Cra­zy Heart) livre ici un autre long-mé­trage en forme de plon­gée dans le ventre de cette Amé­rique des lais­sés-pour-compte, qui prend du temps à trou­ver son rythme. On passe en ef­fet la pre­mière heure à se de­man­der où le scé­na­rio de Scott Coo­per et de Brad In­gels­by veut nous em­me­ner. Le tra­jet si­nueux pris pour y ar­ri­ver est ce­lui des per­son­nages, tous ad­mi­ra­ble­ment cam­pés par le trio com­po­sé de Ch­ris­tian Bale, Ca­sey Afl­leck et Wod­dy Har­rel­son, aux­quels s’ajoutent Willem Da­foe, Zoe Sal­da­na et Sam Shep­pard, éga­le­ment ex­cel­lents. Comme le re­mar­quable Ne­bras­ka d’Alexander Payne, sor­ti la semaine der­nière et qui bé­né­fi­cie cette semaine d’une dif­fu­sion plus éten­due en salle, Scott Coo­per s’at­tarde sur les ra­vages de la crise éco­no­mique de 2008 et les es­poirs dé­çus de la gé­né­ra­tion «Yes, we can». La phrase clé du dis­cours d’Ed­ward Ken­ne­dy lors de la con­ven­tion dé­mo­crate de 2008 sur la res­tau­ra­tion de l’ave­nir des États-Unis a le temps de ré­son­ner sur la té­lé d’un bar. Comme la fu­mée de l’acié­rie de la ville si­gnale l’iné­luc­table fermeture pro­chaine. Par contre, pas d’es­poir de ré­demp­tion ni d’amé­lio­ra­tion dans Au coeur du bra­sier. On y re­trouve d’ailleurs des ac­cents de Voyage au bout de l’en­fer (1978) de Mi­chael Ci­mi­no avec Ro­bert De Ni­ro, John Sa­vage, Ch­ris­to­pher Wal­ken et Me­ryl Streep — dans la scène fi­nale qui op­pose Ch­ris­tian Bale à Woo­dy Har­rel­son —, la même ab­sence d’ave­nir et le même mal de vivre d’un homme qui re­vient sur les lieux de son en­fance qu’il ne re­con­naît plus. Au coeur du bra­sier com­porte des dé­fauts, des rac­cour­cis fa­ciles et des cli­chés – vi­sibles dans le mon­tage de cer­taines scènes —, il lui manque un souffle, une puis­sance de sen­ti­ments à force d’être trop «na­tu­ra­liste». Mais ce­la n’em­pêche pas le film de s’éle­ver au­des­sus de la mê­lée.

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